‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 98 sur 217 · Rapin, Memoircs, t. i, p · texte numérisé non relu

Rapin, Memoircs, t. i, p

ete portee a Votre Saintete avant que d'avoir ete jugee dans un concile d'eveques. Et pour fortifier la justice de leurs plaintes par des exemples de 1'aneienne discipline de 1'Eglise, ils allegueraient le concile d'Alexandrie contre Arius, celui de Constantinople centre Eutyches, ceux de Carthage et de Mfleve contre Pelage et d'autres. Et certes, Tres-Saint Pere, s'il etait a propos d'examiner ces propositions et d'en decider, 1'ordre legitime des jugements de 1'Eglise universelle, joint a la coutume observee dans 1'Eglise gallicane, veut que les plus difficiles questions qui naissent en ce royaume soient d'abord examinees par nous. Ce qui etant, 1'equite nous obligerait de considerer inurement si ces propositions dont on se plaint a Votre Saintete ont ete faites a plaisir pour rendre odieuses quelques personnes et pour exciter du trouble ; en quels livres, par quels auteurs, en quel sens elles ont ete avancees et soutenues ; d'entendre sur cela de part et d'autre ceux qui contestent, de voir les ouvrages sur ces propositions, d'en distinguer les veritables sens d'avec les faux et les ambigus, de nous informer de tout ce qui s'est passe sur ce sujet depuis qu'on commence a en disputer, et apres cela faire entendre au Saint-Siege tout ce que nous aurions ordonne en cette affaire (ou il s'agit de la foi), afin que tout ce que nous aurions prononce avec justice sur cette matiere fut confirme par votre autorite apostolique. Mais, en s'adressant comme on fait directement a votre siege sans que nous ayons examine et juge la cause, par combien d'artifices la verite ne peut-elle point etre opprimee ? Par combien de calomnies la reputation des prelats et des docteurs ne peut-elle point etre noircie ? et par combien de tromperies Votre Saintete ne peut-elle pas etre surprise ? car d'un cote on voit ceux en favour desquels messieurs nos confreres ont ecrit a Votre Saintete soutenir fermement et opiniatrement que le plus grand nombre des scolastiques est de leur opinion, et que leur doctrine est plus conforme a la bonte de Dieu et a 1'equite de la raison naturelle ; d'autre part, ceux qui s'attachent entierement a saint Augustin declarent que les questions dont il s'agit ne sont plus problematiques ; que c'est une affaire finie il y a longtemps ; que ce sont les decisions des conciles et des papes, et principalement du Concile de Trente, dont les decrets sont presque entierement composes des paroles et des maximes de saint Augustin, comme tous ceux du second concile d'Orange. Ainsi, au lieu d'apprehender notre jugement et le Votre, ils le desirent, ayant sujet de se promettre de Votre Saintete, qu'etant assistee du Saint- Esprit, Elle ne se departira point en la moindre chose de ce qui a ete ordonne par les saints Peres, et qu'il n'arrive pas que la reputation du Saint-Siege et de 1'Eglise romaine tombe dans le mepris des heretiques, qui observent de pres jusques aux moindres de ses actions et de ses paroles. Mais nous avonssujetd'esperer que cela n'arrivera jamais, principalement si, pour retrancher a 1'avenir toute contestation, il plait a Votre Saintete, en marchant sur les traces de vos predeces-

seurs, d'examiner a fond cette affaire et d'entendre selon la coutume les defenses et les raisons des parties. Ayez done agreable, Tres-Saint Pere, ou de permettre que cette dispute si importante qui dure depuis plusieurs siecles, sans que 1'unite eatholique en ait etc alteree, continue encore un peu de temps, ou de decider toutes les questions en y observant les formes legitimes des jugements ecelesiastiques. Et que Votre Saintete emploie, s'il lui plait, tout son zele pour faire que les interets de FEglise, qui a ete confiee a sa conduite, ne soient blesses en aucune sorte dans cette rencontre. Dieu veuille durant plusieurs annees combler Votre Saintete de toute prosperite et de tout bonheur.

Ainsi, ils parlent au nom de 1'Eglise gallicane ; ils disent d6daigneusement des quatre-vingt-cinq : quelques-uns de Messieurs nos confreres; ils accusent de mensonge ceux qui ont extrait les cinq propositions, et d 'imprudence ceux qui demandent qu'elles soient jugees ; ils apprennent au Souverain Pontife que le temps n'est pas opportun pour terminer ce differend, et lui enseignent, au cas qu'il voulut le terminer, la marche qu'il doit suivre : qu'il entende les deux parties, surtout qu'il ne s'expose pas a ce qu'on puisse lui reprocher que la cause n'a pas ete jugee par un concile d'eveques avant d'avoir ete portee au Saint- Siege, car c'est la regie de 1'Eglise universelle et en particulier de 1'Eglise gallicane ; ils lui font connaitre, pour 1'instruire des soins qu'il doit prendre dans son. j ugement, les precautions minutieuses dont ils entoureraient eux-memes leur decision; ils 1'avertissent que sans cette decision prealable, la verite peut etre opprimee, le Saint-Siege trompe, leur r6putation noircie ; ils lui annoncent que le Saint-Siege et 1'Eglise romaine tomberaient dans le mepris, s'il s'ecartait en la moindre chose de ce qui a ete ordonn6 par les Peres qui ont depuis longtemps tranche en leur faveur les questions de la grace ; ils 1'invitent enfln a employer tout son zele a sauvegarder les int6rets de 1'Eglise dans ceLte rencontre

Et ceux qui tiennent au Souverain Pontife cet impudent

langage sont au nombre de Onze ! A leur tete figure 1'ar-

cheveque de Sens, cet Henri de Gondrin que toutes les larmes des penitents du saint Desert ne laveront jamais des hontes de son episcopat (1). Quelle difference entre ces onze et les quatre-

1. Saint-Gyran les avail lavees par avance en euietlant ce principe : Uu cveque qai n'est pas lache, qui s'oppose aux puissances en parlant libre-

vingt-cinq ! Les uns deraandent simplement une sentence claire et definitive alaquelle ils se soumettent par avance, soil qu'elle les frappe, soit qu'elle les justifle ; les autres plaident, r6criminent, menacent, etformulent lejugement que le Saint- Si6ge doit rendre centre leurs adversaires. On sent quel'esprit de saint Vincent de Paul anime ceux-la, tandis que ceux-ci s'agitent au souffle de 1'erreur.

Cependant, le roi et la reine-mere avaient joint leurs instances a celles des 6vques, et demande a Innocent X de se prononcer sur les cinq propositions. Ils avaient etti devance"s par le roi de Pologne, Casimir, dont la cour, ou le confesseur de la reine, Frangois de Fleury, avait apporte" la doctrine d'Arnauld et de Jansenius, retentissait de bruyantes querelles tneologiques. Le pape r6solut de satisfaire tous ces vceux.

Sur la nouvelle qu'on en euL bientot a Port-Royal, on s'y decida a presser le depart des docteurs cboisis pour fortifier Saint-Amour. Ces deputes de renfort furent Jacques Brousse, chanoine de Saint-Honore, La Lane, abbe de Val-Croissant, Angran, licencie de la Faculte. Cornet peignait ainsi les deux premiers dans un m6moire adress6 au P. Dinet :

Vous saurez done, mon Reverend Pere, que Brousse a passe dans la Faculte pour un esprit faible, qu'il a cru la venue de FAntechrist ; qu'il a suivi avec admiration un visionnaire comme lui, qui se disait le Paraclet ; qu'il a ete mis en prison pour avoir preche seditieusement; qu'il a ete souvent interdit de la predication; qu'il est un de ceux qui s'opposerent a mon syndicat parce que j'etais trop attache au Pape. II s'est eleve hautement dans la Faculte centre ces deux propositious : 1 On ne pent appeler a aucun tribunal du jugement du Pape; 2 Les eveques sont institute par le Pape ; il me denonga a 1'avocat general Omer Talon de ce que j'avais laisse passer dans une these ces deux propositions. II est colere et s'emporte aisement.

L'abbe de La Lane est aussi prompt que le premier, mais il n'est pas si fou ; c'est lui qui a compose le livre de la Grace efficace pur ellememe; il s'est declare centre le Pape et centre les religieux eu toutes occasions dans la Faculte. Et quoiqu'il suit superbe et emporte, il a plus de moderation que le premier.

Saint-Amour est aussi oppose au Pape que les deux autres, plus

cache, mais aussi plus ignorant.

ment peut purger par cette unique action tous les peches de sa vie, quelques grands qu'ils soient. Lancelot, Mtmoires, t. n, p. 125. G'est le pecca for liter et crede'. fortins de Luther.

Plus ignorant \ Devenu docteur par la grace des omelettes et du bon vin, Saint-Amour n'eut jamais le temps d'e"tudier. Ses travaux d'Hercule et ses combats d'Ajax le de"tournerent sans cesse de la science. N'importe, il est reste", aux yeux de M. Sainte-Beuve, le grand champion janseniste. Cela suffit a sa gloire.

Pour Angran, dit le P. Rapin, c'etait un jeune homme de peu de capacite, mais qui etait devenu considerable par rattachement du docteur Arnauld a sa soeur, sa penitenle bien-aimee et sa devote favorite.

Comme les onze prelats s'appelaient les eveques de France, nos trois docteurs se dirent les deputes de la Sorbonne. Us arriverent a Rome le 5 d6eembre 1651. Us commencerent aussitot leurs sollicitations aupres des Gardinaux avec tout le faste que 1'abondance et les recommandations du parti pouvait leur donner ; ils firent par leur Equipage et par leur defense un fort grand bruit dans un pays ofa Ton a bien de la consid6ration pour cet 6clat ext6rieur qui va a 1'ostentation.... Pour se bien mettre dans 1'esprit de 1'ambassadeur de France, ils s'attacherent d'abord a lui faire la cour et h 1'accompagner dans les marches qu'il faisait, oft il lui fallait du cortege, pour gagner par la ses bonnes graces (1).

Tandis que les d6put6s de la Sorbonne donnaient ainsi a leurtitre, deja fort brillant par lui-mme, le relief des faveurs du repr6sentant du roi et de leur grand train, le docteur Hallier, qui avait te" 61u syndic a la place de Cornet, ne perdait pas de vue les intents de la bonne cause qu'il avait embrasse"e avec autant d'ardeur que de sinerit6. De Paris, il suivait les quatre docteurs dans leurs menses a Rome et s'opposait au progres de leur credit. II employait a cette fin un cordelier son parent, le P. Mulard. C'e"tait un bomme qui n'avait pour tout talent de ne"gociateur que bien de la hardiesse et encore plus de tem^rite" ; ces deux qualits jointes a celle d'un froc qui se fourre partout, taient tout le mrite du pe"lerin (2). Ge singulier personnage instruisait tres-bien son patron de ce qui se passait a Rome et il inspirait une vraie terreur aux jansenistes. Qu'on en juge parce qu'en e~crivait Taignier a Saint-Amour :

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