‹ Les Jansénistes politiques et la franc-maçonnerieChapitre 2 sur 10 · DIDIER (BOSSUET · texte numérisé non relu

DIDIER (BOSSUET

D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS DE LA. BIBLIOTHÈQUE VAT1CANE ET DE LA BIBLIOTHÈQUE DES MINIMES DE LA TRINITÉ-DES-MONTS.

Le 22 juillet 1870, quatre jours après les définitions du Concile du Vatican sur la primauté et l'infaillibilité du Souverain Pontife, Pie IX daignait me faire remettre l'autorisation non sollicitée, et qu'il délivrait de son auguste main, « d'examiner et de transcrire divers documents concernant le jansénisme et le gallicanisme sur la fin du XVIIe siècle, conservés à la bibliothèque vaticane et aux archives secrètes du Vatican. » L'examen des documents de la bibliothèque renfermés dans une trentaine de volumes, à commencer par les lettres autographes de Saint-Cyran, n° 7226, m'a occupé dix mois. Avec la liste de tous les documents, j'ai transcrit environ deux volumes in-8° des principaux, renfermant les révélations les plus graves, parfois les plus inattendues sur l'histoire ecclésiastique, dont il faudra toujours aller demander à Rome la vraie clef. Dans la crise suprême où nous sommes, les ennemis de l'Eglise n'étant que les copistes plus ou moins habiles de leurs prédécesseurs, il y aurait non segessa, mais imprudence à dérober plus longtemps à ses amis la révélation de ces secrets des sectaires les plus raffinés et les plus puissants à détruire que présente l'histoire, révélation, je le répète, dont la première pensée remonte à ce saint Pape, au génie si élevé et si fin, le grand Pie IX.

La publication d'un de ces documents, la première pièce du n° 8375 contenant les papiers du cardinal Fabroni. ami de Clément XI et de Fénelon, commencera, avec les commentaires qu'elle appelle, à produire le jour nécessaire, si même elle n'y suffit déjà. Cette pièce est une analyse, avec citations textuelles et clef des faux noms, de treize lettres de l'abbé Bossuet, neveu de l'évêque de Meaux, écrites du 23 octobre 1699 au 2 septembre 1700, à un professeur du collège de la Sapience à Rome, appelé don Luigi de son prénom Louis, et dont le vrai nom est Maille. Les lettres ont été écrites sous les yeux et sous l'inspiration évidente de l'oncle qui, dans l'intervalle, a ordonné prêtre son neveu, et l'a nommé son grand vicaire avec le titre d'archidiacre de Brie. Une quatorzième lettre, écrite de Lyon, le 15 mars 1700, par un inconnu, violent ennemi des Jésuites, est intercalée entre la huitième et la neuvième. Faisons d'abord connaissance avec le correspondant de l'abbé Bossuet et son cercle.

Dans l'affaire de la Régale, les Jansénistes avaient été amenés par les intérêts du parti à défendre les droits de l'Eglise contre les envahissements de la couronne de Louis XIV. Poursuivis par les gens du Boi, le vicaire capitulaire de Pamiers, Cerle, ayant été condamné à mort, exécuté en effigie à Pamiers et à Toulouse, et continuant à résider en cachette dans le diocèse dont il était le légitime administrateur, ils avaient, la plupart, trouvé asile à Borne, auprès de l'intrépide Innocent XI. Une pièce, dont j'ai rencontré en 1871 une copie dans quelques volumes manuscrits, restes de la bibliothèque des Minimes de la Trinité- des- Monts, maison appartenant alors et aujourd'hui à la France, nous donne sur ces persécutés et expulsés les renseignements suivants :

Jugement rendu par Monsieur Le Bret, Intendant de Justice, etc. en Provence, le 12 février 1G89, à Marseille.

L'abbé Dorât, archiprêtre d'Acqs, le père Cerle, cy devant grand vicaire de feu Monsr de Pamiers — ont été condemnez à faire amende honorable devant l'église catholique de Marseille, leurs biens confisquez, et aux galères à vie

Le prieur Toreitz (I) de Toulouse, le sr Charlas, ancien chanoine de Pamiers, et le sr André, prestre de Toulouse — leurs biens confisquez, et bannis du royaume à perpétuité. . . .

Le sr Maille, le sr Paignon, le s1' La Combe, ecclésiastiques, et Muguet, libraire de Paris, à 500 livres d'amende chacun et bannis du Royaume pour sept ans (2)

Nous allons retrouver une partie de ces noms, dont un est resté honorable et glorieux, celui du docteur Charlas. En 1684, il a fait imprimer à Leyde son Traité latin des Libertés de l'Eglise gallicane, contenant une ample discussion de la Déclaration faite par les Archevêques et Evêques, réunis à Paris par l'ordre du Roi, l'an 1682, livre capital, sous la clarté et le poids duquel Bossuet reste accablé, bien qu'il tente de lutter dans la Défense de la Déclaration. Charlas mourra en 1698, à Rome, où son ouvrage sera magnifiquement réimprimé avec des additions de l'auteur, en 1720. Plût à Dieu que les autres réfugiés eussent ainsi répondu à la bienveillance du Souverain Pontife !

Maille, lui, est un sectaire. Le cardinal Grimaldi, archevêque d'Aix, favorable aux Jansénistes, en tant que rigoristes, avait appelé pour fonder son séminaire, un professeur de théologie de l'Université d'Avignon, François Genêt, né en cette ville, le 18 octobre 1640, docteur en théologie, en droit canonique et en droit civil, que lui recommandait Camus, évoque de Grenoble, depuis cardinal, hostile aux Jésuites. Genêt avait composé une théologie morale en français, imprimée à Paris, en six volumes, un peu avant 1676, cette année même et un peu après, dite Morale de Grenoble, que censureront plusieurs évêques et l'Université de Louvain. Nous trouvons Louis Maille, prêtre du diocèse d'Aix, né en 1657, directeur au séminaire à ce moment. Le cardinal Grimaldi étant mort le 4 novembre 1685, et l'évêque de Lavaur, Le Goux de la Berchère, lui ayant été désigné dès le 12 comme successeur par Louis XIV, les choses changent.

(1) Lisez de Torreil.

(2) K. K. 1. 48, no 56.

Genêt, patroné par les Jansénistes qui trompent Innocent XI, est nommé par lui chanoine théologal d'Avignon et bientôt évêque de Vaison : il est sacré le 25 mars 1686. Le 12 mai suivant, un arrêt du Conseil royal supprime la Congrégation de l'Enfance, qui avait établi à Toulouse un Port-Royal du Midi ; et Maille, mal à l'aise à Aix, va à Rome pour travailler àsa défense. Il s'insinue auprès des cardinaux et devient théologien du cardinal Howard : il obtiendra ainsi la chaire d'histoire de la Sapience. En même temps, se liguant avec les meneurs Jansénistes, il va prendre un des premiers rôles dans leur cabale. « Que M. Maille me plaît! écrit, en septembre 1687, le patriarche de la secte, Arnauld à son correspondant à Rome, du Vaucel, et que je trouve en lui de bonnes choses selon que vous m'en écrivez ! Mais je crains bien qu'il n'en ait trop dans le pays où il s'est retiré (1). »

Son supérieur et ami au séminaire d'Aix, l'évêque de Vaison, sera arrêté en septembre de l'année suivante, la nuit, dans son palais, sur le territoire pontifical, par quatre compagnies de dragons français, et conduit de là à Nîmes, puis à l'île de Ré, où il restera séquestré quinze mois, sans pouvoir même dire la messe (2). Procédés de Louis XIV, dignes de toute réprobation et qui tracent la voie à Napoléon pour l'enlèvement du duc d'Enghien, mais qui, en fait, tombaient ici sur le plus odieux des criminels ! Parmi les papiers saisis chez Genêt, on trouva les lettres qu'il venait de recevoir de Maille. Rome aura intérêt un jour à les connaître ; et l'extrait suivant s'en trouve dans les papiers du cardinal Fabroni, à côté de l'extrait des lettres adressées à Maille par l'abbé Bossuet (3).

Extrait des lettres du sieur Maille, surprises chez le feu Evesque de Vaison, Mgr Genêt.

6 janvier 1688.

Retirez chez vous tous les prêtres qui peuvent nous servir pour pres-

(1) Œuvres, t. 11, p. 786.

(2) Ibid. Avis de l'éditeur, t. 1, p. XI.

(3) N° 196. Le Recueil ne présente aucun ordre de date.

cher le véritable Evangile et surtout souvenez-vous que Marcus et Tullus vous seront d'un grand secours. Voici le temps d'Israël pour venir à bout de nos desseins.

3 février 1688.

Quant au sujet de Jansénius, puisque vous voulez sçavoir notre sentiment, s'il n'eût été condamné, il ne le seroit pas maintenant; et s'il étoit en vie, il le seroit encore moins, à cause qu'il s'expliqueroit d'une manière qu'il éviteroit les censures de l'Eglise. Vous faites bien de faire appeler les saints Monsieur ; mais où vous êtes (1), cela me paroît un peu surprenant, car vous êtes dans les terres d'obéissance, et il faut prendre garde à vos discours. Vous ne manquerez pas d'ennemis. La persécution s'approche .

Ibid.

Pourquoi voulez-vous vous servir des fraters (2) dans votre mission? Il faut les avoir tous en horreur et en abomination et considérer de même les habillés de noir (3) .

8 mars 1688.

Le Gongréganiste (i) est arrivé depuis peu de jours. Il nous a dit que dans votre séminaire, les directeurs prêchent que le Pape n'est pas infaillible sur le point de fait, et qu'aïant parlé contre Jansénius, on lui disputeroit l'infaillibilité du point de droit. Vous vous moquez de nous de souffrir de semblables discours, quoiqu'ils soient vrais, pour deux raisons : la première, à cause qu'un jour l'Inquisition châtiera nos gens ; la seconde, qui est la plus forte et qui nous oblige a ne le pas souffrir, c'est les obligations que vous avez au saint Pontife (5). Si les habillés de noir, méchants comme ils sont, viennent à le sçavoir, ils ne l'oublieront pas et un jour ils nous perdront assurément.

11 mai 1688.

Il est vrai que, tous les Ordinaires (6), l'on continue de dire que Achaz (7) fait des merveilles et plusieurs œuvres de piété, soit pour des charités, soit pour sa propre conversion. Il est même devenu autre pour son manger et pour son boire... Il ne fal-

(1) En terre du Pape, rayé.

(2) Des religieux, dominicains, franciscains etc..

(3) Les Jésuites. Voir plus loin la liste donnant la clef des faux noms et de l'argot convenus entre Maille et l'abbé Bossuet.

(4) Qui ?

(5) Innocent XI.

(6; Tous les courriers.

(7) Entre parenthèse, intercalé parle copiste : Le Roi. L'interprétation n'est pas douteuse, et Louis XIV, Achaz, est bien du style janséniste.

lait plus que cela pour nous achever. . . Vous nous marqués que les confessions que les pénitents font à Atlas, à Corona, à Alteia, à Lumen, à Respicit et à Totum (l)fontgrand bruit. Il arrivera quelque scandale à ces messieurs, lorsque vous n'y songerez pas. Vons croies d'être avec feu M. le cardinal Grimaldi. Ce n'est pas de même. Lorsqu'on les accusera d'avoir découvert les confessions, il le faut nier comme beau meurtre, et tâcher d'inventer quelque excuse probable, lorsqu'il vous sera tenu de semblables discours par des personnes de considération : aux autres, les envoier pronener. Vos prêtres font les affaires des habillés ... (2).

On n'ose croire à la scélératesse sacrilège que révèlent ces dernières lignes. Pie IX en a été stupéfait. Il ne soupçonnait pas jusque-là que les Jansénistes fussent ailés à de telles profondeurs de Satan (3). Pourtant un syndic de la noblesse d'Alet était venu en 1663, à Paris, près le Conseil du Roi, « chargé, dit le P. Rapin, de cahiers remplis de plusieurs chefs d'accusations contre l'évèque », le dix-neuvième portant <i que ses curés et ses vicaires se servaient des confessions à tout usage pour savoir ce qui se passait (4) », et disant, pour citer le texte même des cahiers : « On se plaint dans tout le diocèse qu'on révèle le sceau de la confession, et on peut prouver par diverses personnes qu'on y débite ces maximes... 1° Que le curé et le vicaire peuvent et même doivent découvrir les péchés d'un pénitent à l'évèque, ou à tel autre qu'il lui plaira députer, sans le consentement du pénitent, parce qu'ayant la conduite de tout le diocèse, il a le droit de savoir les péchés de tous ses diocésains pour pourvoir à leur salut, etc. (5). » Maynard de l'Estang, doyen de l'église cathédrale d'Alet, et trois chanoines, vont donner pareillement cette attestation: « Il y a des preuves des confessions qui ont été révélées (6). » L'évèque de Vaison était

(1) Cinq noms de guerre qu'il est impossible d'identifier.

(2) Fin du ms . — Lire des habillés de noir, des Jésuites .

(3) Apoc. 11, 20, 24.

(4) Mémoires, t. III, p. 283-4.

(5) Œuvres d'Arnauld, t. XXXVI, p. 173.

(6) Œuvres d'Arnauld, t. XXXVI, pp. III, 179.

plus ou moins le disciple de l'évèque d'Alet, l'oracle et le saint du parti dans le midi de la France, et Maille également, qui parle légèrement de ces horreurs et semble n'y regretter que l'imprudence.

En vrai démon, Maille est inconsolable de la « conversion » de Louis XIV. « Il ne manquait plus que cela pour nous achever ! » Redevenu vertueux le roi très- chrétien va sans doute tenir la « résolution » qu'il a prise, il y a trente ans, de « ruiner » Port-Royal « pour achever de détruire le jansénisme, en détruisant le lieu où il avait commencé à s'établir et où il commençait à régner » : il va écouter le Pape qui l'a prié « d'agir de hauteur en cette affaire, ce qui ne lui serait pas difficile (1). » Le jansénisme s'est toujours étudié, par d'infernales manœuvres, à éteindre l'esprit de « piété » et de « charité » et à fomenter la sensualité et l'orgueil chez le Roi, sachant bien que l'esclave du péché est impuissant à faire la guerre au péché par excellence, l'hérésie.

Le correspondant de Maille, Genêt, m'est connu par un autre document de cette année 1688, qui achève de peindre le milieu janséniste de Rome, auquel nous allons voir l'abbé Rossuet intimement affilié. C'est une lettre de Dorât, archiprêtre de Dacqs, dans le diocèse de Pamiers, que l'évèque janséniste Caulet, mort le 7 août 1680, avait envoyé à Rome comme son agent. Il écrit au vicaire capitulaire Cerle :

Nous avions craint que la fragilité du bon M. Ragot, notre cher confrère, qui était si grandement estimé du saint vieillard (Innocent XI), ne nous portât quelque préjudice. Mais, grâce à Dieu et au comte Casoni, le parti ne sera pas affaibli en ce pays-ci. On a fait assez grâce vraimen à celtte sorte de faute. On a fait comprendre au Pape qu'il faut pardonner quelque chose à des personnes qui ont rendu à l'Église des services aussi considérables qu'a fait M. Ragot ; qu'après tout, sa faute n'est pas contre l'intérêt de Sa Sainteté ; qu'il n'a favorisé ni la Régale, ni les Jésuites, ni Mgr de Paris ; qu'il n'a jamais été attaché au service du Roi ; que son plus grand crime n'est pas d'avoir abusé une bonne flamande avec un mariage clandestin et sacrilège, mais de s'être uni et d'avoir entretenu commerce avec Mgr l'évèque de Vaison,

1) Rapin, Mémoires, t. II, pp. 10, 98.

cette colonne de l'Eglise, dont les intentions sont si droites dans les intelligences qu'il pratique en France, puisqu'elles ne tendent qu'à créer des embarras au Roi dans son État et à délivrer ses voisins de la crainte qu'ils ont de ses armes. Ce qu'on craint en effet le plus en cette Cour, c'est l'agrandissement de la Monarchie française.

Cette lettre, interceptée à Rome, et que j'ai trouvée traduite en italien, à la Trinité-des-Monts, ancien couvent des Minimes (1), a été annotée, parle traducteur sans doute, cette année ou la suivante, avant la mort d'Innocent XI, arrivée le 10 août. Il écrit de Ragot :

Qui pourra sans horreur apprendre que ce M. Ragot, Janséniste, vieux prêtre, vicaire-général d'un évêque flamand, vivant dans un long concubinage avec sa servante flamande, ait été en si grande réputation et estime auprès du Souverain Pontife était rendu excusable son sacrilège d'avoir épousé cette femme clandestinement, dans sa propre chambre, et sans aucune des formalités prescrites par l'Eglise ! Tout est licite et tout est méritoire à ces moralistes hypocrites.

Il s'agit de Vincent Ragot, jadis promoteur d'Alet, sous l'évêque Pavillon, et pour qui Arnaulda composé en 1665 et 1606 de volumineux Factums, produits au Conseil du Roi pour la défense de l'évêque (2). En 1671, il avait quitté Pavillon pour se donner, avec l'approbation d'Arnauld, à l'évêque de Tournai, Gilbert de Choiseul, gallican jusqu'au schisme, qui l'avait fait chanoine. Dans une lettre à du Vaucel, du 29 avril 1689. Àrnauld le montre conduit à la Bastille, puis rélégué au séminaire de Rodez « pour le crime du mariage qu'on lui a imputé, qui est, selon toutes les apparences du monde, une pure calomnie. » Il le défend encore dans une lettre du 4 mai. Mais dans une troisième, du 3 novembre 1690, il dira de Ragot, dont il fait le modèle des pénitents jansénistes : « Il y a bien des prêtres qui tombent, mais il n'y en a guère qui se relèvent ; et de ceux qui prétendent se relever, je ne sais s'il y en a de cent un, qui soit assez humble pour se réduire

(1) KK 1. 12 no 31.

(2) Œum'es d'Arnauld, t. XXXVI. Tout le volume est rempli par ces Factums, et tout n'y est pas .

à la communion laïque, selon le véritable et ancien esprit de l'Église (1). * Revenons au Minime. Il écrit de Genêt :

Il faut noter les mérites de cette grande colonne de l'Eglise, l'évêque de Vaison, dans le comtat d'Avignon, porté de l'archidiaconé de cette cathédrale, après avoir été lié six mois comme fou, au siège épiscopal par les manœuvres des Jansénistes, tanquam commilito exiisdem castris (2), comme une colonne de leur secte, parce qu'il travaille sans relâche contre le service de Dieu à la destruction des âmes, et contre celui du Roi en machinant des séditions dans le royaume.

Dorât écrit, d'ailleurs, avec un cynisme de condottiere, qu'assurément on ne soupçonne pas d'un austère et inflexible janséniste :

Nous ne sommes pas si mauvais Français qu'on le publie... Si Sa Majesté voulait ne plus écouter Mgr de Paris ni le P. La Chaise, s'il voulait chasser la Compagnie de Jésus ou du moins s'il n'avait pas cette grande confiance en ces bons Pères, s'il avait la bonté de nous favoriser de sa protection contre les décisions de Rome, nous aurions bien plus de plaisir à employer nos plumes en sa faveur.

Voilà les associés de Maille et son correspondant intime parmi les évoques français, à la fin du règne d'Innocent XI.

Genêt, réclamé par Alexandre VIII comme son sujet, sera remis en liberté par Louis XIV ; le Pape lui fera grâce d'un procès pour lequel on devait le conduire à Nice ; il rentrera, après ces rudes avertissements de la Providence, dans la bergerie dont il a été le loup. Plaise à Dieu qu'il en soit devenu le pasteur ! Le 17 octobre 1702, il se noyera en passant un torrent entre Vaison et Avignon.

Pour Maille, il jouera si bien son jeu, non-seulement sous Innocent XI, mais encore sous Alexandre VIII, Innocent XII, même Clément XI, si en garde contre les Jansénistes, qu'après avoir obtenu une chaire à l'Université de la Sapience. il y jouira d'une très grande influence. Il est cependant, à Rome, à la tête de la secte janséniste avec du Vaucel

(1) t. III, pp. 195, 198, 314.

(2) Comme compagnon d'armes dans le même camp.

le correspondant de Quesnel après l'avoir été d'Arnauld, l'agent du clergé de Hollande qui va passer au schisme, le procureur de l'archevêque de Sébaste, Codde, vicaire apostolique, que le Pape suspendra de ses fonctions le 7 mai 1702, avec du Vaucel, dis-je, et son associé, le prieur de Toulouse, de Torreil. Wallonius (du Vaucel) écrit le 20 août 1701 à Quesnel : « les deux amis Alberti (de TorreilJ et Luigi ( Maille); » et il ne cesse de célébrer leurs efforts habilement concertés pour le succès du parti (1). Du Vaucel, Maille, de Torreil, forment à Rome le triumvirat secret du jansénisme. Maille aura pour élève Prosper Lambertini, né à Bologne en 1675, venu à Rome en 1688, au collège Clémentin des Somasques; et l'éditeur d'Arnauld ne manquera pas de dire en 1775 de Benoit XIV, qu'il prétend compter parmi les patrons de l'édition : s II avait fait sa théologie sous M. Maille (D. Luigi), professeur à la Sapience, un des intimes amis de M. du Vaucel, le correspondant fidèle de M. Arnauld (2). » En 1703, à la saisie des papiers de Quesnel, et en 1704, à la publication de son procès, Maille se trouvera très gravement compromis. Le résumé du procès donne ainsi, avec son nom et son titre, ses deux noms de guerre : « I). Maille, professor historiœ in Sapienlia. — Don Luigi. — ■ M. de l'Ecu (3). » Avec sa souplesse, Maille trouvera moyen de se sauver et conservera sa chaire. Mais, en 1710, sur la plainte du cardinal de Janson, ministre de Louis XIV auprès du Saint-Siège, il sera arrêté, sous inculpation de jansénisme, et mis pour cinq ans au château Saint-Ange. Rendu à la liberté, à la mort de Louis XIV, par les démarches actives de son élève Lambertini, qui est devenu un prélat considérable à Rome, il s'attirera un nouveau mandat d'arrêt du Saint-Office. 11 y échappera par la iuite; et, rentré en France, il sera placé par le cardinal de

(1) Causa Quesnelliana . Bruxellis, in-4u 1704, p. 51. Cf. p. 186, lettres du 17 fév. 1690, du Ie' juillet 1696, etc.

(2) Œuvres d' Arnauld, Avis de l'éditeur, p. XI.

(3) Causa Quesnelliana, p. 321.

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