‹ Les Jansénistes politiques et la franc-maçonnerieChapitre 6 sur 10 · O LES JANSÉNISTES POLITIQUES · texte numérisé non relu

O LES JANSÉNISTES POLITIQUES

tités frappantes de doctrine, par delà le protestantisme, les Templiers, les Albigeois, les Manichéens, les Gnostiques, jusque chez ces sectaires juifs qui, au temps des Apôtres, appelés Disciples de Jean, opposaient Jean-Baptiste à Jésus-Christ, disant que Jean était la lumière et non le Christ, qui ont été combattus si expressément par le disciple Bien-Aimé au début de son Évangile et réfutés dans tout son Evangile même, et dont on a trouvé de nos jours encore deux branches persistant près du Liban etenChaldée (4) — comment, dis-je, la franc-maçonnerie, presque in-

(1) On appelle en Orient ces premiers sectaires anti-chrétiens, Nazaréens, du lieu de leur origine, Nazareth et la Galilée ; Sabéens, nom que paraissent leur avoir donné les Arabes ; Mendêens ou Mandates, nom qu'ils se donnent à eux-mêmes c'est-à-dire Disciples de Jean, Mendè-Jahia, (Wiseman, Discours sur les rapports entre les sciences et la révélation, XIe discours) . En Europe, où ils ont apparu de prime-abord avec une physionnomie chrétienne, on les a nommés Chrétiens de Saint- Jean. Deux de leurs livres sacrés portent les titres de Livre d'Adam et de Livre de Jean-Baptiste. Le premier, publié en 1815 et 1816 par Norberg, offre ces trois points doctrinaux combattus par l'Evangéliste S. Jean : la distinction entre la Lumière, première émanation de Dieu, et la Vie, quatrième émanation ; l'identité entre Jean et la Lumière ; la supériorité de Jean sur le Messie, c'est-à-dire Jésus. Le baptême de Jean est appelé le grand baptême de la Lumière : c'est le baptême d'Adam lui-même. Jésus qui l'a reçu, l'a altéré ; il a baptisé dans des eaux impures ; il a corrompu la doctrine : il est mis aux enfers — u Je demandai : Qui est emprisonné dans ce lieu ? On me répondit : Cette prison renferme ceux qui ont nié la Vie et suivi le Messie (Norberg, t. II, p. 9).» C'est de la pure Cabale juive, avec Jean-Baptiste pour Messie en effet.

Le P. Ignace de Jésus, (Narratio originis et errorum christianorum S. Joannis) a le premier, vers 1730, signalé en Europe l'existence de ces Disciples de Jean dans le voisinage de Bassora ou Bagdad. Au commencement de ce siècle, treize ou quatorze mille d'entre eux habitaient à l'est du Mont Liban, y étant venus un siècle et demi auparavant de la Galilée, ce qui les faisait appeler dans le pays Galiléens. (Lettre du Maronite Germano Conti à Norberg, Migne, Dictionnaire des apocryphes, t. I, col. 3). En 1812, ils étaient au nombre de quatre à cinq mille aux environs du golfe Persique. (Lettre de Raymond, vice-consul à Bassora, à Sylvestre de Sacy, ibid, col . ô).

La parenté entre les Disciples de Jean et les Loges maçonniques,

visible au dix- septième siècle, a été importée d'Angleterre en France et de là en Europe, sous la Régence, a fait jeter le cri d'alarme à Clément XII le 28 avril 1738, et bientôt ti tous les rois, et, favorisée par nos parlements jansénistes, devenus les maîtres quand, en 1745, la fille d'un commis condamné à la potence, faite marquise de Pompadour, a eu plongé pour près de trente ans le sceptre royal dans la boue , a gagné , de proche en proche , le droit de cité et de souverain empire. Des princes de Bourbon avaient fait la fortune du calvinisme en France ; une princesse de Bourbon, celle du jansénisme : un prince et une princesse de Bourbon vont faire celle de la francmaçonnerie.

La grande Loge de Londres avait successivement investi de la dignité de Grand- Maître provincial en France, lord Darwent-Waters, lord d'Harnouester et le duc d'Antin, petit-fils de M. et de Mme de Montespan. A la mort du duc, en 1743, les Maîtres des Loges françaises, secouant le joug de la Grande-Loge anglaise et se déclarant Grande- Loge du royaume, avaient confié le gouvernement de l'Ordre au troisième fils du prince de Condé, Louis de Bourbon, comte de Clermont, abbé de Saint-Germain, du Bec, de Saint- Claude, de Marmoutiers, etc., qui mourra le 16 juin 1771, généralissime des armées du Roi et membre de l'Académie française. Comptant plus de trois cents Loges en France, l'Ordre y était alors dans • une pleine anarchie, compliquée par l'introduction en 1736 du rite Ecossais indépendant. Le parti démocratique, qui, après bien des luttes, commençait à l'emporter sur l'aristocratie dans la Grande-Loge, et avait à sa tête un maître de danse nommé Lacorne , pria Sigismond de Montmorency- Luxembourg., duc de Luxembourg, substitut du comte de

affectant plus ou moins toutes, comme celles de la Candeur, de prendre S.Jean pour patron est un fait. Il a pour cause une filiation évidente dont la date, qui échappe, pourrait remonter très-haut et jusqu'à l'origine même du christianisme.

Clermont, de s'intéresser à la restauration de l'Ordre et d'engager le fils aîné du duc d'Orléans à accepter la Grande Maîtrise. Ce prince avait vingt- quatre ans et justifiait trop ce portrait, rappelant Catilina, que fera de lui un contemporain :

Dès que Louis-Philippe-Joseph sortit de sa première enfance, il manifesta des goûts pervers, des inclinations honteuses. Jusqu'à la mort de son père...., il ne fut connu que sous le nom de duc de Chartres. C'est sous ce nom qu'il remplit Paris et la France des bruits de son libertinage. Il se livra avec une sorte de brutalité, au jeu, au vin, aux prostituées; il ne mit ni décence ni mystère dans ses aventures lubriques. 11 se plaisait à leur donner de l'éclat, à en exagérer la turpitude ; il cherchait à déshonorer par la calomnie les femmes qu'il n'avait pas pu perdre par la séduction. Son exemple, auquel son rang, ses richesses, ses espérances donnèrent une contagion funeste, corrompit une nombreuse jeunesse. Il ne pouvait pas en être autrement dans un siècle où la chasteté du mariage était un ridicule, où les principes religieux s'appelaient superstition Tous les jeunes libertins que renfermait la capitale avaient sans cesse les yeux sur le duc de Chartres ; ils cherchaient à l'imiter.... Ce qui est déplorable, et un effet nécessaire de la dépravation qui s'était glissée dans toute les classes de la société, c'est que le duc de Chartres, presque aussi long-temps qu'il eut parmi nous ce nom, ne fut pas mésestimé du public. Ses défauts et ses vices n'excitaient ni le mépris ni la haine. Les Parisiens le voyant sans cesse parmi eux, le rencontrant dans tous leurs spectacles, dans toutes leurs promenades publiques, partout où il y avait un grand concours lui savaient gré de se rapprocher ainsi continuellement de la multitude; ils le chérissaient, ils le couvraient de leurs applaudissements ; il était, pour ainsi dire, le seul de nos princes qu'ils semblassent apercevoir (1).

A ce moment Louis XV, aux prises avec le Parlement de Paris, de janséniste et frondeur qu'il est depuis plus d'un siècle devenu assez ouvertement révolutionnaire, a dû lui défendre, le 7 septembre 1770, dans un lit de justice, de se servir des termes d'imité, d'indivisibilité et de

(1) Histoire de la Conjuration de L. P. J. d'Orléans, premier prince du sang, duc d'Orléans, de Chartres, de Nemours , de Montpensier et d'Étampes- comte de Beaujolais, de Vermandois et de Soissonnais, surnommé Egalité, par l'auteur de VHistoire de la comjuration de Maximilien Robespierre, à Paris 1796, 3 vol. in-8" — sans nom d'éjitîar, — t. I, en I.

classes qui contiennent, en effet, la future République, une et indivisible.' et, dans un autre lit dejustice du 13 avril 1771, le casser comme rebelle déclaré. Leduc de Chartres a pris parti pour le Parlement. Après s'être fait exiler de la Cour il a refusé de siéger dans le nouveau Parlement établipar le Roi, qu'on a flétri du nom de Parlement Maupou . Il n'a garde de refuser la Grande-Maitrise des Loges dont le Parlement suit trop bien les inspirations et de ne pas répondre à une confiance qu'il a méritée à tous les titres. Il est proclamé Grand-Maître huit jours après la mort du comte de Clermont, le 24 juin, à la fête de St- Jean, qui est celle de l'Ordre maçonnique. Les Loges du rite Ecossais s'empressent, de leur coté, de venir à lui. faisant ainsi la paix avec les Loges du rite Français qui ont le rite Anglais pour origine. Au mois d'août, dit lune d'JShil, d'après le calendrier juif, la plus considérable de ces Loges, le Souverain Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, l'élit Grand-Maitre de toutes les Loges Écossaises. Le 5 avril 1772, il se met à la tète des deux branches de la Maçonnerie en France par une acceptation solennelle dont voici l'acte :

L'an de la grande Lumière 1772, 3e jour de la lune Jean, 5e jour du 2* mois de Tan maçonnique 5772, et de la naissance du Messie, 5e jour d'avril 1772, en vertu de la proclamation faite en grande Loge assemblée le 24e jour du 4e mois de l'an maçonnique 5771, du trèshaut, très-puissant et très-excellent prince Son Altesse Sérénissime Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, prince du sang, pour G.'. Maître de toutes les Loges régulières de France, et de celle du Souverain Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident, sublime mère Loge Ecossaise, du 26* de la lune d'Elul 5771 pour Souverain G.*. Maitre de tous les Conseils, Chapitres et Loges Ecossaises du Globe de France, office que sa dite Altesse Sérénissime a bien voulu accepter pour l'œuvre de l'Art-Royal et afin de concentrer toutes les opérations maçonniques sous une seule autorité.

En foi de quoi sa dite Altesse Sérénissime a signé le présent procès-verbal d'acceptation.

Signé :

LOUIS-PHILIPPE- JOSEPH D'ORLÉANS (lj.

(1) La Franc-Maçonnerie, par un ancien Rose-Croix. Paris, 1883, in-8°, p. 183.

« Ce grand événement, » comme on l'appelle bien, est notifié à toutes les Loges par la circulaire suivante :

Nous Anne-Charles-Sigismond de Montrnorency-Luxernbourg , duc de Luxembourg et de Châtillon-sur-Loire, pair et premier baron chrétien de France, brigadier des armées du Roi, etc.

Revêtu par feu S. A. S. le très respecté et très illustre Frère comte de Clermont, G. -M. de toutes les Loges régulières de France, de toute la plénitude de son pouvoir, non seulement pour régir et administrer tout l'Ordre, mais pour la fonction la plus brillante, celle d'initier à nos Mystères le très respectable et très-illustre Frère Louis- Philippe d'Orléans, duc de Chartres, appelé ensuite par les vœux de toutes les Maçonneries au suprême gouvernement;

Certifions avoir reçu, en qualité d'administrateur général, l'acceptation par écrit du prince ; ainsi mandons à la G.-L. de France d'en faire part à toutes les Loges régulières, pour participer à ce grand événement et pour se réunir à nous dans tout ce qui pourra être pour la gloire et le bien de l'Ordre.

Donné à notre Orient, l'an de la lune 577,2, et de l'ère vulgaire 1er mai 1772, apposé le sceau de nos armes et contresigné de l'un de nos secrétaires.

Signé :

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