CHAPITRE X
Yokohama. — La gare de Shimbachi. — Le Siro. — Les quartiers. — Les canaux et les rues de Tokio. — Le temple de TAssakousa. — La maison japonaise. — Ameublement. — Nikai, — Les boutiques.
De tous les ports du Japon ouverts aux Européens, Yokohama est de beaucoup le plus important, et le centre de presque tout le commerce avec Textérieur.
Avant 1859, l'emplacement de la ville actuelle était une plage déserte au bord de la mer, comme son nom l'indique du reste [yoko-hama, passage sur la plage). Le nom de Yokohama ne figure pas dans les traités faits avec les diverses puissances étrangères, mais bien celui de Kanagawa, petit village de pécheurs, situé non loin de là.
Sa proximité de la capitale et sa crique aux eaux profondes, la mieux abritée de tout le golfe de Tokio, firent choisir cet endroit pour en faire un port. Une grande ville se fonda rapidement, et sa population atteignit en peu d'années le chiffre assez considérable de 65, 000 habitants. Sur ce nombre, Je quartier européen compte actuellement 2, 5 00 résidants étrangers. Il n'offre rien d'intéressant et ressemble, avec
ses grandes maisons, bordant de longues rues droites et alignées parallèlement, aux villes de toutes les colonies.
Les quartiers indigènes, par leur contact continuel avec la ville européenne^ ont perdu une partie de leur cachet national. Nous n'en parlerons pas ici, nous réservant de faire connaître la ville japonaise par la description de Tokio, la capitale .
Yokohama et Tokio, distantes Tune de Fautre de sept lieues, sont reliées entre elle3 par un chemin de fer depuis une dizaine d'années. Ce chemin de fer, apporté de toutes pièces d'Angleterre et construit par des ingénieurs du même pays, fut inauguré par le Mikado en personne, qui, en cette circonstance, revêtit pour la dernière fois le costume national, et se montra aux yeux de son peuple, habitué à Tadorer comme une divinité invisible et émerveillé de le voir aller sans crainte en bateau à vapeur et en chemin de fer. Autrefois, le respect pour l'Empereur était si grand que l'on ne le désignait paâ par son nom, mais par celui du palais qu'il habitait.
Une heure suffit pour faire le trajet; la distance est si courte et les trains assez nombreux pour qu'on ne résiste pas au désir de satisfaire sa curiosité et de voir se soulever sur un petit coin de ce pays le voile qui en imagination semble cacher des merveilles.
En arrivant à Tokio, au sortir de la gare, je me trouvai au milieu d'un jardin anglais dans lequel j'aperçu.s bientôt une ligne de tramways, avec la simple voiture publique que Ton rencontre actuellement dans toutes les grandes villes d'Europe et d'Amérique.