‹ Les Japonais, leur pays et leurs mœursChapitre 25 sur 47 · TOKIO. I I · texte numérisé non relu

TOKIO. I I

Quelles que soient les dispositions d'esprit favorables dans lesquelles je me trouvais pour m'extasier devant les curiosités de ce pays nouveau, j'étais loin de m'attendre à un pareil début manquant singulièrement de couleur locale, et Je repoussai avec indignation un moyen de locomotion par trop civilisé, pour prendre une jinrikcha. La mimique étant la seule langue à ma disposition, je fis comprendre par signe à Thomme qui la traînait, de me conduire à travers la ville.

Après avoir traversé le pont de Shimbachi construit en pierre, nous nous engageons sur un magnifique boulevard parfaitement macadamisé; parmi les belles maisons dont il était bordé, à droite un bâtiment plus considérable que les autres portait à son fronton l'inscription anglaise : « Telegraph », faite en girandoles de gaz. Pour le coup, toutes mes illusions s'envolaient, et j'en étais venu à me demander si je ne rêvais pas, et si j'étais véritablement dans la capitale de l'empire du Soleil levant.

Je traversais la concession européenne, et bientôt heureusement ma voiture s'engagea enfin dans un dédale de petites rues étroites et tortueuses constituant la cité japonaise.

Tokio estla ville la plus peuplée duJapon. Le chiffre de sa population n'est pas exactement connu, il s'en faut. La plupart des voyageurs et des géographes lui donnent volontiers plus de deux millions d'habitants; en réalité elle peut contenir -sept à huit cent mille âmes, mais son développement est immense. Les maisons y sont basses et possèdent chacune une

petite cour ou un jardinet; les parcs publics et ceux des temples sont très-nombreux, et de plus le Siro, ou château, se trouve au centre de la ville et comprend une immense étendue de terrain. Il est séparé du reste des habitations par deux enceintes de hautes murailles concentriques bordées de larges douves dans lesquelles coule une rivière, et surmontées de grands conifères au tronc lisse et aux branches en zigzags dont Taspect grimaçant caractérise les paysages japonais. La première ceinture de fortifications entoure et protège les bâtiments et les jardins impériaux; autour de celle-ci se trouve de grands espaces inhabités et déserts traversés par des routes interminables reliant les divers points de la ville, le long desquelles s^élèvent seulement les anciens yashiki, convertis en ministères et en casernes; ces terrains vagues servent de champ de manœuvre. Dans les faubourgs, les maisons sont dispersées au milieu des champs; dans les quartiers populeux et très-fréquentés^ elles sont au contraire très-agglomérées, et les boutiques se succèdent sans interruption de chaque côté des rues.

La ville est divisée en quartiers principaux et en subdivisions plus petites, appelées cho. Les rues n'ont pas de nom; on les désigne par celui du cho qui les contient, et les maisons par le numéro que leur place leur donne, non pas dans les rues, mais dans leur quartier.

La ville de Tokio est bien percée; mais ce qui lui 4onne surtout son originalité, ce sont les nombreux canaux dont elle est sillonnéç, s^entre-croisant dans

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