UN SPHINX
Bronze fondu par Duval en 1670, d'après un modèle de Jacques Sarrazin; marbre de Lerambert
bassin, peuplé de figures de bronze doré, au milieu duquel s'élève, sur un massif en pyramide, le groupe de Balthazar Marsy, Latone et ses enfants. La mère d’Apollon et de Diane, à genoux et serrant son jeune fils, implore la justice de Jupiter, et le dieu change en grenouilles d’or, autour d'elles, les paysans de Lycie, coupables de lui avoir refusé assistance. La métamorphose continue dans les deux autres bassins du Parterre.
La place centrale accordée à un tel sujet, dans la décoration de Versailles, s'explique par l’idée mythologique qu'on retrouve aux points principaux du parc. N'oublions pas que Latone est la mère d’Apollon,et que le dieu du Soleil est le symbole, la personnification céleste de Louis XIV. Tout au fond des jardins, au milieu de la perspective qu'on embrasse de ces degrés, c’est le motif du char d’Apollon qui répond à celui de Latone,
et c'est à l'extrémité du Grand Canal qu’en certains jours de la belle saison le soleil se couche dans sa gloire.
À la cour du Grand Roi, chacun savait la signification de ces symboles ; les artistes s’en inspiraient pour leurs compositions ; les madrigaux et les odes y muitipliaient les allusions adulatrices ; et La Fontaine nous conserve le sentiment des contemporains de Louis XIV, montrant le souverain, au lieu même où nous sommes
placés, lorsqu'il vient contempler, à l'heure la plus belle, les admirables horizons de son domaine :
Là, dans des chars dorés, le Prince avec sa cour
Va goûter la fraicheur sur le déclin du jour;
L'un et l'autre soleil, unique en son espèce,
Etale aux regardants sa pompe ct sa richesse.
Phébus brille à l’envi du monarque françois;
On ne sait bien souvent à qui donner sa voix:
Tous deux sont pleins d'éclat et rayonnants de gloire!
Ces vers ne sont pas des meilleurs du poète, mais
Floto F, a'Awre.
L’ARIANE DU VATICAN Parterre du Midi Marbre copié par Corneille Van Clève
ils n’en demeurent pas moins fort instructifs et nous rappellent, dès le début de notre promenade, la pensée ordonnatrice de Versailles.
Réjouissons nos yeux quelques instants de l'étendue du spectacle, du dessin harmonieux et double du parterre, de la blancheur des vases de marbre qui meublent
les terrasses et que garnit une profusion de fleurs. A.
nos côtés, aux extrémités du large degré, se dressent
deux vases de forme colossale, dont la proportion s'accorde avec les grands espaces dominés ici par le regard. Avec leur pied de marbre qui s'élance d’un cube de pierre, avec les hardies têtes de bélier qui forment les anses, et les souples couronnes de feuillage ornant le vaisseau, on les jugerait partout des œuvres admirables ; mais, en ce lieu, leur présence est significative, car le motif central offre précisément le « Soleil »
VUE DU PARTERRE D'EAU APRES 1690 Détail d'une peinture de Jean Cotelle
(Au premier plan, les suivantes de Vénus la regardent s'élever au ciel
de Louis XIV, le symbole fameux interprété suivant son désir, et qui est une tête triomphale auréolée de rayons.
La grande façade développe ici sa longueur de quatre cent quinze mètres (qui atteint six cent soixante-dix mètres avec les façades en retour). La monotonie de cette immense bâtisse est rompue par les avant-corps, formés de cclonnes que surmontent cent deux statues, par les sculptures en relief qui encadrent les fenêtres cintrées du premier étage, par les clefs des arcades du rez-de-chaussée, enfin par les trophées et les vases de pierre couronnant la balustrade de l’attique, qui avaient été détruits lors des restaurations du premier Empire et qui viennent d’être heureusement
Photo l'd'Aujec.
Groupe de bronsc, Gu Parterre d'Ecu, fondu en 1690