LES « ROULETTES» DES DAMES DE LA COUR
Détail d’une peinture de J.-B. Martin représentant une promenade dans la Galerie d'Eau
DE
de notre art national. Elle est posée sur un haut piédestal de marbre, autour duquel Girardon lui-même a sculpté un minutieux bas-relief. Il rappelle le groupement si vivant du Bain des Nymphes de Diane; il a aussi toute la clarté d’un paysage, ses perspectives graduées et le sentiment d’une scène tragique où l'amour brutal serait vainqueur.
L'idée du groupe reçoit ici son plein développement poétique. Proserpine et quatre de ses compagnes cueillaient des narcisses au bord de l’eau; des roseaux s'inclinaient sur la berge, une corbeille était à demi remplie des fleurs du rivage, lorsque apparut Pluton. II
est à maintenant, soulevant son amoureux fardeau, si léger à sa forte stature. L’adolescente s’abandonne, éperdue; une des femmes retient son écharpe; les autres, interrompues en leurs jeux, immobilisées de surprise, ont l’effroi sur le visage et regardent le dieu puissant et beau emporter la fragile enfant. L’une est debout, l’autre couchée, et la troisième semble figée d'étonnement en la grâce de sa ligne.
Proserpine laisse aller son corps flexible, comme une liane arrachée, au mouvement précipité du ravisseur. Chaste dans ses voiles, elle serait belle seulement de souffrance ; et lui, dans l’orgueil satisfait de son désir,