DE LATONE
Estampe de J. Rigaud
LES SAISONS : LE PRINTEMPS, PAR MAGNIER Cabinet du Point-du-Jour Marbre sculpté en 1681 prend des bijoux dans une coquille que lui présente son jeune compagnon ; l'enfant nu se renverse un peu pour être à portée des doigts de la Nymphe rêveuse.
Les groupes d'enfants, trois par trois, qui mettent aux angles des bassins du parterre leur joliesse espiègle, sont les frères semblables de tant d’autres petits Amours qui penchent leur sourire aimable sur l’eau des fontaines. Ils n'ont rien du libertinage des bambins joufflus qui tresseront des couronnes autour des galants portraits du xvirt siècle; ils sont aussi bien différents de l’enfance véritable et de son enjouement naturel ; ils sont les créations de l’art, mais de l’art du xvue siècle, un peu cOMmpassé, retenu, avec une ombre de dignité jusqu’en
ses Cupidons replets et ronds, aux chairs creusées de fossettes. La grâce domine cependant, cette grâce que Louis XIV voulait mêler à la pompe de Versailles, aux allégories des plafonds peints comme aux sculptures des jardins, cette grâce qu’il invitait Mansart à ne pas oublier, quand il lui recommandait de mettre « de l'enfance partout ».
Combien sont insouciants les jolis gestes de ces groupes de petits êtres qui S’enlacent, qui se couvrent de fleurs, qui jouent sur les margelles de marbre! En voici un porté sur les ailes d’un grand cygne au col
penché; un autre, une fillette, se regarde dans un miroir, tandis que ses deux compagnons se dressent sur des jonchées de roses; plus loin, des oiseleurs
Photo P, d'Aigee, LES HEURES * LE POINT DU JOUR, PAR GASPARD MARSY Parterre d'Eau Marbre sculpté en 1680
Photo PF, d'Aujee, LES ELEMENTS : L'EAU, par LE GROS Cabinet du Point-du-Jour
Marbre sculpté en 1681
perchent sur leurs menottes des oiseaux prêts à s’envoler; ici des danseurs, là des tritons qui soufflent dans les coquillages marins. Rien de plus délié que tout ce petit monde qui sème dans l'héroïque symphonie du parc sa note de gaieté sans éclat.
Une autre évocation de l’enfance est là, toute voisine, aux côtés de l'escalier qui descend au Parterre du midi. Ce sont les génies de bronze, portés sur des sphinx de marbre, qu’on vit longtemps au-dessus des degrés de Latone, à l'endroit où nous venons d’admirer les vases « au soleil ». Les enfants « au sphinx » sont parmi les œuvres les plus populaires de nos jardins ; nous en avons heureusement retrouvé l’histoire véritable.
Modelés, en 1660, par le vieux maître Jacques Sar-
! LA NUIT, PAR RAON Rampe du Parterre du Nord Marbre sculpté en 1680
razin, le plus ancien sculpteur qui ait contribué à Ja décoration actuelle de Versailles, les enfants furent fondus par Duval après la mort de Sarrazin, et placés, par les soins de Lerambert, son élève, sur les sphinx de marbre que lui-même sculpta pour eux. Les bronzes furent d’abord dorés, puis dédorés, pour s’harmoniser plus tard aux fontes des Keller.
Les sphinx sont accroupis sur une tablette de marbre. Leur tête de femme est coiffée à l’égyptienne, un bandeau barre le front, des boucles tombent autour du visage; les épaules sont couvertes d’une étole brodée, qui est de bronze et sert de selle aux Amours qui chevauchent. Les groupes se font face; les sphinx sont identiques, mais les deux petits dieux diffèrent par leurs
Photo P, d'Aujee. LES ÉLÉMENTS : L'AIR, PAR LE HONGRE Parterre d'Iau Marbre sculpté en 1683
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mouvements et l'expression rieuse de leur tête frisée. Is ont en bandoulière le carquois garni de flèches, retenu à l'épaule par un ruban. L'un tient à la main une couronne de fleurs tressées, l’autre une guirlande; ils sont vivants, espiègles, et d’un effet imprévu en leur couleur de bronze foncé sur le blanc. marbre des monstres impassibles.
D'une invention et d’une technique admirables, ces motifs ont introduit pour la première fois dans la décoration du parc ces enfants, dont la grâce a si promptement peuplé les jardins et qui ont atténué partout ce qu'il y aurait eu de trop sévère dans le domaine royal renouvelé. Les groupes de Sarrazin et Lerambert furent aussi les premiers ouvrages de bronze venus, en même temps que les beaux marbres, remplacer les termes et les statues de pierre qui avaient d’abord suffi à
Thoto P, d'Aujee, RER PA d 1 JEUX D'ENFANTS, PAR LE GROS
Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu en 1690
DE
décorer le Versailles primitif. Leur place est ici particulièrement instructive, à côté de cet illustre Parterre d'Eau, tout en décoration de bronze, où triomphe la maîtrise puissante et définitive des grands fondeurs de l’Arsenal.
De l’autre côté du Parterre, deux fontes plus récentes que les enfants « au sphinx 5 leur sont symétriques. A la tête du degré qui conduit au Parterre du nord, ont été reportées, au xix° siècle, des figures accroupies, fondues par les Keller, qui s'y trouvaient autrefois, comme le montre un tableau d’Allegrain. Ces bronzes avaient été longtemps remplacés par les marbres que le Roi avait à la même époque ordonnés de ces deux figures.
L'une est exécutée d’après un antique, lArrotino (le Rémouleur) des Offices de Florence, en qui les con-
Photo P. d'Aujec,