‹ Les jardins de VersaillesChapitre 28 sur 143 · SE RL · texte numérisé non relu

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Deux lions, à la longue crinière hérissée, luttent l'un avec un loup, l’autre avec un sanglier. Les lions, bien entendu, sont les maîtres, et ils se dressent fièrement sur leur proie. Le loup est lamentable sous les griffes qui le déchirent, tandis que le sanglier tâche encore de se dégager de son farouche vainqueur.

Autour du bassin, trois gracieuses statues se dressent comme de l’autre côté, et la première, qui fait face au Point du Jour, représente l'Air, par Le Hongre. Les ambassadeurs du roi de Siam, qui visitèrent Versailles en 1686, admirèrent particulièrement cette statue, qui venait d’être mise en place, et le narrateur du Mercure la loue au-dessus des autres, à cette occasion, « pour la délicatesse du travail et la correction du dessin 5.

L'artiste a su tirer le meilleur parti du croquis confié par Le Brun. Debout sur son piédestal, le bras gauche levé soutenant sur sa tête les plis | supérieurs de l'étoffe qui | la revêt, la jeune divinité semble s’envelopper de !

nimbes; la robe flottante | éparse autour d'elle est comme l'atmosphère qui va la dérober. Son buste nu présente au soleil qui la baigne sa poitrine ronde et hardie; à ses pieds, le roi des airs, l'aigle, la contemple ; elle-même regarde le ciel, et tout son mouvement vers le haut la fait prête à s'envoler, tant le marbre paraît léger.

Un détail permet ici de juger le goût excessif du siècle pour les symboles. La statue de Le Hongre porte dans Îla main un caméléon, et un guide du temps en donne la raison naïve : « Cet animal, selon Pline, ne vit que d’air. Feu Mademoiselle de Scudéry, qui en avait eu deux chez elle pendant sept mois, était

aussi de ce sentiment ; cependant Messieurs de lAcadémie Royale des Sciences, qui paraissent avoir examiné de plus près ce qui regarde cet animal, croient qu'il se nourrit de mouches et autres insectes. »

Tout au bord du bassin est la Diane chasseresse, qui représente l’Heure du Soir. Son joli mouvement en avant est suivi par son chien qui bondit. Elle a le croissant des nuits dans ses cheveux en couronne. Sa courte tunique laisse voir sa jambe nue. Un bras en arrière marque l'élan, l’autre tendu tient un arc; derrière son épaule s'aperçoit le carquois. C’est une œuvre de Desjardins, une des plus rares et des plus vivantes parmi celles de Versailles.

Pour accompagner la chaste Diane et figurer l'heure ardente de midi, voici, de l’autre côté du bassin, une Vénus tranquille, où Gaspard Marsy a mis tout son art délicat et souple, toute la facilité de sa main accrue par l'étude de l’antique. Et c’est vraiment la déesse de la Beauté, cette adolescente à la tête fine et fière, couronnée de roses; ses longs cheveux reviennent sur un sein qui s'arrondit à peine; d’une main, elle retient sans effort les plis de sa robe trainante ; son bras droit, élégant et pur, retombe, et ses doigts effleurent le jeune Amour tout nu, qui lui présente une flèche d’un geste implorant.

Ces statues, qui ont arrêté notre promenade, sont parmi les meilleures du parc. Inspirées par ce goût de l’allégorie hérité de nos pères du Moyen Age, elles sont traduites dans ces formes antiques rajeunies par l'esprit français. Elles suffiraient à établir ce que nous avons dit de l'indépendance laissée à l'artiste, moyennant

Photo P. d'Aujecs LES HEURES DU JOUR : DIANE

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