FIGURES DES « SAISONS
Dessin de Charles Le Brun
férocité accompagne cette « sauvage » ; mais une tête de « visage pâle », qui gît à ses pieds, semble indiquer que les relations avec la belle guerrière ne sont pas sans danger. Tout le morceau est hardi, le geste vrai, l'impression curieuse.
Elle est plus noble et plus sereine, la Cérès que nous trouvons ensuite, dans la fière maturité de l’Æfé qu'elle représente. L'étoffe qui la drape s’ajuste par endroits et laisse deviner les formes vaillantes. Sa tête assez petite est couronnée de blé; sa main retient une gerbe d'épis dressée auprès d’elle. Cette déesse est de Hutinot, et Gérard Edelinck en a gravé l’image, tandis que son frère Jean gravait la statue suivante.
L’Hiver est un vieillard mélancolique, sculpté par Girardon. Le maître a mis toute une âme d'artiste en ce chef-d'œuvre, et pour vérifier sa signification esthétique, il faut aller le visiter quand la froide saison a dépouillé le parc. Sur le fond dés arbres dénudés, la grande figure désolée est bien dans son domaine.
Le corps s’enveloppe à moitié d’un manteau qui remonte sur la tête et la coiffe en capuchon. L'homme, accablé du poids de la vie, baisse le visage et. sa
longue barbe caresse sa poitrine. Le front ridé, la bouche douloureuse, les yeux baissés disent la lassitude. Ses bras musculeux sont ramenés d’un- geste frileux ; sa jambe nue apparaît vigoureuse ; d’un mouvement naturel, il se penche sur un réchaud ciselé soutenu par deux griffes de lion, d'où s'échappent les flammes qui réchauffent ses membres glacés.
Le marbre de Girardon nous donne bien la sensation de la saison rude, alors que les oiseaux ont fui les bosquets sans fleurs; et c’est aussi l'image de cet âge qui n'a désormais que les souvenirs sans espoir et s’'achemine vers le tombeau. La puissance du sculp= teur en a fait un rappel tragique et sobre des réalités et de la souffrance, parmi tant d’allégories orgueilleuses ou joyeuses à plaisir multipliées.
Dans l’espace carré où se creuse le Bain des nymphes les deux statues qui apparaissent aux angles de l'Allée d'Eau font partie des « Tempéraments de l'Homme 5. Ce sont des œuvres médiocres, mais il faut convenir que le sujet prête peu à l'inspiration. C’est d’abord le Colérique de Houzeau. Un homme nu, aux gestes