‹ Les jardins de VersaillesChapitre 46 sur 143 · FRANCOIS GIRARDON, SCULPTEUR DU ROÏI · texte numérisé non relu

FRANCOIS GIRARDON, SCULPTEUR DU ROÏI

Peinture de l'École de Le Brun

dauphins. Et voici un triton encore qui sonne de la conque, pour annoncer à travers les eaux le passage du roi des Mers.

Adam, l'aîné, a donné ce morceau de sculpture d'une heureuse ordonnance, d’une vivante composition, qui s’anime surtout sous les grands jets qui l'inondent. Il est signé dans le plomb : Sigishert Adam natu maior invenit et fecit, 1740. Telle est la date de l'installation des groupes du bassin.

Sur le plateau de droite est une œuvre de Jean- Baptiste Lemoine, signée et datée également de 1740. L'artiste a créé une fort noble image de l'Océan dans le jeune dieu nu, de beauté virile et gracieuse, assis et étendu sur un monstre marin. Le grand coquillage sur lequel ils reposent laisse passer sous ses rebords des monstres à la gueule ouverte, troupeau de Neptune dont Protée a la garde. Des roseaux ornent la conque posée sur un rocher.

Sur le plateau de gauche est Protée, modelé par Bouchardon en 1739 (Edmundus Bouchardon faciebat

anno 1739). La figure est couchée sur une monstrueuse licorne. Tout autour du beau vieillard se voient des plantes marines, des FRReers et un serpent qui dévore une écrevisse.

Aux deux extrémités du bassin sont deux dragons géants chevauchés par deux Amours. Ces groupes sont aussi de Bouchardon; et déjà les petits enfants ailés diffèrent de leurs frères du Parterre et de l’Allée d'Eau. Pour colossaux qu'ils soient, ils ont plus de grâce maniérée, plus de coquetterie dans le geste, et cette expression fine et entendue que le xvin° siècle prête même à l'enfance. Les monstres grimaçants domptés par la simple écharpe qu'ont mise autour de leur col les mains potelées, se redressent, battent de la queue et semblent vouloir se débarrasser de leur monture ; mais les petits dieux se rient de leurs efforts et. da sur la bête en furie.

La tablette elle-même, toute en glaçons de marbre à l'intérieur, porte sous chaque vase des têtes de satyres et de faunes; l’eau qui coule de leur bouche ouverte ruisselle dans la large

coquille posée sur un rebord.

Toute la décoration supérieure du bassin est de l’époque Louis XIV. Les vingt-deux vases de plomb qui la constituent ont été placés presque dès l’origine.

Ils sont naturellement répétés deux par deux. Ce sont de magnifiques morceaux fort bien restaurés, qui donnent l'impression d'une grande variété, surtout à cause des anses d’une ligne entièrement différente pour chaque paire. Les unes sont formées de rinceaux, les autres de serpents enlacés ; ici se tordent des volutes portant des lézards ; là, des écrevisses géantes s’arc-boutent sur leur queue d'écailles.

Sur le corps des vases se dessinent des têtes de monstres, de faunes, de tritons, le tout entouré de fleurs, de roseaux, de conques, de poissons. Quelquesuns ont des bas-reliefs représentant des scènes marines. Celui-ci porte, d’un côté, une nymphe

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