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TROIS FONTAINES

Estampe de J. Rigaud

Quoique cette figure soit sévère et majestueuse, Tubi cependant lui a donné la grâce qui caractérise toutes celles qu’il a modelées. Aïnsi at-il fait pour l'Espagne, représentée par un jeune homme assis sur un lion et qui se trouve à droite du char victorieux. On remarque en lui la tête ronde et bouclée des statues de Tubi; le corps aux membres souples et arrondis n’est couvert que d’une simple écharpe. Sa pose est abandonnée sur la croupe du lion couché ; sa main est crispée sur l’étoffe ; sa tête est renversée et ses yeux tristement interrogent. l'horizon; près de lui gisent des casques, des haches, des boucliers.

Un grand vieillard accablé, représentant l'Empire vaincu comme l'Espagne, est assis sur les ailes d’un

aigle. Malgré l'excès de la restauration, l'œuvre reste de Coyzevox par son expression vigoureuse. L'homme laisse tomber la tête sur sa poitrine ; sa jambe est repliée sous lui, ses mains sont inertes ; çà et là sont jetés des armures et des trophées.

Au bas des degrés, une hydre à trois têtes semble expirante; elle complète l'œuvre et symbolise la désunion de la Triple Alliance. N'oublions pas, en effet, que le bosquet de l’Arc de Triomphe a été aménagé à partir de 1678, année glorieuse de la paix de Nimègue.

L'ensemble de cette composition, un peu massif peut-être, et que la dorure allégeait sans doute, garde cependant une allure très noble. Le modèle général avait été payé à Tubi en 1681 et, bien qu'il y ait fait

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OSQI

>einture de Jean Cotelle

travailler Coyzevox et aussi le sculpteur Prou, dont la part de travail reste incertaine, c’est lui qui doit en garder le principal mérite.

Le bosquet ayant perdu sa décoration première, on lui en a donné une nouvelle, en y réunissant des objets d'art de diverse provenance qu'il était intéressant de conserver et de présenter en plein air. Deux jolies statues y ont été transportées ; elles furent, à l’origine, en ce fameux Labyrinthe de Versailles, détruit, au temps de Louis XVI, parce qu'il tombait en ruine, et où se trouvaient représentées en groupes de plomb les principales fables d'Ésope.

Ces deux figures, / Amour et Ésope, dont le plomb conserve encore quelques traces des couleurs qui le

revêtaient jadis, accueillaient autrefois les visiteurs à l'entrée du Labyrinthe.

L'Amour qui tient le fil d'Ariane est de Tubi; sa grâce d’adolescent est toute féminine; ses longues ailes déployées ont la douceur des plumes ; il porte en bandoulière le carquois meurtrier. Ses doigts dévident le peloton qui roule dans sa main gauche; une simple écharpe entoure son corps charmant. La tête ronde et frisée a gardé sa finesse, malgré l’usure du métal, et le sourire a déjà quelque chose de cette mièvrerie séduisante qui caractérisera l'enfant malin dans l'art du xviur siècle.

En face du dieu enchanteur est la figure d'Ésope, d'une laideur expressive, par Le Gros. Ce marbre est

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