‹ Les jardins de VersaillesChapitre 60 sur 143 · NEPTUNE · texte numérisé non relu

NEPTUNE

Estampe de J. Rigaud

verse l’eau dans le bassin ciselé. Elle repose sur un genou; l’autre jambe est redressée et la robe retroussée retombe en draperie. La main gauche soutient l’anse dè J’aiguière, sur laquelle est représenté un épisode glorieux pour Louis-Apollon, le passage du Rhin. La jeune fille détourne la tête; sa nuque étroite est surchargée de lourdes boucles ; on aperçoit, exquise, la ligne qui va de l'épaule à la hanche ; en un si vivant. morceau, le marbre palpite.

Et voici les trois autres nymphes, plus reculées, qu'a sculptées Regnaudin. Elles achèvent heureusement le cadre où s’alanguit la grâce du dieu lassé. Deux d’entre elles redressent le groupe, dont la composition s'étend encore, par la dernière Néréide, qui s’at-

tarde au fond de la grotte. L'action est ainsi mouvementée et d’une vérité plus grande.

Regnaudin a vêtu ses figures, mais l’étoffe semble humide, tant elle s'adapte aux formes minces et longues. Il en est une qui va coiffer Apollon, et sur ses doigts légers glisse l’opulente chevelure. Elle est d’une coquetterie timide, joliment maniérée, en ce geste qui lui fait toucher les boucles emmêlées. Sa robe descend jusqu'aux pieds, prend sa taille et découvre l'épaule. Une écharpe vient encore l’envelopper ; cependant le joli corps se devine, si chastement voluptueux. La tête ronde, au profil à peine arrêté, est couronnée de nattes étroitement tressées qui s’enroulent à la grecque, puis retombent.

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Après elle, et à gauche du maître, est la cinquième sœur, modeste et souriante. Son bras nu s’arrondit autour d’une amphore ciselée qu'elle appuie sur sa hanche. Le haut de sa poitrine se dévoile; sa fine beauté paraît menue auprès des membres plus amples du jeune dieu ; la tête est d’un pur ovale ; les cheveux frisés, en bandeaux, se divisent d’un ruban.

De l'obscurité de l’antre S’avance, blanche, la dernière des nymphes. La perspective rapetisse sa taille et prête à l'illusion de la réalité. Elle est auprès d’une colonne taillée dans le rocher. Sa robe la revêt tout entière ; les plis dessinent ses formes ; sa tête frisée porte un bijou sur le front ; elle marche, sereine, soutenant un bassin des deux mains, vers la compagne

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