‹ Les jardins de VersaillesChapitre 8 sur 143 · SIÈCLE · texte numérisé non relu

SIÈCLE

pièces d'eau des Suisses et du Grand Canal peuvent sembler encore des lacs harmonieux, ramenés à la ligne symétrique par un travail à peine sensible ; mais, par degrés, en se rapprochant du Château, l'art se laisse voir, s'affirme et s'étale. Les gazons se découpent, les arbres se taillent, les eaux se concentrent en des margelles de marbre, les statues se multiplient. Autour de la maison royale, la nature est entièrement asservie ; tout y a été construit et manié de façon à ne plus laisser paraître que l'œuvre de l'homme.

La volonté d’un roi et le génie d’une époque ont fait d’un sol rebelle le plus riche jardin. Il faut un grand effort pour se rappeler qu'aucune partie des environs de Paris n'était plus sauvage et plus délaissée, quand Louis XIII y construisit un petit château et y établit un parc de chasse. Même après lui, ce n'était qu'un terrain boisé et marécageux, qui s’est transformé, sur le seul désir de Louis XIV, en ce brillant ensemble de plantations régulières, de bosquets, de pièces d’eau et de fontaines.

Les terrasses sont faites presque totalement de terres rapportées ; l’étroite butte primitive s'est élargie en proportions énormes pour asseoir le Château et ses abords. De chaque côté se découpent les parterres du Midi et du Nord, dessinant leurs arabesques, leurs rinceaux, leurs fleurs de lis.

Entre eux, devant la Galerie des Glaces, dorment deux larges nappes liquides, attendant que les gerbes

rapides viennent, au signal voulu, en éveiller les vastes eaux. C’est ce qu'on appelle le Parterre d'Eau, désignation qui s’appliquait mieux à un état plus ancien de cette grande terrasse, où vraiment des courants d’eau, ingénieusement aménagés, formaient des dessins variés, semblables aux décors fleuris tracés par Le Nôtre; ils étaient entourés, d’ailleurs, de buis et de gazon.

Tout ce décor, riche en complications hydrauliques, s'est peu à peu simplifié en une conception plus belle. Le Roi n'a voulu, sous les fenêtres de sa maison, pour en refléter l'harmonie, qu'un double et pur miroir qui n’en brisât point l’image. Sur le marbre qui les entoure, bientôt après se dressèrent de magnifiques groupes de bronze, exécutés en de grandes porportions, afin qu’on püt en saisir la ligne des balcons de la Galerie.

Les deux nappes frissonnantes semblent répondre

Photo P, d'Aujec. LE VASE DE LA PAIX

Marbre de J.-B. Tubi, sculpté en 168%, pour la terrasse devant le Château

à celle du Canal, qui miroite dans le lointain. Autour d'elles, de tous côtés, à la descente des allées des parterres inférieurs, on aperçoit des vases chargés de fleurs et aussi de blanches statues qui semblent cheminer le long des charmilles.

Elles se détachent tantôt sur le ciel, tantôt sur les sombres verdures. On désire approcher et contempler de plus près ces formes harmonieuses, connaître le symbole qu’elles expriment ét la pensée qu'elles réalisent. Et ne sont-elles pas comme les prêtresses du lieu, les gardiennes permanentes des jardins? Devant elles ont passé les générations disparues : elles ont vu la gloire des monarques, la grâce amoureuse des princesses ; les paniers de brocart et les habits brodés ont frôlé le marbre qui les porte ; elles assistèrent à

Photo P; d'Aujee,

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