Les Jésuites à Metz
;' a vingt-trois ans révolus qu'en vertu de la fameuse maxime v la force prime le droit », les Jésuites d'Alsace -Lorraine ont dû prendre le chemin de l'exil, et laisser à l'abandon le noviciat d'Issenheim, la résidence de Strasbourg et le florissant collège Saint-Clément à Met^.
Qu'avaient-ils fait pour mériter d'être chassés de leur patrie? ^(Ah! votre crime, mes Pères, s'écriait dans l'église même de Saint-Clément, le Si Juillet 18'] 2, l'éloquent panégyriste de Saint-Ignace , M. l'abbé Jacques, ancien aumônier militaire, chanoine de la cathédrale de Met'{, — votre crime, c'est de vous être dévoués du matin jusqu'au soir, de vous être dévoués à toutes les œuvres de l'apostolat chrétien, d'avoir élevé chrétiennement notre jeunesse, d'avoir évangélisé nos villes et nos campagnes , d'avoir prêté votre puissant concours aux prêtres de ce diocèse, d'avoir entretenu la ferveur dans le sacerdoce et dans nos communautés religieuses , d'avoir nourri nos pauvres. Voilà votre crime. Il n'en est pas d'autre avons
reprochej^. Vous êtes persécutés et hais, paîxe que vous ave'{ aimé la justice et prêché la vérité; et voilà pourquoi vous êtes bannis! Heureux bannis du Christ I^»^
Mais, en partant , les Jésuites laissaient derrière eux le souvenir de leur dévouement , et parmi leurs anciens élèves, il en est peu, s'il en est, qui n'aient point gardé pour eux la mémoire du cœur.
L'un d'eux, M. Viansson-Ponté , n'écoutant que sa reconnaissance, encouragé d'ailleurs par le R. P. Stuinpfj le vénérable Recteur de Saint-Clément, voulut se faire l'historien des a Jésuites de Met^y^ C'est son ouvrage que nous présentons aujourd'hui au clergé de Lorraine et aux anciens élèves de Saint-Clément.
D'infatigables chercheurs , les PP. Bach et Lauras, avaient déjà réuni de nombreux documents, puisés dans les Archives et les Bibliothèques publiques de la Lorraine; l'érudit académicien de Met^ les a mis en œuvre avec une intelligente patience. Elargissant son cadre. Une raconte pas seulement l'histoire de Saint-Clément, mais il remonte aux origines de la Compagnie de Jésus à Met:^.
Dans une première partie, richement documentée , il nous fait assister au premier établissement des Jésuites dans la cité messine , malgré la longue et vive opposition des Calvinistes du pays; il iwus décrit ensuite la fondation, les agrandissements et les dijferentes translations de l'ancien collège, établi définitivement dans la rue de la Chèvre, sous le nom de collège Saint-Louis, à côté de l'église devenue aujourd'hui la pai^oisse Notre-Dame ; il nous initie aux travaux des Pères, à leur enseignement, aux succès de leurs écoliers, comme aussi aux tracas que
leur suscitaient leurs adversaires ou leurs émules. Puis vient la triste histoire du bannissement des Jésuites, et de la suppression de la Compagnie.
Mais l'iniquité ne devait pas durer toujours : en 1814^ le prisonnier de Fontainebleau , rentré triomphant à Rome, rétablit par tout l'univers l'Ordre de Saint-Ignace : dès 18J2, l'abbé Potot, l'ancien commandant des armées de la République, devenu prêtre, entre dans la Compagnie; il fonda dans sa maison paternelle une résidence, transportée plus tard rue des Trinitaires, et transformée en collège, sous le haut patronage de Mgr Dupont des Loges, d'abord à Saint- Augustin, puis à Saint-Clément.
C'est l'histoire de cette résidence et du nouveau collège qui forme la deuxième partie de l'ouvrage de M. Viansson- Ponté. Tous les anciens élèves de Saint-Clément la liront avec intérêt; ils y retrouveront avec plaisir le récit des fêtes joyeuses, des solennités brillantes et des cérémonies religieuses qui venaient embellir leur vie de collège et einbaumer leur adolescence d'un parfum de piété qu'ils ne sauraient oublier !
Les pages qui terminent cette seconde partie réveilleront des souvenirs bien douloureux ; mais au milieu des ruines du passé brille toujours l'invincible espérance de l'avenir !
Saint-Clément, 1 g Mars i8g6
en la fête de saint Joseph.
P. MURY.