CHAPITRE IV
1. Affection de Louis XIV pour la Compagnie de Jésus. Lettres patentes déclarant le collège de fondation royale et lui allouant une rente annuelle de 3.000 livres. Irrégularités de paiement de la rente du roi. — Les Jésuites, véritables seigneurs à plusieurs lieues à la ronde. Bienfaits de. Pierre de Légier, conseiller à la cour de Poitiers
II. Union de la chapelle de Saint-Jean de Curçay. Acquisition d’une métairie à Ruffigny. Embellissements du prieuré de Ligugé. Création du collège Irlandais. — Nouvelles donations particulières.Don royal de 12.000 livres. — Virements et procédés peu délicats des Jésuites. Lettres patentes de décharge. — Fâcheuse situation matérielle du collège. Suppression du revenu de Sainte-Marthe en faveur des Lazaristes. — Nouveau supplément de fondation de 4.500 livres.
[II. Querelles intestines relativesau don du roi. La bibliothèque des Jésuites. — Réclamations des Pères bibliothécaires relativement à la dotation Bardia. Objections qui leur furent faites. — Dons multiples de M. Le Tenneur, justement appelé le second fondateur de la bibliothèque. Précautions prises par ce pieux magistrat en faveur des Jésuites.
IV. Délabrement du collège du Puygarreau. Projet d'introduction des Ora-
toriens. Opposition des Jésuites. — Réouverture du collège’ du Puygarreau. Un programme-affiche. Les seigneurs de Puygarreau offrent leur collège à l’évêque pour en faire un séminaire. — Union du
collège du Puygarreau au collège de Sainte-Marthe. — Le pensionnat du Puygarreau. Le couloir souterrain et le pont suspendu. — Triste apparence extérieure des bâtiments. La rue du Collège au xvr° siècle. Heureuse distribution de l’intérieur du collège. La chapelle du Puygarreau. — La régie du pensionnat distincte des revenus de Sainte-Marthe. Recouvrement des frais de pension,
Possesseurs déjà de sept bénéfices considérables !, quoiqu'ils ne fussent que depuis une quarantaine d'années à Poitiers, les Jésuites ne songeaient qu'à arrondir leur vaste domaine et à le conserver intact. Ils trouvèrent pour cela dans le pouvoir royal un puissant et constant auxiliaire.
4. Nous les rappelons ici pour mémoire, avec l'estimation de leur valeur année ordinaire : 4° Ligugé. qui, en 1655, valut 7.730 8s; 9o Pamproux, | 2.6321 428; 30 Comblé, 620 livres ; 4° Loudun, 4521 416$ ; 5° La Carte, 2.440 liv : 6° Sainte-Radegonde, 500 livres ; 7° Sainte-Marthe, 400 livres. #
Louis XIV, en effet, ne témoigna pas moins d'affection à la Compagnie que son père Louis XIII et Henri le Grand son aïeul. Dès le 1° août 1650, il accordait des lettres royaux aux. Jésuites de Poitiers pour leur permettre de rentrer en possession des domaines un instant aliénés de Pamproux, Loudun et autres bénéfices. Le 8 novembre de l’année suivante, il leur donnait des lettres de sauvegarde et d’exemption de logement des gens de guerre pour les bourgs et prieurés de
Ligugé, Pamproux, La Carte, Loudun et la métairie de Sainte- Marthe ‘.
Mais la marque la plussingulière de cette protection royale, ce furent les lettres patentes que ce roi, passant par Poitiers, donna le 8 janvier 1659, et par lesquelles, en confirmant le don fait par messire Jean Bardin,son conseilleren ses Conseils, de la somme de 2.000 livres de rente pour la fondation de la classe de théologie, Sa Majesté « voulait et entendait que le collège des Jésuites de Poitiers fût perpétuellement et à toujours censé et réputé de fondation royale, et qu'il jouit des mêmes honneurs et privilèges, franchises et exemptions doni jouissent les maisons fondées par les rois ses prédécesseurs », le prenait sous sa protection et Sauvegarde spéciale et le gratifiait d'une subvention annuelle de 3.000 livres, « pour
1. Des lettres de sauvegarde et d’exemption avaient été plusieurs fois accordées aux Jésuites par le roi Louis XIII, sans que ces recommandations et garanties eussent pu préserver leurs prieurés contre la brutalité des soldats français à cette époque. Le bourg de Ligugé surtout avait été souvent le théâtre de ces scènes licencieuses. C’est ainsi que, le 5 avril 4639, arriva à Ligugé une compagnie commandée par M. de La Roche-Clémerault, lequel réclama aussitôt pour ses hommes le logement et la nourriture. Les protestations et les supplications du P. Guillaume Babou, procureur du collège, et du Fr. Jean Brunetti, son Coadjuteur, ne firent qu’augmenter les exigences du grognard capitaine. Il se fit apporter les rôles des tailles de la paroisse, et, sur cette indication, il distribua des billets de logement à tous ses soldats. Le prieuré ne fut pas oublié, comme bien on pense. Non contents des vivres qui leur furent donnés en abondance, ces guerriers indisciplinés taillèrent à merci les pauvres habitants du village, bastonnèrent les hommes et les femmes, enlevèrent leurs poules et leurs agneaux, et commirent mille autres violences semblables. Du reste, leur brutal capitaine avouait, « en blasphemant le nom de Dieu, qu’il en vouloit aux jesuites, entre autres au P. Bonnet, duquel il voudroit manger le cœur et les entrailles, et que expressement il estoit venu loger (ici) pour se venger et les incommoder, et que S'il eust puloger tout en ladite mestairie (du prieuré), il l’eust faict. Et l’un de sa compagnie ajousta que s'il tenoit le P. Morin, il lui coupperoit les oreilles ». Cf. Dom Chamard, op. cit.
en jouir à perpétuité, par chacun an à prendre sur la recette générale de Poitiers, au chapitre des fiefs et aumôûnes ».
Ausurplus, Sa Majesté affranchissait « de toutes tailles, aïdes, subsides, subventions, impositions, emprunts, subsistances, droits d'entrée de ville et de toutes autres levées généralement quelconques imposées et à imposer, de quelque nature qu'elles puissent être, auxquelles lesdits Pères du collège pourraient être contribuables comme aussi de tous guets et gardes de portes et autres lieux » “!
Le collège de Sainte-Marthe prit dès lors le titre de Collège Royal? ; maisles Jésuites ne jouirent que bien longtemps après des privilèges qui leur étaient accordés, soit que le roi y eût dérogé par de nouveaux édits, soit que l’on eût négligé de les confirmer.
Les lettres patentes portant donation de la rente de 3.000 livres ne pouvant être enregistrées à la chambre des Comptes l'année 1652, le roi, en son Conseil tenu à Agen le 43 avril suivant, donna une ordonnance pour contraindre, en attendant l'enregistrement, le receveur général des finances de Poitou au payement immédiat de celte somme. Un arrêt du conseil d'Etat tenu à Pontoise le 5 octobre de la même année, confirmant cette ordonnance, portait que cette fondation serait employée dans l'état du roide l’année 1651 pour être payée l’année 1652.
fl n’en fut rien cependant et les lettres patentes ne reçurent leur plein effet qu'après avoir été enregistrées, d’abord le A mai 1653 à la chambre des Comptes à Paris, el ensuite le 31 juillet 1654 au bureaudes finances de Poitiers *. La première mention de ce revenu figure dans les comptes des Jésuites à la date du 45 août suivant, sous le rectorat du P. Guillaume Anginot.
Le même revenu paraît aussi dans le compte de 1655. Et cependant il existe un arrêt du 43 mai 1657 par lequel le roi ordonne « qu'attendu que le collège de Poitiers n'avait pu être payé de la fondation de 3.000 livres de rente pour l’année 1655