‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 134 sur 236 · Le préfet des études et un professeur · texte numérisé non relu

Le préfet des études et un professeur

5. Archives Départementales, D. 4 et 22. Le président Rolland ne croyait pas à l'existence des lettres patentes de 1642, n'ayant pu, dit-il, les trouver nulle part. — Voir ces lettres aux Pièces justificatives, n° 6.

Non contents d'avoir obtenu que deux professeurs de théologie fussent reconnus membres de l’Université, les Jésuites en établirent, de leur propre autorité, deux autres qui ne furent jamais agrégés. Bientôt on s’aperçut que leur enseignement élait entaché d'erreurs et la Faculté de théologie de Poitiers osa censurer leur doctrine à propos d'une thèse sur une question favorite à la Société: la Probabilité. L'une des positions de cette thèse philosophique, dont l’auteur était le P. Ghalenet, était ainsi conçue : Agendi requla proxima conscientin est, probabilem sequi tuto licet, etiam probabiliore post habita. «L'on peut suivre sûrement une opinion moins probable, en laissant la plus probable ». Elle était dédiée au recteur de l'Université.

Le syndic de théologie, qui eut communication de cette proposition, la dénonça à sa Faculté le 20 juin 4665.La Faculté chargea plusieurs de ses membres de l’examiner, et sur leur rapport la censura le lendemain 21; elle fit en même temps communiquer son décret à l'Université qui avait déjà refusé la dédicace, et qui rendit, le 22 juin, jour que cette thèse devait être soutenue, un décret portant défense de la soutenir, sous peine de privation de suffrage et d’entrée dans l’Université.

Le même jour, le syndic des Jésuites s’opposa par devant notaire au décret rendu par la Faculté de théologie, «soutenant qu'il n’y avait pas lieu à censure », et déclarant qu’il n'avait différé la soutenance de la thèse que par ordre de son recteur.

Le lendemain, dans l'assemblée ordinaire de l'Université, le décret de la veille fut confirmé ; mais les deux Jésuites, professeurs de théologie et à ce titre membres de l'Université, les PP. des Jumeaux et Dumonté, formèrent par devant notaire opposition au décret du 22, et firent signifier leur opposition au recteur de l'Université etau syndic dela Faculté de théologie.

Voyant cette obstination, la Faculté de théologie fit un décret le 28 octobre qui défendait à tous ses membres de soutenir la proposition censurée le 21 juin précédent, et qui ordonna que

les docteurs qui ne voudraient pas souscrire à la censure seraient exclus de l'Université. Tous les docleurs présents signèrent excepté les deux professeurs de théologie de la Société, auxquels sur leur refus la Faculté de théologie fit signifier son décret, avec ordre de s’y conformer.

Au lieu d’obéir, ces deux professeurs formèrent encore opposition au décret et, le 4 novembre suivant, ils firent à leur tour signifier par notaire leur acte d'opposition au syndic de la théologie.

Sur cette signification,la Faculté de théologie, par un nouveau décret du 44 du même mois de novembre, déclara ces deux Jésuites rebelles ; en conséquence les exclut de son corps et les priva de tous droits accordés aux docteurs jusqu'à ce que, mieux conseillés, ils eussent souscrit à ce décret ‘.

Les Jésuites s'absentèrent, en effet, des assemblées de la Faculté de théologie, mais ils continuèrent d'assister à celles de l'Université, jusqu'au 23 juin 1666, qu'un docteur de théologie requit qu’ils fussent exclus de l’Université, comme ils l'étaient de la Faculté de théologie: ce qui fut ordonné par l'Université. ;

Alors les Jésuites se pourvurent.au Conseil; cependant depuis ce moment ces deux professeurs ne parurent plus à aucune assemblée ni de l'Université ni de la Faculté de théologie, mais ils continuèrent toujours de professer la théologie.

Quelques années plus tard, une requête fut adressée au roi et à son grand Conseil par Bonaventure Irland, trésorier de Saint-Hilaire et, en cette qualité, chancelier de l'Université de Poitiers, pour faire réintégrer ces deux professeurs, exclus, y était-il dit, « soubs un pretexte de n'avoir voulu signer un decret de prelenduë censure d’une proposition touchant la probabilité, qui n’a esté soutenuë par un professeur de philosophie de leur college que dans les termes qui ont esté enseignés par plus de cent docteurs des plus fameuses Universités,

1. Theses des Jesuites de Poitiers en faveur de la Probabilité, censurées par L'Université de la mesme Ville. Avec ce qui s’est passé à ce sujet. Extrait d’une Lettre ecrite de Poitiers Le 23 juin 1665, in-4, pp. 7. La censure de l’Université donna lieu à la publication de plusieurs dissertations, libelles ou mémoires soit pour ou contre. Cf. de Backer, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, t, V,

entr autres par ceux de Sorbonne, comme Gerson, Duval, .

Gamache, Ysambert, Bail, et MM. les evesques de la Vaur et

de Rhodez...., en quéy lesdits docteurs (de la Faculté de Poitiers) ‘

ont excedé leur pouvoir qui ne s’etendoit qu'à gratifier ou censurer ladicte proposition, mais non pas à entreprendre de chasser et exclure de ladicte Faculté les deux dicts docteurs regens et professeurs jesuites au prejudice des opositions par eux formées et signifiées auxdicts docteurs de la Faculté, n'y ayant que Vostre Majesté qui eust pouvoir de faire cette exclusion puisque c’est elle qui les y avoit agregés par les lettres patentes de Louis 13° de triomphante memoire (19 janvier 1642) » 1. | Cette requête d’un des plus distingués professeurs de la Faculté de.droit, qu'on est un peu surpris de trouver mélé aussi directement à cette affaire des Jésuites contre la Faculté -de théologie de Poitiers, resta sans résultat. Mais après le décès des deux professeurs arrivé en 1674, les Jésuites nommèrent deux autres professeurs, qui commencèrent leurs leçons sans en avertir la Faculté de théologie,et qui refusèrent de souscrire aux décrets de 1665. Ils écrivirent même à Louis XIV pour lui exposer «qu'ils avoient esté exclus de l’Université par l'aversion de quelques particuliers mal intentionnés pour leur Compagnie », et le supplièrent deles rétablir. Sur cet exposé, le roi chargea l'intendant M. de Marillac, commissaire départi à ce sujet à Poitiers, d'entendre les Jésuites et le recteur de l'Université sur leurs prétentions respectives, de se faire représenter les titres et mémoires et de lui envoyer son avis.

Aussitôt que M. de Marillac eut reçu ces ordres portés dans une lettre de cachet du 15 décembre 1675, la Faculté de théologie nomma des députés pour instruire le commissaire des faits, établir la justice de sa censure, et prouver que les Jésuites «l’avoient calomniée ». Les Jésuites de leur côté fournirent des mémoires justificatifs. La Faculté y répondit, et prouva «que la proposition censurée avoit esté condamnée dans l'auteur de PA pologie des Casuistes, par le pape, les plus celebres Universités du royaume, par plus de vingtarchevesques

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