Cf. Nouvelles ecclésiastiques
. 2. L’argument principal du novateur est que toute gràce intérieure est irrésistible. On vit là la négation du libre arbitre, et, selon Lamotte, un des esprits les plus-judiciéux du xvrr° siècle, « une pureté purement passive qui signifie seulement l'usage différent que le Créateur peut faire de nos volontés, et non pas l’usage que nous pouvons en faire nous-mêmes avec son secours ». — «Le point capital du livré de Jansénius, dit Lafiteau, et le fond de son système, était que, depuis la chute d'Adam, nous sommes toujours invinciblement nécessités à faire le bien et le mal : le bien, lorsque c’est la grâce qui prédomine en nous ; le mal, lorsque c’est la cupidité qui y prévaut ».
- 3. A la date de 14657, on trouve (Bibliothèque des Antiquaires de lPOuest): Actaet Decrela Àlmæ Universilatis Piclaviensis super receplione el obsérvatione Constilutionis Sanclissimi Domini Nostri Alexandri Papæ VIT contra Jansenitarum hæresim. (Imprimé). Ces décrets sont signés du Recteur, des professeurs et autres officiers dont se composait l’Université. Voici leurs noms : ù
Pasquier, recteur ;
Durdin, Ch. des Jumeaux, F. P. Thibaudeau, Guerry, H. Marel, Rabereuil, P. Fontaine, jésuite, J. Ryol, professeurs et docteurs de théologie ;
J. Filleau, doyen, de Hauteserre, P. Gilbert, Le Roy, professeurs de droit:
Carré, R. Cothereau, Mauduyt, Busseau, professeurs de médecine ;
Umeau, professeur des Institutes ;
J. Goutoulas, jésuite, Louis Bouin, professeurs ès arts ;
Rigoumier, procurateur, Delage, substitut, H. Gaultier, chantre de Saint- Hilaire, P. Thevin, questeur, de Saint-Belin, grand-pénitencier, Joussant, seribe, Joussant, scribe général.
Royal-des-Champs, et une grande partie du clergé et du peuple français.
Comme toutes les discussions théologiques, toutes les disputes même quis'élevèrent sur ce grave sujet, ne purent faire qu'on comprit bien dans le peuple ni ce que voulaient les Jésuites ni en quoi consistait le jansénisme, cerlains esprits caustiques de la province du Poitou (et qui sait ? de Poitiers peut-être) imaginèrent le fableau plaisant qui suit, et qui est tout à la fois la plus piquante et la plus divertissante critique des attaques dirigées contre la doctrine du fameux novateur.
Cette Relation comique des assemblées ordinaires de la Faculté (supposée) de théologie d’Anière, établie dans la ville d'Onopolis, sur la rivière d’Amathie, entre les diocèses de Lucon et de La Rochelle, et ayant pour siège la maison du Moulin ou Molinienne, parut sans date et sans nom d'imprimeur. Elle se trouve à la bibliothèque de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
Les noms, très caractéristiques, des doctissimes personnages qui composaient celte célèbre et grotesque Faculté in parlibus, sont d'abord:
MM. Hiham, sieur des Grandes-Oreilles, doyen ;
Martin Bâté, syndic.
Les «très sages » maîtres qui furent députés pour s’informer de ce qu'était le jansénisme, s’appelaient :
MM. Onagre, Clitelier, Griset, Ventre-Blanc.
Le premier des quatre dit que Jansénius était un abbé de Scythie du VIT siècle, qui était venu en France, etqui y avait semé ses erreurs du temps de Hugues Capet et de Clovis, un de ses successeurs... Or ce Jansénius fut fail évêque d’'Yprensis, ville de la Grèce dans l’Asie Mineure…
M. Clitelier assura que l’origine du jansénisme était bien plus ancienne : car Jansénius était disciple de saint Augustin ; et on sait que saint Augustin vivait dans le IV° ou V° siècle : il faut donc qu'il y ait au moins 1.400 ans que Jansénius vivait.
M. Griset dit qu'il était si bien disciple de saint Augustin, qu'il prit même ce nom d'Augustin. C'était Augustin qui avait gâté Jansénius, qui sans cela aurait été très bon catholique.
Enfin M. Ventre-Blanc avança qu'il fallait même se défier de saint Paul dans ses Epitres, parce qu'il en était un peu enfariné.
Et comme cette hérésie est très subtile, on nomma quatre docteurs pour examiner en quoi elle consistait, savoir : MM. Aougeäne, Brayant, Boisleson et Quadrupède. Ces Messieurs font, non sans quelque malice contre la partie adverse, la plus désopilante recherche du monde sur le jansénisme.
D'abord M. Rougeâne exposa que (le critique vise ici spécialement les Jésuites et les deux évêques de Poitiers et de la Rochelle): « selon le sentiment des uns, quand quelqu'un passe pour honneste homme et vrai chretien, on l'appelle janseniste, quoiqu'il soit très catholique. Par exemple, qu'un ecclesiastique ne jouë jamais aux cartes, et qu'il dise que cela est defendu par les canons de l'Eglise, qu’il evite les visites des femmes mondaines, qu'il se contente d’un mediocre ordinaire, qu'il boive peu de vin, qu’il jeune exactement le caresme, qu'il fuye une vie dissipée, qu'il s'applique à la lecture, qu’il condamne la comedie, le bal, les danses, qu’il regarde comme un crime la pluralité des benefices, et qu'il croye que quand un seul suffit pour un frugal entretien, on se damne d’en prendre encore un autre. En un mot, un homme exact à s'acquitter de tous ses devoirs, c'est, dit-on, ce qu'on appelle un vray janseniste : les autres ont soutenu que le janseniste est un homme qui cite souvent saint Augustin... C’est pourquoi de bons catholiques ont apprehendé que nos deux evesques ne fussent jansenistes, eux qui citent saint Augustin dans leur lettre pastorale ; je veux dire dans celle qui est imprimée sous leur nom, et qui taschent d'attirer saint Augustin dans leur parti. Mais on est assuré du contraire par plusieurs raisons ».
La première, dit-il, c’est qu'ils ont protesté contre le jansénisme ; « il est vrai que cette protestation est comptée pour peu de chose, car il n'y a point de janseniste qui n’en fasse autant ». La seconde, parce qu'ils sont « très amis des Jesuites, qui ne peuvent souffrir les Jansenistes, et qui leur font une guerre continuelle, comme les Turcs aux Chevaliers de Malte »; en sorte qu'il suffit de n'être pas « ami» des Jésuites pour être janséniste, sans autre forme de procès, et que sans chan-
ger de sentiments ni de conduite, de janséniste on redevient catholique en redevenant ami des Jésuites. « Pour cet article nos deux prelats sont bien catholiques. Car les Jesuites leur font signer toutes les lettres! et les mandemens qu'ils veulent, et M. de la Rochelle leur abandonne tout son revenu en depit de ses creanciers, jusqu’à manquer de tout, quand il plait à ses deux freres jesuites ». En troisième lieu, ces « mirifiques » prélats ont fait la leçon à saint Augustin, en lui reprochant de n'avoir pas parlé «proprement et comme il faut en plusieurs endroits de ses ouvrages, surtout depuis qu'il a esté evesque ». De plus, ils ont retranché en partie plusieurs passages de ce Père,qui ne s’accommodaient pas avec leur doctrine, qui est la doctrine de la Foi. Quatrièmement enfin, ils ont renoncé aux agréments de l'esprit, en déclarant qu'ils ne recherchaient pas l’éloquence, que les Jansénistes recherchent tous. « Car ces coquins de Jansenistes ne sont pas des idiots ni des hebetez ; ce sont tous gens d'esprit : jusques-là qu'on disoit dernierement d’un bon prestre bien devot, qu'on l’auroit accusé d’estre janseniste, s’il avoit eu assez d'esprit pour cela : c'est là à quoi se reduit tout ce que j'ai pû apprendre du jansenisme ».
— «Pour moi, dit Brayant, après avoir examiné cette re et après avoir consulté des Barbes de toute couleur, ee noires, Barbes rousses, Barbes blanches, Barbes sales, je crois que les Jansenistes sont des gens qui refusent ou different l'absolution aux pauvres penitens, et que c’est la marque la plus assurée pour les reconnoitre. Gens qui imposent de grandes penitences, souvent pour plus d’un mois, et meme pour plus d'une année. A les entendre parler, il faudroit estre saint pour communier : ah! qu'on ne veut pas de semblables gens parmi le beau monde ! Ilfaut vivre avec les vivans. Ces rigoristes voudroient qu'on se corrigeat de ses crimes : bon c'est bien le tems de se convertir. Si on attendoit que les gens se convertissent, afin qu’ils pussent recevoir l’absolution et la communion, il faudroit deserter les eglises : ce sont de dangereuses gens, comme vous voyez, que ces Jansenistes : je ne m'etonne pas si on les hait si fort dans le monde, et si
4. Allusion aux nombreuses arrestations ordonnées par M. de la Poype de Vertrieu. Voir ci-dessus, page 164, note 3.
les communautés à besace en particulier ne scauroient les souffrir. Ils vous citent à tort et à travers les Avis de saint Charles, archevesque de Milan, aux confesseurs, comme si nous etions en Italie ; et ils ne nous parlent que de penitences anciennes qui duroient des dix, douze et vingt ans, comme si nous etiôns encore dans les premiers siecles de l'Eglise. Ces devots de mauvaise humeur coupent bras et jambes à toutes sortes de personnes, sans avoir egard ni à la qualité, ni au bien : on ne sçauroit trop eviter, ni trop combattre de telles gens, contre qui les prelats devroient s'elever ».
M. Brayant ayani fini son discours, M. Boileson parla en ces termes:
« Je suis bien du sentiment de nos deux très sages Maitres qui viennent de nous exposer la question presente ; mais il semble qu'il y a encore un caractere essentiel au jansenisme qui n’est point touché. C’est de soutenir qu'il faut avoir une grace efficace pour faire les bonnes œuvres, et que les graces suffisantes ne suffisent pas pour l'action, sans la grace efficace : et voilà le fin du jansenisme. Et il est si vrai que celle malheureuse grace efficace est le fort de leur heresie, qu'ils ont meme emprunté ce mot de Calvin, selon le sentiment de l’extatique archevesque. de Cambrai, et de nos deux très doctes prelats. Comme la Faculté n’est pas versée dans ces chicanes, je me suis fait expliquer ce que signifioit cette grace efficace, et cette grace suffisante : et voici comment me les a demelées un ecclesiastique Barbon, forl honneste homme, point janseniste,caril joué souvent aux cartes avecles dames.C'est,m'a-t-il dit, comme quand vous jouez un cent de piquet : supposez qu'il ne faille plus qu'un point à celui contre qui vous jouez; et qu’au contraire il vous en faille soixante, et que votre adversaire soit le premier en carte; commeilne lui faut qu'un point, il le comptera dès la premiere fois qu'il jouera, et il aura gagné. Que vous faut-il donc pour gagner la partie? Il faut que vous ayez en main quinte, quatorze et le point, et alors vous aurez gagné : voilà la grace efficace qui de haute lutte fait gagner la partie, c'est à dire le Ciel; mais si vous n'avez que quinteet le point, c'est la grace suffisante avec laquelle, selon les Jansenistes, vous avez beau faire, vousavez perdu la partie, vous ne ferez rien qui vaille: car selon
eux la grace suffisante ne suffit point, elle ne produit que de simples efforts, et ne fait point gagner le Ciel. Il faut la grace efficace, qui est un bon quatorze d'as, joint à une bonne quinte et au point, rien ne resiste à cela, et vous passez sur le ventre de votre ennemi. De sorte, Messieurs, que quand vous entendez louer la grace efficace, et avilir la grace suffisante, defiez-vous de ces gens-là; car c’est ainsi que parlent les Jansenistes ».
Le procès-verbal de cette curieuse séance, daté du 15 mai 1711, est signé : Sanglé, greffier de la Faculté.
Un instant le cardinal de Noaiïlles proposa un accommodement pour admettre la bulle Unigenitus. Mais la Sorbonne, les Facultés de Reims, de Nantes, de Poitiers, les Universités de Paris, de Reims et de Caen, le clergé de Paris et des autres diocèses, plusieurs communautés: tous s'opposèrent à cet accommodement. Tout cela faisait un corps capable d'arrêter le torrent de l'erreur et de la séduction. Le parti jésuitique le sentait bien, aussi mettait-il tout en œuvre pour en gagner . quelques-uns.
Toutes ces querelles entre l'Université et les Jésuites, entre Jésuites et Jansénistes, loin de déconsidérer aux yeux du public le collège de Sainte-Marthe et ses professeurs, ne semblaient servir au contraire qu'à augmenter sa prospérité et leur crédit. Les Jésuites, peut-on dire, avaient présentement à Poitiers le monopole de l’enseignement et étaient à l'apogée de leur puissance.
C'est à ce moment qu'une tentative hardie, dirigée par l’Université, eut lieu contre les Jésuites ou plutôt contre le : collège royal de Sainte-Marthe, auquel on chercha à opposer le collège des Deux-Frères 1 en en confiant la direction aux PP. Jacobins, éternels rivaux des Jésuites. Mais ceux-ci essayèrent encore de parer le coup, et ils y réussirent.
4. Déjà, en 1740, les Jésuites avaient demandé la suppression de ce collège,
qui ne fut maintenu que grâce à l'intervention de l’Université. Cf. Pilotelle, Essai historique, ete.
Des nombreux collèges existants autrefois dans la Faculté des arts, seul, en effet, le collège des Deux-Frères ou de Saint- Pierre s'était à peu près maintenu et continuait à attirer autour de ses chaires les quelques rares élèves qui se montraient réfractaires à l'enseignement jésuitique. Malheureusement il souffrait depuis quelques années de l'abandon de ceux qui auraient dû veiller sur sa conservation et sur l'entretien de ses bâtiments. Telle était la négligence des membres de la famille de la Coussaie, patron du collège, qu’un des leurs, le 49 juillet 4706, pour se libérer des réparations qui lui incombaient, préféra faire cession de tous ses droits à l'Hôtel de Ville, à la charge par les officiers municipaux « de lui payer la somme de 400 livres, de faire retablir le college qui tomboit en ruine, et de l’entretenir »!.
Une fois en possession du collège des Deux-Frères, le maire et les échevins choisirent pour principal Gaudriau, qui y avait déjà enseigné la philosophie pendant quelques années, aidé par un adjoint ?, ce qui leur permettait de remplir le cours dans l’espace de deux ans.
Mais bientôt Gaudriau étant devenu aumônier de l’évêque (4713) et ayant discontinué cet exercice, l'Université le fit sommer de remplir les fonctions de la principalité du collège #. Sur la déclaration qu'il fit qu'il n’était point tenu en cette qualité d'enseigner par lui-même ni de gager des professeurs, qu'il leur abandonnait tous les revenus du collège, offrant même de les y loger, l'Université, persuadée que sur les offres de Gaudriau il se pourrait trouver des régents qui suppléeraient à son défaut et continueraient d'enseigner la philosophie, ne lui intenta aucune action en justice à cet égard. Mais quelques années après, Gaudriau ayant été pourvu d’une cure hors de la ville,ce qui le mettaitdans l'impossibilité de résider dans le collège, où d’ailleurs il n’y avait plus aucun