Cétait M. La Bourdonnaye de Blossac
2. MM. Allaire, Trichet, Huret et Joubert. Ces quatre députés, nommés le 6 février 1761, se présentèrent à l'évêché le 15.
3. Archives Départementales, D. 195 : Sentiment de l’évêque sur les propositions dénoncées. — L’évêque de Poitiers était alors Monseigneur Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire,
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En 1761, les Jésuites n'avaient plus beaucoup de temps à rester au collège de Poitiers. Le dernier recteur fut le Père Charles Barranquet : ce fut lui qui assista à l’effondrement complet de la Société. ,
Dans cette fin du xvi* siècle, mille incidents nouveaux de nature à réveiller les vieilles hostilités vinrent encore troubler les Jésuites et l’Université. A ce point de vue, l’inédit et captivant Mémoire de l’abbé Trichet, auquel nous avons fait déjà plus d’un emprunt, est une mine inépuisable. Les Jésuites, outrés contre lui, allèrent jusqu'à le menacer publiquement et à le faire menacer qu'il se repentirait de sa conduite et qu’il ne serait pas longtemps sans être exilé par lettre de cachet. La Société aux abois brûlait ses dernières cartouches.
L'abbé Trichet, loin de se laisser intimider, redoubla de zèle et d'activité à défendre l’Université contre les empiétements des Jésuites. Quoique malade, il s’arrachait de son lit pour se rendre à l’assemblée du 11 septembre 1761, où il s'agissait d'enregistrer l'arrêt du Parlement qui condamnait Turcellin, autre jésuite. Comme les voix étaient partagées, et que la décision dépendait du recteur, le vaillant abbé, qui ne savait point sa façon de penser, déclara que s’ii passait que l'arrêt ne fût point mis sur les registres, il protesterait contre le suffrage donné par le P. Costas, jésuite, attendu qu'il ne pouvait être juge et partie dans sa propre cause. Le recteur se prononça pour et l'arrêt fut inscrit tout au long sur les registres de l’Université.
L'abbé Trichet avait promis au P. Costas de le faire sortir de l'assemblée s’il y paraissait lorsqu'il s'agirait des Jésuites ; il lui tint parole.
En effet, le 18 novembre 1761, le recteur convoqua l'Université pour l'enregistrement des lettres patentes du roi du 29 août précédent et de l'arrêt d'enregistrement du Parlement du 7 septembre de la même année, lettres patentes et arrêt qu'il venait de recevoir du procureur général et qui concer-
naient les Jésuites. Comme l'avocat général et les procureurs généraux de l'Université étaient absents, ce fut l'abbé Trichet - qui fut nommé pour remplir la fonction d'avocat général et donner des conclusions sur l'exposé du recteur. L'abbé Trichet accepta la commission et après avoir rapporté ce que le recteur avait dit, il requit qu'avant de donner des conclusions le P. Costas, jésuite, présent à cette assemblée, eût à sortir attendu qu'il ne pouvait prononcer dans sa propre Cause.
« Le P. Costas, rapporte l'abbé, paraissant ne faire aucun cas de mon réquisitoire, je demanday à ce que l'Université eût à y statuer. M. le Recteur colligea les voix; le doyen et le sous-doyen de la théologie ayant été d'avis qu'il sortit, et le P. Coslas prévoyant que cet avis prévaudroit, il se leva et se tournant vers moy il me demanda ce que j'exigeois de lui. Je lui répondis que j’exigeois qu'il sortit pour les raisons que j'avois déduites et pour laisser la liberté des suffrages. Il me dit : Je vais sortir, Monsieur, mais je rentrerai donc ensuite ? — Oui, mon Père, vous rentrerez et je vous ferai appeler lorsque ce qui vous concerne et votre Société sera décidé...
©» M. le Recteur ayant prononcé, je demandai à ce qu'on fit rentrer le P. Costas attendu qu'il s'agissoit de délibérer sur d'autres affaires étrangères aux Jésuites; ce qui fut ordonné. Le P. Costas rentré, je priai M. le Recteur de lui intimer l’arresté de la Compagnie ; il le fit. Alors le P. Gostas m'adressant la parole me dit : Qu'ay-je, Monsieur, de commun avec vingtcinq mille Jésuites pour me faire sortir, il n'y à rien de particulier pour moy? Je lui répliquay qu'il avoit tout de commun avec eux, que tous les Jésuites du monde ne faisoient qu'un ; qu’il y avoit même du particulier pour lui, que les arrêts de nos seigneurs du Parlement ayant en vue les collèges et qu'étant préfet d’un de ces collèges, ces arrêts le regardoient spécialement. Il ne put me répondre et on délibéra sur les autres affaires ».
Le 2 novembre 1761, quelques jours seulement avant cette dernière affaire, surgit une nouvelle dénonciation. La Faculté de théologie étaitassemblée ordinairement à Sainte-Opportune. Un des docteurs fit passer une lettre qu'on venait de lui remettre et qui était adressée à tous MM. les docteurs. Le secré-
taire,ayant pris cette lettre, il la décacheta et en donna lecture; elle contenaitla dénonciation de plusieurs propositions extraites des cahiers du P. Lapinoterie, jésuite, docteur et professeur de théologie. Comme la lettre n'était pas signée, il fut arrêté qu’on nommerait des commissaires pour examiner la question de fait et savoir siles propositions dénoncées étaient fidèlement extraites.
Ge fut encore l'abbé Trichet qui, avec M. Huret, fut nommé pour faire cet examen. Par la lecture qu’ils firent des cahiers de ce professeur ils trouvèrent deux propositions contraires à la déclaration du Clergé de 1682, qu’ils formèrent le dessein de dénoncer, et qu'ils dénoncèrent en effet dans la suite.
Les Jésuites, sensiblement touchés de cette dénonciation, eurent recours à l'évêque pour tâcher de la rendre sans effet. «M. Clémence, vicaire général et qui. leur est entièrement dévoué, me trouva, nous dit l'abbé Trichet, le 40 novembre lorsque j'entrois dans l’église de la cathédrale ; il m'aborda et après les complimens ordinaires il me dit: Votre Faculté, Monsieur, fait donc encore parler d'elle? — Oui, Monsieur, lui répondis-je, elle continue d'en faire parler avantageusement pour elle. — Mais doit-elle recevoir des dénonciations anonimes ? — Elle les doit recevoir parce que c'est son usage et que les Jésuites eux-mêmes se sont servis de cette voie pour dénoncer un Jacobin. — On m'a dit, Monsieur, que dans celte affaire vous aviez montré du feu. — il n'y a, lui répliquai-je, que des Jésuites ou des gens servilement dévoués aux Jésuites qui puissent m’imputer du feu; j'ai du zèle pour la vérité, la pureté de la morale, les libertés de l'église gallicane, et nullement du feu contre les Jésuites. — Vous ne vous connaissez pas sans doute, me répondit-il, mais on s'aperçoit que vous en avez. — Alors je lui répliquai avec fermeté : Je ne ferai Jamais tant, Monsieur, contre les Jésuites, que vous en avez fait à Rouen ; vous en avez poursuivi un qui avoit avancé des propositions contraires aux quatre articles de la déclaration du Clergé de 1682, qui étoit moins coupable que le P. Lapinoterie ; vous l'avez fait décréter par arrêt du Parlementde Rouen et bannir de son ressort. Ce Père s'est tué de désespoir ou est mort de rage. Je ne souffrirai jamais qu'on fasse de mon évêque un simple vicaire de Campagne. M. Clémence qui ne
s’attendoit sûrement point à cette réponse, me laissa en me disant : Nous nous reverrons. — Quand vous voudrez, lui répondis-je ».
Telle était, à cette époque, la violence des passions soulevées par l’interminable querelle entre les Jésuites et l'Université de Poitiers, qu’on pouvait assister à ce spectacle pour le moins étrange de voir des ecclésiastiques même, sans aucun respect pour les lieux saints, se livrer aux emportements les plus fâcheux jusqu’au pied des autels.
Tantæne animis cælestibus iræ ?
Les Jésuites, comme on le voit, étaient sourdementsoutenus, dans cette circonstance, par l’évêque et par son vicaire général. L’évêque, instruit que la prochaine assemblée de la Faculté où devait se juger l'affaire du P. Lapinoterie, était fixée au 16 novembre, envoya chercher, la veille, M. Huret, le second commissaire désigné. Après s'être beaucoup élevé contre les dénonciations anonymes que la Faculté recevait si facilement, il lui dit que les Jésuites étaient déjà bien malheureux ; que daas l’état de crise où ils étaient, c'était manquer de charité que de les attaquer; qu'il convenait à la vérité que les propositions du P. Lapinoterie étaient mauvaises, mais que la Faculté lui ferait plaisir de ne pas aller plus loin {.
L’évêque aurait bien désiré de voir aussi l'abbé Trichet, mais il craignit de le mander. Ce fut le vicaire général, M. Clémence, qui lui écrivit pour lui marquer « que s’il pouvoit passer dans l'après-diner du lendemain, sur les neuf heures, à l'évêché, illui en seroit très obligé». L'abbé Trichet lui répondit en s’excusant sur « une colique d'estomac qui l’avoit empêché de célébrer la messe et qui ne lui permettoit pas de sortir ».
Le même jour, M. Clémence, que la ruse de l’abbé ne découragea point, s'en vint le trouver chez lui. Il venait lui dire,enami, qu'il avait mécontenté l'évêque et qu'il lui devait une satisfaction. L'abbé Trichet fut inflexible. Une seconde
4. Le même prélat dit à M. Denesde, doyen de la Faculté, « que la doctrine du P. Lapinoterie étoit ultramontaine, que ses autres propositions ne valoient rien, mais que c’étoit écraser les Jésuites que de les juger, qu’il falloit ne rien
dire dans les circonstances présentes ». — Archives Départementales, D. 195.
visite n’eut pas de meilleur résultat. « Je vois bien, dit en sortant M. Clémence, que vous avez commencé le scandale, que vous voulez le continuer, hé bien, faites, mais prenez garde aux suites » !
Les menaces de M. Clémence n’'empêchèrent pasl'abbé Trichet d'agir. Il continua de soutenir avec fermeté l'accusation portée contre le P. Lapinoterie, quoiqu'il fût certain que sa conduite indisposerait de plus en plus son évêque contre lui.
La Faculté s'assembla le 18 janvier. Les Jésuites y firent présenter par M. Huret un postulatum pour demander que les propositions dénoncées fussent communiquées tant au P. Lapinoterie qu'aux recteur et syndic de leur Compagnie. L'abbé Trichet reprocha à M. Huret de s’en être chargé; il représenta que ce postulatum ne tendait qu'à éloigner le jugement; qu'on ne devait y avoir aucun égard et qu'il fallait procéder au jugement : ce qu'on fit, en effel.Les propositions sur l'Eglise, dont les deux qui avaient été dénoncées, furent jugées et censurées. L'arrêt imprimé fut affiché aux portes des trois collèges.
Le P. Lapinoterie n'avait pas attendu le prononcé du Jugement : il avait quitté Poitiers à la fin de l'année scolastique 1761, et était alors recteur du collège de Fontenay-le- Comte.
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Il avait laissé à Poitiers son collègue le P. Kelly, où il enseignait depuis une dizaine d'années les humanités, et déjà célèbre par un discours qu'il avait prononcé au collège royal en 1752. C’est à cette occasion, en effet, que l'Université avait fait dresser procès-verbal aux Jésuites par deux notaires pour avoir permis à ce Père de commencer son discours avant l’arrivée du recteur et de tout le corps universitaire, ce qui était un mépris marqué pour la Compagnie et une injure publique portant atteinte à ses droits.
Le P. Kelly, Irlandais de nation, avait été nommé par les Jésuites, bien qu'il n’eût pas encore été naturalisé ‘, pour
1. Dans le livre des comptes du 47 septembre 1764, figure cette dépense: « Pour les lettres de naturalité du P. Kelly, 4701 465 ». (Archives Départementales, D. 32).
‘abs et.
successeur au P. Briquet au commencement de l'année 1761. Il ne professa qu’un an, car le procureur général du roi en ayant été instruit, fit les démarches nécessaires pour empêcher
cette violation des lois du royaume; alors il fut, par ses supé-
rieurs, placé recteur du collège irlandais.
La doctrine du P. Kelly n'était pas meilleure que celle de ses prédécesseurs. Ses cahiers furent également soumis à l'examen des commissaires de la Faculté de théologie, qui y relevèrent beaucoup d'erreurs. Ces erreurs, déclarent-ils dans leur compte rendu (séance du 1° février 1762), renfermaient presque toutes les parties de la théologie; elles favorisaient, ou plutôt établissaient avec éloge le probabilisme !, mettaient en doute l'éternité des peines de l'enfer, niaient que les maux qui affligent l'humanité fussent la suite du péché originel, etc. Parmi toutes ces erreurs, ils en choisirent une qui faisait juger de toute la doctrine enseignée par le P. Kelly, c’est celle-ci: « Non est de fide stricte sumpta Angelos esse ncorporeos et im mortales ».
Sur cette dénonciation, la Faculté de théologie de Poitiers se contenta d’abord d'arrêter qu'elle procèderait à l'examen et au jugement de ces propositions après le jugement de celles du P. Lapinoterie.
Pour justifier leurs professeurs, les Jésuiles,dans un Mémoire qu'ils adressèrent au Parlement, usèrent des mêmes moyens qu'ils avaient employés relativement aux faits de 1665 et 4747 *. Ils ne cherchent cependant pas à excuser le P. Kelly; ils prétextent d'ignorance des erreurs qu'on lui attribue. Ils finissent leur Mémoire par plusieurs observalions dont il importe, brièvement, de faire sentir toute la force: 1° Ils nient qu'ils aient jamais enseigné par système une morale contraire à l'Evangile ; 2 Ils observent « qu'on ne voit se
ranger dans le parti de ceux qui les attaquent, que des
1. Jansénisme, molinisme, probabilisme. quiélisme, etc., graves riens qui nous laissent bien froids aujourd’hui, mais qui n’en ont pas moins occupé très inutilement la France pendant cent cinquante années ; qui exercèrent si laborieusement les plus beaux génies du grand siècle, qui prirent tant de temps au grand roi, qui armèrent ses mains et celles de son successeur de
tant de rigueurs, par lesquelles furent immolées tant de victimes !