Affiches du Poitou
acclamation par le président !. Mais on rendait, du moins, ces fêles intéressantes en y faisant participer directement les élèves : nous les verrons non seulement spectateurs et héros, mais acteurs principaux, et les seuls acteurs pour ainsi dire. A eux la scène, aux étrangers le parterre, aux maîtres les coulisses : c'était une vraie fête de la jeunesse.
C'est par toutes ces distractions, par ces mille divertissements que les Jésuites savaient dissiper l'ennui de l’internat et de la longue claustration dans laquelle ils tenaient leurs élèves. Car il ne fallait pas parler de sorties. L'année entière s'écoulait entre ces murailles épaisses, et il n'était pas rare qu'un écolier recommençät une nouvelle année sans avoir revu sa famille.
Les congés pour les externes, étaient au contraire (rès fréquents, si fréquents même, que dans les nouveaux règlements faits par l’Université en 1762, le Bureau d'administration fut chargé de fixer (art. xx1) les jours auxquels pendant le cours de l’année les classes du collège vaqueraient, et de veiller à ce que les congés ne fussent pas multipliés comme au temps des Jésuites. En outre des grandes vacances qui étaient d'au moins deux mois, du 25 août au 2 novembre, il y avait les
. congés de Noël, douze jours, de Carnaval, huit, de Pâques, trois semaines, de Pentecôte, cinq jours, sans compter le jour de congé que, tous les trois mois, le recteur de l'Université donnait aux écoliers à l’occasion de sa visite.
Ce dernier congé surtout était impaliemment attendu par tous les élèves. Nous en trouvons confirmation dans la spirituelle supplique qui fut adressée, en 1775, lors du renouvellement de ces visites dans les classes, par un logicien de
LA
4. A la première distribution qui se fit à Rome (14564), ce fut un enfant qui fut ehoisi pour faire l'office de héraut. « Il débuta par la formule solennelle : A l'honneur des lettres et au bonheur de tous les élèves de ce collège... Quod bonum et felix eveniret..; puis il se mit à proclamer le nom des vainqueurs en com nençant par les rhétoriciens ».(D’après la grande histoire latine duP.S1ivhiai, 2 partie, liv. VILLE, n° 38). Cf. Etudes religieuses, 1879,t.1V,p.278-
Poitiers, le jeune P. F. Piorry!, au recteur de l'Université le jour même de sa visite au collège:
Il fut un tems, à ce que dit l’histoire, Où, tous les ans, Monseigneur le Recteur, Tous les trois mois si j’ai bonne mémoire, Venait ici d'un pas de Sénateur, Tout revêtu de sa magnificence, Charmer ces lieux par sa noble présence :
Par la vertu de trois ou quatre mots, Faisait cesser études et travaux, Et donnait en un mot vacance.
Or, est bien loin ce tems, cet heureux tems : On a perdu cette ancienne rubrique.
Et je ne sais quel fâcheux contretems A fait cesser cette sage pratique...
Daignez, Seigneur, en ce jour solennel, Où vous pouvez prononcer sans appel, En rétablir le salutaire usage :
Nous vous tiendrons quitte de l’arrérage.
Pour vous, vivat, de bon cœur nous crierons, A votre honneur, bien nous divertirons:
Mais ayez soin de rendre une ordonnance, Faisant à tous très expresse déferise, Sans excepter, soit maître, écolier, (sic) De s’aviser de lire, étudier, Ce soir, demain, jusques à mercredi, Que durera la susdite vacance :
Je vous promets que serez obéi, Bien obéi de point en point, j'en jure.
Et si quelqu'un dans le monde en murmure, Qu'il soit par tout honni,
Comme un esprit de très mauvais augure !
Qu'on le traite comme ennemi
De toute la nature !
Qu’on le condamne à coucher sur la dure,
4. Né à Poitiers en 1758, mort dans la même ville en 1847. Avocat au Frésidial, administrateur du Directoire départemental, il fut envoyé à la Législative, puis à la Convention, où il vota avec les membres les plus avancés. Pendant ces temps orageux, il se trouva mêlé, quand il n’en fut point lui-même l'instigateur, à une foule d'événements tragiques de l’histoire locale de Poitiers. - II fut arrêté aprés la chute de Robespierre, puis amnistié et devint Conseiller à la Cour de Liège.
Et qui pis est, au pain sec et à l’eau, Jusques à tems qu’endossant la fourrure Il vienne ici réparer son injure,
Et prononcer lui-même un Vacate, volo!...1
Les promenades avaient lieu le jeudi, et quelquefoisle mardi et le jeudi, surtout aux approches des vacances. On se rendait communément à la Grand'Maison, sur la route de Saint-Benoît, ou bien encore à Ligugé, les jours de très beau temps: là les Jésuites étaient chez eux ; là leurs écoliers trouvaient l’espace nécessaire à leurs jeux et l'air indispensable à leur santé. Ainsi était réalisé le rêve d'une maison de campagne que tout établissement d'éducation devrait posséder ?.
Quant aux récréations soit dans la cour de Sainte-Marthe, soit dans celles beaucoup plus spacieuses du Puygarreau, elles étaient aussi variées que possible. Les jeux usités alors, sans que les écoliers eussent besoin de recourir à l'entraînement du sport ou d'emprunter à nos voisins d'Outre-Manche des délassements et des termes exotiques, étaient : la paulme, le jeu cher aux Poitevins, la balle, la boule, la mouche, les barres, le cheval fondu, la savate, le pot cassé, le palet, la morisque, le saut, la course, la joute, les claquettes, les quilles, la crosse, les clefs, les jetons, la vessie ou le hallon, les osselets, les tableltes, les échecs, les dames, pair ou non, la fossette, les noix, la trompe, la toupie, Le sabot, etc., etc.
La danse, la natation, l'équitation et l’escrime complétaient la série des exercices physiques, dont les Jésuites ont toujours été très partisans.
Il n’est point jusqu'aux récompenses accordées au travail et à la bonne conduite des élèves que les Jésuites ne présentassent sous la forme la plus attrayante, et comme un des moyens les plus agréables de se distinguer parmi leurs camarades. Ces récompenses consistiient principalement en fauteuils et en croix. Qu'était-ce que ces fauteuils? Des sièges élevés, faits en forme de fauteuils à bras, mais en planches, pour les élèves qui, dans les compositions, avaient obtenu les
1. Pièce inédite. (Communication de M. Carré, professeur à la Facullé des lettres de Poitiers). .