Poitiers a encore sa maison de campagne : Biard
premières places. Les croix, servant pour ainsi dire d'armoiriesàla Société, portaientle monogramme du Christ.En sixième, il y avait cinq croix et trois sièges pour les trois premiers élèves, appelés primus, secundus, tertius imperator. Ils montaient par des marchepieds à ces fauteuils appelés aussi chaires : des deux côtés du siège principal il s’en trouvait d’un peu plus bas, mais encore au-dessus des bancs ordinaires. C'était là que se plaçaient par rang les numéros 4, 5, 6, etc., jusqu’au neuvième. En cinquième, les cinq croix étaient réduites à trois, et les chaires à deux. En quatrième, il n’y : avait plus que deux eroix, et point de chaires : le premier s’asseyait sur le banc à droite de celle du professeur, le second sur le banc à gauche, et ainsi de suite. En troisième ou seconde, il n’y avait plus qu’une croix, et en rhétorique pas du tout. Ceux qui obtenaient les croix à la dernière composition de l'année, les gardaient pendant les vacances !.
4. Ces différentes distinctions furent maintenues au collège de Sainte-Marthe jusqu’à la Révolution. L'usage des croix, des rubans et des insignes (signa victoriæ) s’est du reste perpétué dans nos écoles primaires, et même dans quelques rares lycées (dont celui de Poitiers), mais surtout dans les pensionnats religieux.
I. Représentations théâtrales données par les écoliers de rhétorique. Usage fort ancien de ce genre de réjouissance. Le théâtre considéré par les Jésuites comme une école de bonne tenue. Politesse proverbiale des Jésuites. Soins de la mise en scène et des costumes. — Les bois du théâtre du collège de Poitiers. La tragédie de Démétrius. — Répertoire du P. du Cerceau. « Recueils poitevins ». Danses, symphonies, ballets.
II. Fête donnée à l’occasion de la double canonisation d’Ignace de Loyola et de François Xavier. Le P. Joseph de Paris, dit l'Eminence grise. — Erection d’une statue à Louis XIV. Le théâtre des écoliers sur la place d’Armes. Milice des écoliers du collège. Acte de philosophie. Panégyrique du roi par le P. Chesnon. Grande fête de nuit. — Continuation de la fête dans la cour du collège. Tableaux énigmatiques. Tragédie en cinq actes. Distribution des prix par l'Intendant. — Messe chantée à Sainte-Croix. Nouveau panégyrique par le P. Dubois. Feu d'artifice des écoliers de droit.
III. Passage à Poitiers du petit-fils de Louis XIV, allant prendre possession du trône d'Espagne. Talent poétique des Jésuites. « Resli Plausus ». Ode
latine aux rois Louis-le-Grand et Philippe V. — Deuxième ode latine à Philippe. — Odes françaises à divers.
IV. Visite de Mlle de Montpensier. Harangue du recteur des Téuits, — Fête
de la canonisation de Louis de Gonzague et du bienheureux Stanislas Kosika. Procession militaire des écoliers du collège, La bannière des Jésuites. — Célébration de cette double fête en vers lyriques par le poète Gresset. — Récit humoristique de «la mascarade de Poitiers », par un témoin oculaire. lluminations et feu d'artifice dans la cour d’honneur du collège. Communion générale.
De toutes les distractions que les Jésuites procuraient à “leurs élèves, les plus grandes et les plus goûtées, sans contredit, étaient le théâtre et les fêtes publiques qui se donnaient soit au dedans, Soit au dehors du collège.
Chaque distribution des prix de fin d'année était, en effet, précédée, outre l’exercice littéraire obligatoire, d’une tragédie ou d’une comédie, Les écoliers de rhétorique et des humanités
qui devaient prendre part soit à l’exercice soit aux représentations, étaient pendant plus de trois mois occupés à s'y préparer et pendant ce temps ne faisaient point de devoirs ?.
Häâtons-nous de dire que les Jésuites ne sont pas Îles inventeurs de ce genre de réjouissance. C'était un usage déjà fort ancien dans les autres collèges, tels que ceux de Presles, en 1545, où Ramus parut sur la scène et comme directeur et comme souffleur; d'Aquitaine à Bordeaux, pour lequel Buchanan avait composé des pièces. Quelques-uns même, comme ceux de Rouen et de Lyon, devinrent célèbres à l’égal de ceux de Paris. Dorat, principal du collège de Coqueret, traduisit en français le Plutus d’Aristophane, et le fit repré- .senter par ses élèves. Ce fut même la première comédie régulière jouée sur le théâtre français. La tragédie de Cléopâtre de Jodelle eut, en 1552, au collège de Reims, les honneurs de la représentation. Henri Il, une foule de-seigneurs et de dames de la cour, des magistrats, des savants illustres assistaient à ce spectacle; les écoliers se pressaient à toutes les fenêtres; le théâtre et ses avenues étaient jonchés de feuillage et de fleurs. Rémy Belleau, la Péruse, d'autres écrivains de l’école de Ronsard, remplissaient les divers rôles. Jodelle lui-même, alors ägé de vingt ans, et doué d’une figure féminine, s'était réservé le rôle de Cléopâtre. Les uns et les autres furent couverts d’aplaudissements.
Avec une merveilleuse habileté, les Jésuites s'emparèrent de cette mode et en entretinrent la vogue dans leurs collèges, même après la défense faite à l’Université ?, comme un moyen d'enseignement, et aussi dans le but de faire acquérir un maintien agréable, des façons distinguées aux jeunes gens qui devaient plus tard occuper de hautes posilions. « En
1. Pour remédier à un si grand abus, les nouveaux éducateurs successeurs des Jésuites, défendirent toute tragédie, toute comédie, ne prescrivant que le seul exercice littéraire dont la composition regardait le professeur de rhétorique: les écoliers n’avaient plus besoin d'abandonner le travail de la classe. (Règlements, art. XXII).
2. La première défense fut faite en 1462. Elle fut confirmée et renouvelée en 1516, en 1525, en 1528, par le Parlement. Plus tard, en 1579, l'ordonnauce de Blois défendit même les Bucoliques, la représentation des Eglogues. Mais ces mesures étaient affaiblies par des concessions: cest ainsi que le 18 février 1549, le Parlement permit de jouer, cette présente année, au collège du cardinal Lemoyne, — Cf. Félibien, Histoire de Paris, t. V, p. 744.
représentant des pièces de théâtre, dit à ce sujet l'ex-jésuite Cornova, la jeunesse apprend à se tenir comme il faut ; elle s'approprie, ce qui est souvent la meilleure des recommandations, la tournure ; elle perd cette timidité qui paralyse souvent les hommes de telle façon qu'ils sont incapables de proférer une syllabe dans des: eïrconstances où ils devraient parler, où Pom voudrait les entendre parler». Le fondateur de la Compagnie, Ignace, avait jugé utiles ces jeux de la scène pour former le corps et développer l'intelligence’. Le P. Fronton du Duc, régent de rhétorique au collège de Pontà-Mousson, avait bien défini le but de ces représentations : c'est, disait-il,
Au fruict de la jeunesse, affin qu’elle s’apprenne Aux arts et aux vertus 3...
La politesse des Jésuites était proverbiale, et aussi ce qu'on appelle la science du grand monde. On pourrait croire, si l'idée en paraissait sérieuse, qu'ils se ressentent tous un peu de la mondanité de leur jeune fondateur, dont la conduite à la cour du roi catholique Ferdinand V n'était pas fort régulière. Plus occupé de la galanterie et de la vanité que de toute autre chose, le page Inigo ne suivait guère dans toutes
ses actions que les fausses maximes du monde; et il vécut de la sorte jusqu'à l’âge de vingt-neuf ans, que Dieu lui ouvrit les yeux “. |
La mise en scène était toujours remarquable, et les acteurs superbement habillés ; l'or et l'argent brillaient partout.
Le collège de Poitiers ne possédait aucune salle de tragédie,