Règlements, art. XXIII. Note
LE THÉATRE DES JÉSUITES. — LES FÊTES PUBLIQUES 3li
Ce grand événement, le plus éclatant triomphe des Jésuites, fut salué sur toute la terre par de splendides réjouissances, tant dans les collèges et églises de la Société de Jésus que dans celles de leurs amis. A ces solennités catholiques rien ne manqua, ni les programmes, ni les emblèmes, ni les illuminations, ni les sympathies de la foule toujours avide de fêtes, ni les chants religieux, ni les salves d'artillerie, ni les harangues, ni surtout les merveilles des feux d'artifice.
A Poitiers, cette fête religieuse, à laquelle prirent part tous
les corps de la ville, se prolongea pendant trois jours. Le troisième jour, qui était le 21 juin, le rassemblement se fit à l’église Saint-Louis des Jésuites. On voyait là, avec tous les écoliers et tous les professeurs du collège, enseignes et bannières déployées, les religieux des couvents et des monastères, le Gouverneur avec toute la noblesse, le Recteur de l'Université avec les membres du Présidial, le Maire, les échevins, et tout le reste du peuple. Le matin, une messe en musique fut dite par les chanoines de Saint-Hilaire-le-Grand; le soir, les vêpres furent chantées par MM. du Chapitre de Sainte- Radegonde et de Saint-Pierre-le-Puellier. Deux sermons, l’un avant, l’autre après les vêpres, furent faits par le P. Joseph, de Paris, capucin qui devait devenir bientôt si célèbre sous le nom d’Æminence grise !.
En 1687, la ville de Poitiers faisait les préparatifs d’une grande fête publique : il s'agissait d'élever une statue à Louis XIV. La cérémonie eut lieu le 25 août. Les Jésuites, malgré leurs occupations, devaient trop à ce monarque pour ne pas prendre leur part des réjouissances qui furent données en cette circonstance.
L'érection de cette statue était due au corps des marchands de Poitiers. Louis XIV se trouvait représenté habillé à la romaine, avee un manteau royal semé de fleurs de lis qui lui
1.-Registres Municipaux (juin 4622). — C’est avec un certain orgueil, mêlé d’un sentiment tout patriotique, qué nous rappelons ici que les voûtes pour ainsi dire encore toutes fraîches de la chapelle du Lycée retentirent alors des éclats d’une si éloquente voix, dontles forces unies à celles de son illustre ami, le cardinal de Richelieu, s’employèrent à nous ne savons quel rêve — hélas! trop tôt renouvelé — de la réunion à la France de l’Alsace et de la Lorraine. Cf. Hanotaux, Histou'e du cardinal Richelieu.
pendait derrière les épaules. La statue, en pied, était posée sur un piédestal enrichi de sculptures et entouré d’une balustrade en fer doré. Elle était l’œuvre de Girouard, fameux artiste poitevin, qui avait collaboré aux travaux de Versailles.
Le lieu principal de la fête était naturellement la place du Vieux-Marché, au milieu de laquelle était élevée la statue, et qui, à partir de cette époque, prit le nom de Place Royale !.
Parmi les nombreux théâtres dressés sur le pourtour de ce vaste quadrilatère pour la musique, les trompettes, les spectateurs, les marchands, principaux organisateurs de ces magnificences, celui des écoliers parut fort brillant.
« Les Jesuites, dont on connoit le zele pour la gloire du roi, souhaitant qu’ils entrassent dans cette fete et qu'ils contribuassent, autant qu'ils pourroient, à lui donner de l’eclat, les avoient fait dresser depuis longtemps à l'exercice des armes, el en avoient fait une milice aussi propre qu’elle étoit bien reglée ; de sorte que ce fut un spectacle de les voir tous rangés en bon ordre sur le theatre qu’on leur avoit preparé, qui etoit bordé de demi-piques et de drapeaux de differentes couleurs, et qui faisoient une face {rès agreable» ?. Plus loin, l'auteur des Mémoires manuscrits donne à cette milice le nom de troupes latines.
La fête commença dès le 24 par un exercice familier aux Jésuites, un acte de philosophie dédié au roi, et dans lequel les éloges du prince eurent autant de part que la philosophie.
Le lendemain 25, une messe solennelle et un 7% Deum furent chantés à la cathédrale. Le panégyrique du roi y fut. prononcé par le P.Chesnon, jésuite, qui prit pour texte de son discours: Cujus est imago hæc? Il commença par expliquer, devant un auditoire nombreux, la différence qui se trouve entre le culte qu’on rend à Dieu et celui qu'on accorde aux souverains de la terre; il fit ensuite connaître à tout le monde « que si Louis le Grand ne possede pas ces perfections infinies qui ne conviennent qu'à Dieu seul, il a pourtant reçu celles