‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 197 sur 236 · Gresset, Ode V · texte numérisé non relu

Gresset, Ode V

2, Nouvelles ecclésiastiques, 1er octobre 1728.

distingués par des bâtons de commandement, demi-picques, spontons, hallebardes, haussecols, plumets, etc.

» Cette jeunesse a fait beaucoup plus de progrès dans ces exercices que dans celui de leurs classes qui a été fort interrompu. Ils remplissoient toutes les fonctions militaires, les marches, contre-marches, les décharges, etc., comme des troupes réglées. Ils avoient des étendards magnifiques. Les Jésuites s’étoient chargés de faire les avances, mais que les parents ont payé; et l'on prétend qu’ils ont trouvé par-là le secret de satisfaire à toute la dépense, et qu'ils en ont eu de reste. Cela n’est pas difficile à croire. Les Révérends Pères ne sont pas accoutumés à faire des marchés désavantageux ».

Dans la procession du samedi 5 juin, les Jésuites, paraît-il, avaient d'abord songé de faire quitter l’habit clérical aux étudiants de théologie pour porter les armes et grossir leurs troupes. Ce projet fut dérangé par l'évêque qui leur manda que ceux des clercs qui changeraient d'habits ne seraient jamais admis aux ordres sacrés. Cela n'empêcha pas que plusieurs dont la vocation n’était pas bien forte, et particulièrement les pensionnaires, ne prissent les armes. « Chaque classe composoit une compagnie avec les tambours, fifres et hautbois. Les Régens, le bonnet enfoncé dans le tête, fermoient la marche ».

Au retour de la cathédrale, comme toute « cette soldatesque » revenait au collège pour y déposer les armes, « un régent ayant vu que les haut-bois se ralentissoient, se tourna vers eux, et formant quelques pas en cadence, leur dit en chantant, allons, la, la, la, la, ete ».

« Pendant l’octave 1l y a toujours eu sermons, qui n’ont pas fait grand bruit, si l’on excepte celui du Père Brun, Docteur Jacobin, qui loua la Société, et dit qu’elle avoit toujours remporté toutes sortes d'avantages sur ses nombreux adversaires, qui ne pourroient jamais lui nuire, puisqu'elle avoit trouvé le secret de donner aux vraisemblances la même autorité qu'à la vérité. Un feu d’artifice dans la cour du collège avec des illuminations, fit la clôture de cette Comédie. Les fenêtres des deux Congrégations étoient remplies de personnes de l’un et l’autre sexe. C'étoit sur les neuf ou dix heures

du soir. Nos soldats s’y battirent comme des déterminés. Il y avoit eu le matin une communion générale ».

Toute exagération à part, cette maligne esquisse de mœurs et d'habitudes guerrières d'une classe de gens purement religieux, est particulièrement intéressante et nouvelle. Et quel plus piquant tableau que celui qu’on nous représente ici, en traits si précis et si expressifs, de l’astucieuse habileté et dela vaniteuse diplomatie des Jésuites, faisant un profit éhonté de l'argent destiné à couvrir les frais de la fête, ou éludant en pleine sécurité les ordres de leur évêque !

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