Archives Départementales, D. 29. Comptes des Jésuites
quelques livres de bougie, de chocolat, de sucre et de café que les écoliers lui offraient aux étrennes pour adoucir ce cœur de roche et rendre son fouet moins pesant.
Pour punir les faules graves ou réprimer les troubles intérieurs du collège, soit dans la cour, soit dans les classes, ou même les désordres qui pouvaient se produire au dehors, les Jésuites avaient recours aux officiers du Présidial, alors juges de police dans la ville de Poitiers. Ce procédé était peu régulier. Il eût été plus naturel, semble-t-il, de s'adresser à l'Université à qui, d’après les ordonnances, devait appartenir la police des classes, et qui pouvait seule, après avoir usé des remontranees, priver les jeunes gens des grades : ce qui était la peine la plus dure que l’on pût imposer à la plupart des étudiants. C'était là, en effet, de la part des Jésuites, une contravention aux lois de l'Université, et aussi une preuve de l'indépendance où ils voulaient êlre et rester vis-à-vis d'elle, L'Université protesta souvent contre ces procéduresillégitimes ; elle intervint même quelquefois en prononçant des arrêts contre certains écoliers, mais ce fut toujours le bras séculier que la Société arma contre les délinquants du collège.
C'est ainsi que le 23 janvier 1693, un jugement du tribunal de police présidé par le maire, à la requête du procureursyndic du collège de Sainte-Marthe, fit défense à Mignon et Doré, demeurant près de cet établissement, de laisser jouer les écoliers au billard les jours de classe, c’est-à-dire, suivant les saisons, de 7 heures du matin jusqu’à 10, ou de 9 à 14, et de 2 heures après-midi jusqu’à 5, et les jours de fêle et dimänches pendant le service divin. Le même jugement leur fit également défense de laisser jouer aux cartes, dés ou autres jeux de hasard, sous peine de 20 livres d'amende !.
Ce qui suit est plus grave.
Il s’agit ici de plusieurs écoliers de logique, coupables
4. Archives Départementales, D. 23. — Uneordonnance analogue avaitété faite déjà par le Corps de Ville, le 22 mai 1645. Registre 96.
d'insubordination et même d'insolence à l'égard de leurs maitres. |
Le 20 mars 1700, un rapport signalait au Présidial que « plusieurs ecoliers au lieu de faire leur devoir et suivre les bons exemples qu'on leur donne, insultent ceux qui les avertissent de leurs fautes, et notamment ledit jour 20 mars Pierre-Joseph Laurant, ecolier, s'eloit permis de mauvais termes contre son Prefet et un professeur qui l’avertissoient de son devoir, et avoit troublé le repos et l'exercice des classes, ce qui causoit un grand scandale et un dangereux exemple aux autres ecoliers ».
Pour remédier à ces désordres le Présidial, par ordonnance du même jour, avait « ordonné à tous les ecoliers, de quelque qualité qu'ils soient, de se comporter respectueusement envers leur Prefet et regens, et de recevoir leurs corrections avec soumission, avec defense de se servir de termes injurieux et malhonnetes.. ». En ce qui concerne le jeune Laurant, le Présidial en lui enjoignant de faire une satisfaction proportionnée à sa faute, lui fit défense de récidiver à peine d'amende et de punition sévère 1.
I ne paraît pas que l'écolier Laurant aittenu grand compte de cette ordonnance du 20 mars. Non seulement il récidiva chez les Jésuites, mais encore il provoqua du désordre aux actes de l’Université en jouant d'un instrument peu fait pour ces sortes de solennités. Par une nouvelle ordonnance du 10 juillet il fut prescrit «que ledit Laurant ira dans trois jours faire ses excuses au P. Lejay, prefet, au P. Recteur du college, au Recteur de l'Université et au sieur Rabreuil, doyen de l’eglise cathedrale ; et à lui enjoint de porter le respect qui est dû au P. Lejay, prefet, et aux Jesuites, avec defense de plus porter de castagneltes ni aucun instrument propre à faire du bruit aux actes de l’Université, et pour avoir contrevenu à ladite ordon. nance du 20 mars et avoir recidivé, le condamne en l'amende de 15 livres et aux depens envers ledit P. Lejay » ?.
La même ordonnance invite le nommé Bonnet, écolier, à se