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2. On sait qu’il y avait deux professeurs de philosophie : ils n'étaient point chargés exclusivement, l’un de la logique, et l’autre de la physique, mais ils enseignaient alternativement les deux classes, de sorte que les mêmes écoliers avaient le même maître pendant la durée bisannuelle du cours entier. L’enseignement était donné d’après des cahiers dictés par les professeurs, qui les rédigeaient à leur gré. Ce système, souvent préconisé, n’est pas sans offrir des inconvénients, particulièrement en physique. Aussi qu'arrivait-il? ®’est que, faute d’entente et de règle commune, chaque cours était dirigé d’après des systèmes tout à fait différents et même opposés sur quelques points, et que pendant qu’un professeur démontrait par exemple le plein avec Descartes, l’autre s’attachait à démontrerle vide avec Newton. De ces divergences d'opinion résultaient, dans les exercices intérieurs, les écoliers d’un professeur argumentant contre les écoliers de l’autre, des disputes si animées que la limite des convenances n’y était pas toujours complètement respectée. Cf. De La Liborlière, Souvenirs de l’ancienne Université de Poitiers.
Il provenail d'une gaminerie que s'était permise un jour, la veille de la Saint-Jean qui était la clôture du cours de physique, un écolier farceur. Depuis ce temps, on avait pratiqué la même plaisanterie ; mais on avait soin, dans les dernières années du collège, d'apprêter une corbeille de fleurs, et l'on y piquait des plumes vieilles et nouvelles, que l’on offrait au professeur avec le discours d'usage '.
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Pour réprimer les fautes ordinaires à l’intérieur du collège de Sainte-Marthe ou du Puygarreau, les Jésuites avaient tout un arsenal de punitions : les pensums, la pénitence, qui consistait à rester pendant une partie ou totalité de la récréation ou de la classe, soit assis, soit debout, soit à genoux, seul dans un coin; le pelit couvert, table particulière et sans nappe au milieu du réfectoire, avec ou sans accompagnement de pain sec et d’eau, suivant la gravité du cas ; les férules distribuées par le professeur, les coups de discipline donnés dans les mains par le F. portier, enfin le fouet, le fouet qui était appliqué quoique avec des ménagements infinis et une douceur relative, par le correcteur en pleine classe : on choisissait généralement ce dernier, par esprit de délicatesse, parmi les laïques.
Cependant la totalité des élèves n'était pas soumise à toutes ces rigueurs du code pénal. Déjà en quatrième il y avait une grande économie de coups de discipline et de fouet. En troisième, la férule même du professeur ne se montrait que dans de rares et grandes circonstances. Les rhétoriciens étaient
tenus au simple régime des pensums. Mais c'est surtout en sixième et en cinquième que les coups de fouet tombaient drus et serrés. Pour ces pauvres malheureux le correcteur, son nom seul, était vraiment un épouvantail. Et par un raffinement de cruauté, tout au moins moral, c'était le patient lui-
4. Voir aux Pièces justificatives, no 12, le discours prononcé à cette occasion, en 41775, par le jeune P. F. Piorry. L’orateur y déve:oppe avec infiniment d’esprit le vieil usage de ee cérémonial, et rappelle aux logiciens la distance incommensurable qui les sépare des physiciens, sans lesquels ils ne seraient « Même rien ».
même que les Jésuites contraignaient d'aller requérir la main chargée de lui infliger publiquement le châtiment prononcé.
Habuit ad dorsum : tel était le terme employé parles écoliers pour dire qu'on avait reçu le fouet. Le correcteur opérait quelquefois aussi, solennellement, dans la grande salle, en présence du préfet et de tous les élèves convoqués au son de la cloche: de là cette autre expression consacrée par les écoliers pour désigner la correction : habuit aulam, il a été fouetté en salle. A la sortie, on chantait en chœur, par manière de bravade, cette parodie d’un verset du Stabat :
Quis est iste qui non fleret Suas clunes si videret In manus du pèr'Préfet 1?
Le souvenir de ces Lemps barbares, où la baguette inexorable du maître
Au pauvre agenouillé, de ses coups tout meurtri, Démontrait son délit « posteriori,
arrachait partout aux anciens élèves des Jésuites de rageuses protestations et des railleries mordantes. Bien peu dont le témoignage élait ainsi fondé sur la mémoire d’une expérience personnelle, taisaient leur rancune et le ressentiment qu'ils éprouvaient d'avoir subi devant tous une peine déshonorante. Seul peut-être le spirituel Piron s'excuse ainsi, dans une lettre inédite à l'un de ses amis, de son indulgence pour ses anciens professeurs : « Admirez ma bonhomie! Malgré ce malheur et mon talent pour les épigrammes, de mille que j'ai faites et que je puis faire, je n'en ferai ni n'en ai jamais fait contre ces bons Pères. J'ai trouvé indigne de ma tête de venger les injures faites à mon derrière ».
Ce nouvel Orbilius, l'exécuteur de ces « basses œuvres », Si contraires à la décence et à la dignité de l'homme, même au moment où il passe de l'enfance à la jeunesse, recevait des Jésuites 36 livres par an ?. Il faut y ajouter, pour la vérité, les
1. On conspuait ainsi le P. préfet, sinon comme exécuteur, du moins comme ordonnaleur et organisateur de ce genre affreux de vindicte publique. Cf. De La Liborlière, Souvenirs, etc.