Archives Départementales, D
8. M. leur aurait donné de plus grandes marques de son indignation si le P. recteur des Jésuites n'avait pas intercédé pour eux.
M, Doujat manda le 16 mars 4708 le recteur de l'Université, un docteur de chaque Faculté, M. Mayaud, professeur en droit, et M. Lagrève, docteur en médecine. Ils allèrent à l'Intendance le 18 du même mois: là on leur notifia les ordres de Louis XIV.
Le recleur convoqua alors l'Université pour lui faire le rapport de ce qui s'était passé à l'Intendance. L'Université, avant de se séparer, arrêla qu'elle écrirait à Mgr le Chancelier, à M. le comte de Pontchartrain, son fils, et à M. Bignon. Après avoir rapporté dans ses letlres le contenu de celleque lui avait lue M. Doujat sans en avoir voulu donner copie, elle dit qu'il est bien dur à une Université de se voir mander pour des réprimandes quand elle a lieu d'être persuadée qu'on ne peut rien lui imputer; que pour justifier la régularité de sa conduite, elle envoie ia copie de deux pièces qui prouvent sa modération; que bien loin de prendre le parti d'un écolier contre les Jésuites, elle ne l'a au contraire que trop abandonné pour les favoriser et pour faire cesser les désordres et les tumultes qui pouvaient arriver à l’occasion de cet écolier, et entrelenir la paix et le bon ordre dans les collèges.
La première de ces pièces était une copie de la requête porlant la plainte de l'écolier Héliot ; la seconde une copie imprimée du décret. Si l'Université avait suivi l'ordre judiciaire, elle aurait donné permission d'informer par devant son recteur des faits contenus à la requêle,suivant le droitet l'usage de toutes les Universités et surtout de celle de Paris à laquelle MM. du Parlement font toujours la justice de renvoyer la connaissance de ces plaintes. Il semblait même que son devoir l'y engageait, et que le refuser c'était un déni de justice; mais parce que deux de ces Pères qui étaient à l'assemblée avaient marqué que celte procédure leur faisait du chagrin, elle n'avait
"pas voulu répondre à cette requête, afin que l'honneur de cette affaire demeurât enlièremént aux Jésuites comme étant les supérieurs, Elle s'était donc contentée de faire un décret pour la police générale de tous les collèges, sans aucune application particulière au fait dont il s'agissait, décret dans lequel elle
recommande expressément aux écoliers d’avoir pour leurs régents tout le respect et la déférence qui leur sont dus. Son décret d'ailleurs a été rendu du consentement de tous ceux qui étaient de l’assemblée, dont les sieurs Mayaud et Lagrève faisaient parlie. Puisque ces deux derniers ont concouru en ce point avec les autres, ils seraient bien malheureux si on leur imputait quelque chose en particulier.
L'Université terminait en disant qu'elle avait cru devoir entrer dans ce détail pour établir la vérité de tout ce qui s'était passé, et que les Jésuites avaient imposé à Sa Majesté en l'acusant d’avoir pris le parti d'un écolier à leur préjudice ; qu'elle avait lieu de croire que les deux pièces qu’elle envoyait effaceraient les mauvaises impressions que les Jésuites avaient voulu donner de sa conduite et qu’elles feraient connaître que s'il y avait de l’indiscrétion dans cette affaire, elle ne pouvait lui être imputée. j
M.le comte de Pontchartrain répondità l'Université qu’ilavait rendu compte au roi de la lettre qu'elle lui avait écrite; que Sa Majesté lui avait ordonné de l'envoyer à M.Doujat afin qu'il examinât le sujet des plaintes qui y étaient contenues et ce que les Jésuites pourraient alléguer de contraire.
Les mémoires respectifs furent mis entre les mains de M. Doujat.
Sur ces entrefaites, le 20 mai 1708, M. le comte de Pontchartrain écrivit encore à l'Université. Il lui marqua que le roi ne conservail aucune mauvaise idée de l'Université en général nides particuliers qui la composent; que si Sa Majesté avait pris soin en celte rencontre de remettre le calme, c'était une preuve que dans les choses les plus importantes elle ne refusait pas d'accorder à ce grand corpssa protection, particulièrement lorsqu'il serait de bonne intelligence avec les Jésuites.
L'Universités’adressa alors de nouveau à M. de Pontchartrain, chancelier. Après lui avoir rapporté ce que M. le comte de Pontchartrain fils venait de lui mander, elle ajouta que s’il lui était avantageux que le roi fût revenu des mauvaises impressions que les Jésuites avaient voulu lui donner d’elle et des particuliers qui la composent, il lui semblait qu'il restait toujours dans l'esprit de Sa Majesté qu'il y avait eu de
la part de l'Université de la mauvaise disposition pour les Jésuites quoiqu'elle les eût aimés par préférence en leur donnant le plus beau de ses collèges; qu'il n’avait point dépendu de l’Université qu'elle n'eût entretenu avec les Jésuites la même intelligence qui a subsisté depuis l'érection de l'Université de Poitiers avec les autres collèges; mais que leur esprit d'indépendance contre la loi de leur établissement et le bon ordre que les rois ont toujours maintenu par leurs ordonnances dans la république des lettres, avait donné lieu à l'Université de sortir dans cerlaines occasions pressantes de sa modération pour les faire rentrer dans leurs devoirs; que les registres étaient pleins de leurs entreprises; que cependant l'Université les regardera toujours comme une bonne mère lorsqu'ils voudront se tenir dans les bornes de leur devoir, voulant étouffer à cet égard tous les ressentiments et donner au roi des marques de sa parfaite soumission quoi qu'il lui en puisse coûter. |
Telle fut la lettre noble et digne de l'Université.
M. le Chancelier répondit le 22 juin 1708 que cette affaire n'avait point passé par ses mains, mais qu'il lui paraissait, par les termes de la lettre que son fils avait écrite par ordre de Sa Majesté, que l'Université avait lieu d'être satisfaite.
Les Jésuites, qui n'avaient pu faire annuler le décret du 27 janvier 1708, qui avaient indisposé Sa Majesté contre l'Université, laquelle s'était justifiée de leurs fausses imputations, firent ressentir au jeune Héliot le poids de leur vengeance: ils obtinrent une lettre de cachet qui le relégua au château de Niort jusqu’à nouvel ordre !.
Malgré toules ces accusations et ces calomnies, l'Université ne désarma point, Elle n’hésita pas, quand elle le jugea à propos, de donner tort aux Jésuites. C’est ce qui arriva encore le 7 juin 4746, où elle renvoya dans la classe de philosophie le * jeune Darcouet, qui avait été chassé du collège de Sainte- Marthe et traité durement par le P. Babinet, son professeur *.
L'interminable lutle engagée entre l'Université de Poitiers