Ovide, Mélam, lv. Il, v
DE QUELQUES ÉCOLIERS ILLUSTRES a
demande le P. Olivier? Une création de brillants mensonges, un labyrinthe harmonieux de l'esprit humain, un magasi où les passions se débitent : splendidam meéndaciorttm fabricum, vocalem mentis human labyrinthum, officinam affectuum. Non seulément il accuse les auteurs dé ces sortes de livrés de tous les ravages ordinaires qu'on leur reproche dans la morale, il prétend encore qu'ils sont dangereux pour le dogme, et il ävance sur l'autorité de Possévin et d’un certain Florimond de Rôemond que la lecture des Amadis ñe contribua pas peu à l'établissement du luthéranisme en France, et que Luther s'en sérvit adroitement pour répandre l'impurelé de sesdogmes contre les vœux des religieux et 16 célibat dés prêtres.
Bien autrement intéressante est la satire poélique contre Îles romans, qui suit ce discours et qui est intitulée: Puella romantios legens. 11 faudrait citer la pièce entière pour ne rien perdre de ses beautés. L'auteur, après avoir parlé de la lecture des romans les plus célèbres, de Cyrus, de Cléopatre, de Clélie, d'Argenis, de T'héagènes et Cariclée, ete, et de l'intérêt vif et passionné qu'une jeune personne prend aux aventures chimériques de cés héros imaginaires, à leurs infortunes, à leur fidélité à toute épreuve, met dans sa bouche ces vers bien naturels, et qui expriment les sentiments bien ordimaires d'une jeuné fille :
O fidum pectus amori, Julia ait : digna imperiis, et principe princeps, Felix illa malis si per discrimina tantä, Agnosci meruit.
Et finit par ceux-ci:
Tanti secura furoris Inviolata manet, documentaque splendida cufpæ, — Exemplis mélior, melior virtutibus ipsis, Quas molli sermone doces, — ridebit amorëm Julia, éb intentos vitabit Cypridis arcus, Séilicét, ete,
Ainsi se termine la satire, dont on ne voit la fin qu'avec peine.
La sixième et la huitième dissertation sont consacrées à la poésie, comparée d'une part à la peinture (ut pic{ura, poësis),
et dont le mérite, d'autre part, doit consister, dit-il, dans le génie. « Suivant ses principes, pour l’élocution il suffit que les termes soient usités ; il ne faut pas s'exprimer comme on faisait à la cour des Valois, ni emprunter les termes de la loi salique ; mais il ne faut pas non plus employer ces expressions efféminées qui sont faites pour la toilette d'une dame: la cadence des vers ne doit être ni choquante ni grossière, mais elle ne doit pas être trop affectée ni trop scrupuleuse; ‘s’il exclut les pensées déréglées, extraordinaires, il exige qu'elles ne soient pas trop resserrées, trop compassées. Il demande enfin de la politesse, de l'élégance dans le style, mais il veut une beauté naturelle et sans fard. Il est même d'avis qu'on peut y laisser quelques taches, telles qu'on en trouve dans le marbre le plus parfait, quelques termes anciens, et qu'on en hasarde quelques nouveaux, quelques-uns de la province, ou même étrangers. Il s'autorise d’une comparaison où il y a bien de l'esprit : pourquoi, dit-il, n’en sera-t-il pas du beau style, comme d'un beau palais ? Fait-on scrupule chez les rois
Pictos ostendere vultus Majorum, et stantes in curribus Æmilianos, Et Curios jam dimidios, humeroque minorem Corvinum, et Galbam auriculis, nasoque carentem ?
« Il y à, comme je l’ai dit, beaucoup d’esprit dans la comparaison. C’est au lecteur à décider de la justesse de l’application. Si le P. Olivier raisonne juste, Malherbe et La Mothe ne sont pas deux grands poètes, et Corneille l'emporte de bien loin sur Racine » 1,
Déjà en 1665, le P. Olivier avait publié un recueil de pièces latines sous ce titre : Lacrymarum deliciæ Rhetorum collegarum P. P.S.J. mutuo studio expressæ, sive dissertationes duæ de nalura et arte lacrymarum?. Ces deux dissertations sont suivies d’un recueil d’odes latines. Il y en a douze : de ulraque Verbi divini nativitate, æterna et temporaria, sur la naissance éternelle et temporaire du Verbe divin: et sept sur les sentiments que peut inspirer Jésus-Christ naissant, sous ce