‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 69 sur 236 · Archives Déparlementales, D · texte numérisé non relu

Archives Déparlementales, D

2. André Richard, maire de Poitiers, était receveur général du Poitou. Il poussa la dévotion jusqu’à faire mettre une cage de fer au marché Notre- Dame, pour y renfermer tous ceux qui jureraient le nom de Dieu et qui vendraient le dimanche.

Jésuites. Il délégua en même temps trois membres, Jarno, de Brilhac et Nivellet, chargés de recueillir parmi les habitants des souscriptions applicables au premier établissement du collège !. |

Le roi, profitant des bonnes dispositions présentes du maire et de quelques officiers municipaux, ne tarda pas, en effet, à accorder les lettres patentes nécessaires à l'établissement des Jésuites. Elles furent données à Fontainebleau à la date du 7 août 1604.

Par ces lettres Henri IV, «sur la demande de messire Geoffroy de Saint-Belin, évêque de Poitiers, el des maire, échevins et autres nobles, bourgeois, manans et habitans de ladite ville », permet aux Pères Jésuites « de s'établir dans ladite et d'y avoir un collège composé de tel nombre de personnes de leur Compagnie qu'ils verront être nécessaires pour le service divin, instruction de la Jeunesse aux bonnes lettres tant d'humanités, philosophie que théologie, aux clauses, règles et forme dont ils ont accoutumé user aux collèges déjà élablis aux autres villes du royaume; leur permettant à cet effet d'accepter les fondations des biens meubles etimmeubles qui leur seront faites par les nobles bourgeois, manans et habitans, en général et en particulier ; le tout néanmoins sous lès expresses charges et conditions portées par l’édit du mois de septembre, et non autrement..., sans avoir besoin d'autre vérification que celle qui a déjà été faite de notre édit du mois de septembre 1603 en notre Parlement de Paris». De plus, Henri IV «se réserve et à son Conseil le jugement de toutes les oppositions qui pourraient être faites à l'établissement des Jésuites à Poitiers » ?.

Ceslettres, quelque irrégulières qu'elles fussent,puisqu'elles n'avaient pas été soumises à la vérification du Parlement, furent adresssées directement au Corps de Ville de Poitiers par le P. Coton *, confesseur de Henri IV, avec cette lettre :

À. Registres Municipaux, n° 64.

2. Archives Départementales, D. 21.Voir Pièces Justificatives, n° 4.

3. Le nom du P. Coton atoujours été, jusqu’à présent, orthographiquement défiguré dans l’histoire. On l’a écrit Cotton par deux f. Nous avons eu sous les yeux, soit à Pau, soit à Poitiers, de nombreuses lettres autographes inédites, que le célèbre jésuite signait de son nom orthographié par un seul { : Coton.

« Messieurs, vous avez obligé notre Compagnie d'effet et d'affection, avant qu'elle ait rien desservi et mérité en votre endroit ; celui qui est lui-même charité, le vous rende et nous donne les moyens de vous être ce que nous vous devons el ce que vous désirez. Le roi a reçu un contentement singulier, oïant le zèle et affection qui vous porte à aimer ce qu'il aime, chérir ce qu'il chérit, et désirer ce qu'il désire. M. le marquis de Rosny le lui a témoigné avec plus d'accent qu'aucuns n'eussent estimé : ; ensuite de quoi Sa Majeslé ordonna à M. de Fresne d'expédier les patentes que je vous envoye en due forme, sur lesquelles il vous plaira faire venir en votre ville le R: P. Gentil, provincial de Guienne, qui se trouve présentement à Toulouse ou à Bordeaux, pour contracter avec lui et assurer le fonds, le bâtiment et autres appartenances de votre collège. Je tiendrai mon dit seigneur de Rosny averti de tout, suivant ce que j'en pourrai apprendre, assuré de la bonne volonté dudit seigneur, les poumons duquel je puis dire ne respirer que la volonté et le service du roi.En attendant la venue dudit Père, nous aurons peut-être tellement diligenté toutes choses, qu’on pourra non seulement donner un prédicateur parfait digne de vous, mais ouvrir encore quelques classes à la prochaine Saint-Remy (1°" octobre); je vous y aiderai selon loute l’étendue de mes forces, et en toutes autres choses ferai paraître que je suis votre serviteur très humble selon Dieu.— Père Coton, de la Compagnie de Jésus. -

» À Fontainebleau, la vigile de Saint-Louis, 24 août 1604 ? ».

Le signataire de cette lettre, si particulièrement élogieuse pour Sully, est fort connu. Il avait commencé sa réputation d'orateur dans le Dauphiné, son pays d'origine, à Grenoble surtout, au moment même où le Parlement ordonnait le bannissement des Jésuites. Le connétable de Lesdiguières, quoique protestant (il abjura en 1622), séduit par le charme de sa parole, était devenu son ami.

Henri IV, après le rappel de la Compagnie, lui avait offert l’archevêché d'Arles : le jésuite refusa, dit-on. Un an après, le roi prit la résolution de le faire nommer cardinal. Coton

1. Rosny était protestant et, comme tel, présumé généralement peu favorable aux Jésuites.

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