‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 73 sur 236 · Id · texte numérisé non relu

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Id., D. 199.

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Avec de tels subsides et toutes ces assurances d'avenir, l'œuvre des Jésuites pouvait être considérée comme définitivement assurée, et rien ne devait plus, ce semble, en retarder l'accomplissement. Cependant le temps marchait : on était déjà au mois de mars 1605, c'est-à-dire sept mois après l'expédition des lettres patentes et les bons Pères n’obtenaient toujours pas leur collège. Les deux des leurs qui résidaient à Poitiers pour suivre cette fondation recevaient, pour leur subsistance, l’insignifiante allocation de 32 sols par jour. (Délibération du Corps de Ville du 6 décembre 1604).

Il est bien évident qué le Corps de Ville, malgré tous.les témoignages, très exagérés sans doute, de leur soumission à leur souverain, mettaient peu d'’entrain à seconder les vues de la Compagnie et du roi.

Henri IV, qui avait fort à cœur que ses ordres pour l’établissement du collège de Poitiers fussent promptement exécutés, écrivit alors deux lettres, l’une à Monseigneur l'évêque, et l'autre à Messieurs de la Maison de Ville. Nous n'avons pu retrouver la première de ces lettres. La seconde, adressée, par l’intermédiaire du P. de Moussy, au maire, Emery Regnault, président au siège présidial, et aux officiers municipaux, est déposée aux Archives départementales, D. 2. Elle est une nouvelle et la meilleure preuve à opposer à ceux qui soutiennent encore, quand même, que la municipalité d'alors n'avait de plus grand désir que d'installer les Jésuites à Poitiers.

Le rois’exprimait en ces termes :

« Tres chers et bien amés, ayant pour bonnes considerations permis aux peres Jesuites de bastir un college de leur Compagnie en nostre ville de Poictiers, comme au lieu où Nous avons jugé leur presence necessaire pour l'instruction de la jeunesse, Nous avons fait ce qui estoit de Nous pour leur establissement, ne restant plus que ce que vous devès contribuer de vostre part; « quoy ayant entendu que vous n’apportès la ferveur et l'affection que requiert le bien publicq et l'utilité d’une si louable entreprise, à ceste cause Nous voulons et Nous mandons que, pour le bien que Nous en jugeons devoir réussir, vous ayès, sans y apporter davantage de langueur ou de diff-

culté, a recevoir la Compagnie desdicts peres, et favoriser la fondation de leur college de tous les moyens que vous pourrès, reconnaissant ceux qui s’y porteront avec plus de soin et d’affection, pour ceux qui auront plus d'inclination a Nous obeir, comme estant chose que Nous avons a cœur, et qui concerne le bien de nostre service: a quoy Nous assurant que vous rendrès doresnavant tout devoir, Nous ne vous en ferons icy plus exprès commandement.

» Donné à Paris, le septiesme jour de Mars 1605. Signé » Henry ».

Et le lendemain, 8 mars, le P. Coton, de son côté, écrivait -au P. de Moussy, à Poitiers, la lettre suivante (autographe)! :

« Mon reverend Pere,

» Pax Christi.

» V. R. recevra les lettres que le Roy escript a monsieur levesque de Poytiers et aux maire et eschevins de ladite ville pour les porter a fonder promptement le college de nostre Compaignie en ladite ville. J'estime que cella servira de beaucoup ne fust que pour lé contentement de Sa Majesté qui ne cesse de nous obliger ayant ordonné que la pyramide sera razee * et donné six mil escus de rente annuelle a la Fleche et six mil livres a Rouen-sans les trente mil escus qu’il a donné pour une fois au college de Rennes jusques a dire que sil heust esté homme de lettres quil se fust faict jesuiste. Dieu nous le conserve et luy accroisse ses benedictions. Monsieur de Rosny s’est esclaircy du faux bruict pour lequel assopir jay faict veoir a quijay deu les lettres de V. R. et de messieurs a qui jescrits. Macte animo, mi pater, Regium est bene agere et male audire. Je me recommande grandement aux S.S. S.S. de V. R. Nous avons icy son hoste (?) de qui je suis comme de vous mon R. P.

» Serviteur tres humble selon Dieu.

» À Paris ce 8 mars 1605.

» Pierre Coton ».

1. Archives Départementales, D. 21. — Au dos, et en suscription, on lit: « Mon reverend Pere, Le p. Jacques Moussy de la Compaignie de Jesus a Poictiers ».

2, 11 s’agit de la pyramide, monument de flétrissure, qui fut élevée sur la place du Châtelet, sur l’emplacement même de la maison de l'assassin, après l'arrêt qui condamna Jean Châtel, le 29 décembre 1594.

Quelque précis et pressants que fussent les ordres du roi, quelque contentement qu'il dût éprouver du prompt succès de l’entreprise de la Compagnie qu'il avait tant à cœur, l’établissement des Jésuites à Poitiers fut encore retardé. Quant au faux bruit dont M. de Rosny s'était éclairci, au dire du P. Coton, nous en trouvons l'explication d’abord dans l'AHistoire de l’édit de Nantes, par Benoist :

« Poitiers, nous dit cet ancien historien, ne vouloit pas leur permettre (aux Jésuites) d'établir un collège dans son sein ; et l'Evêque étoit le plus redoutable des opposans. Le jésüite Cotton voulut s'en prendre au duc de Sulli, et faire croire au Roy que c'étoit luy qui les empéchoit d’être reçus dans cette ville importante ; l'accusant d'avoir écrit contre eux des lettres à l'Evêque. Ce Prélat, qui n’éloit pas leur ami, rendit témoignage du contraire ; et pour convaincre plus aisément le Jésüite de calomnie, il renvoya au Roy les lettres que Sulli luy avoit écrites sur le sujet de cet établissement. Ceux qui ont écrit la vie du jésüite Cotton, ou plutôt le roman qu'ils ont intitulé sa vie, ont fait mention de l'accusation de Sulli par ce jésüite : mais ils ont trouvé à propos de taire le démenti que l’'Evêque luy en donna ».

Les Mémoires de Sully, cités par Thibaudeau dans son Abrégé de l'Histoire du Poitou, sont encore plus explicites. Malgré les lettres et les ordres du roi, les Jésuites trouvèrent beaucoup d'obstacles à surmonter pour s'établir à Poitiers. Le duc de Sully fut accusé d’avoir mis des entraves à la fondation de leur collège en cette ville. Le P. Coton, tristement oublieux des éloges récemment décernés à M. de Rosny !, fit entendre au roi que le duc avait écrit à l'évêque de Poitiers, aux trésoriers de France, aux Sainte-Marthe et autres sur lesquels il pouvait tout, pour leur demander formellement de s'opposer à l'établissement de la Compagnie. Sully fit voir la fausseté de ces bruits en produisant les lettres qu'il avait écrites en effet à l'évêque de Poitiers et à de Sainte-Marthe. Le P. Coton convint qu'il avait cru... trop légèrement ces imputations eten fit ses excuses au ministre.

On a dit encore, pour excuser l'opposition que faisaient à

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