‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 92 sur 236 · Id., D · texte numérisé non relu

Id., D

Moussy de passer une transaction avec lui par laquelle le collège s’'engageait «de faire à ses frais toutesles depenses pour demolir, faire et rebastir les murailles mitoyennes, et generalement tout ce qu'il convenoit de faire sans que le sieur de Chessé pust estre tenu à aucuns debours». Cette transaction, en date du 16 mars 1608, est signée 7'hévenet et Fanneau, notaires royaux à Poitiers.

Cette maison appelée d’Ingrande, appartenant au sieur de Chessé, eût été entièrement à la bienséance des Jésuites dès le temps que l’on commença à jeter les fondements de l’église et du collège ; mais soit que le collège ne fût pas en état d'en faire l'acquisition, ou que le sieur de Chessé, ce qui est plus probable, ne fût pas dans la volonté de la vendre, on ne put l’acquérir qu'après sa mort (1730), au prix de 16.200 livres !.

On travailla fort à la construction de-cette église à partir de 1608. Elle était à peu près terminée en 1641. La date du couronnement de l'édifice — 7 may 1..1 (1611) — fut gravée sur la pierre supérieure du pignon de la façade principale qui : donne sur la rue du Lycée. Sur le pignon sud, restauré eu 1891, on lisait en grosses capitales l'inscription suivante : 1610. 20 NOV. Cette pierre a été remplacée ?.

L'année 1610 fut marquée par un événement tragique et douloureux au cœur de tout bon Français : le A4 mai, Henri IV tombait mortellement frappé par le couteau d’un disciple des Jésuites *.

Il s'éleva aussitôt par toute la France une clameur générale contre la Société, et, parmi ses défenseurs, bien rares il est vrai, comme toujours, deux partis se formèrent : les uns

2. Voir à ce sujet les deux communications faites par MM. l'abbé Bleau et de la Bouralière à la Société des Antiquaires de l'Ouest. (Bulletins, 1894).

3. Henri IV avait si bien prévu sa mort prématurée, qu’il avait pris la précaution de faire couronner la reine, Marie de Médicis, la veille de son départ pour lParmée. Si bien que, quelques heures après sa mort, tout était arrangé et la régence de Marie de Médicis proclamée par le Parlement, acceptée par la Cour, et reconnue par le reste du royaume.

soutinrent l'innocence des Jésuites, les autres proclamèrent la légitimité de l'assassinat.

La nouvelle de cette terrible catastrophe fut officiellement apportée à Poitiers le 18 du même mois par M. de Parabère, lieutenant général de la province. Le 21, un service fut célébré dans la cathédale, où l’abbé de Nouaillé, Francois de la Béraudière, prononça l'éloge du malheureux prince !.

Après la mort si affligeante du meilleur de nos rois?, bien des particuliers qui avaient, du vivant de Henri IV, caché leurs mauvaises dispositions par rapport à l’établissement de la Compagnie dans la ville de Poitiers, se réveillèrent pour le traverser par tous les moyens possibles.

Les oppositions quifurent faites alors tant à l'établissement du collège qu’à la réunion des revenus considérables de la province, obligèrent les PP. Jésuites de recourir au roi Louis XIII pour leur permettre d’assigner les opposants à son Conseil privé. Le jeune roi, suivant en cela la politique paternelle, de plus, habilement sollicité par le P.-Coton, qu'il avait gardé pour confesseur, prit toute la Compagnie « en sa protection et sauvegarde, comme il avoit plu au feu roi de faire». C’est pourquoi, ayant égard aux remontrances des PP. Jésuites de Poitiers, il leur fit expédier seslettres patentes par lesquelles il évoque à son Conseit la connaissance de toutes les oppositions qui pourraient se faire à l’établissement du collège et fait défense à tous juges d’en connaître. Ces lettres, datées du 26 novembre 1613, sont contresignées « Par le Roy en son Conseil : Duros » *.

Le roi renouvela le même privilège par ses lettres patentes datées de Poitiers le 8 janvier 1616. A cette occasion une commission fut chargée d'appeler en témoignage toutes les personnes âgées qui étaient en état de donner des renseignements sur les droits et les possessions du collège qui étaient usurpés.

1. Ce fut, a-t-on dit, la première oraison funèbre qui fut prononcée dans la cathédrale de Poitiers : son auteur, deux ans après, devint évêque de Périgueux. Cf. Auber, Histoire de la Cathédrale de Poitiers (Poitiers, 4848 et 1849).

2. « Seul roi, de quile pauvre ail gardé la mémoire », a dit excellemment le poète Gudin. (Prix de poésie en 1771).

Page 1