‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 96 sur 236 · Archives Départementales, D · texte numérisé non relu

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devait faire «les images » du grand autel : preuve que l’on s’occupait déjà de la décoration de l’intérieur.

Cette même année, Louis XIII vint à Poitiers. Le jeune roi (il avait 14 ans) se rendait, avec la réine sa mère, en Guyenne pour son mariage avec l'Infante (elle était du même âge que le roi), et pour le mariage de Madame, fille aînée de France, avec le Prince d'Espagne : double dessein qui, d'après les Jésuites, devait être l’extirpation de l’hérésie dans tout le royaume.

La Cour arriva le 4 septembre à Poitiers. Elle y séjourna plus longtemps qu’on ne l'avait projeté. Madame Elisabeth de France, sœur de Louis XIII, fut surprise de la petite vérole, et il fallut attendre qu'elle en fût bien guérie !. Si le prince de Condé eût alors mieux pris ses mesures, cet accident lui aurait, donné le temps de s'avancer , et de traverser la double conclusion du mariage. Mais il se trouvait si peu en état d'agir, qu'il n'eut pas le moyen de profiter d'une maladie qui arrêta la Cour plus d’un mois à Poitiers *. Le roi n'arriva à Bordeaux que le 7 octobre ; le double mariage y fut célébré le 18 novembre suivant, avec une pompe extraordinaire.

Les Jésuites surent mieux profiter du séjour du roi à Poitiers et l'accablèrent de leurs supplications.

Ils obtinrent d’abord de Sa Majesté la permission de faire porter des armes aux fermiers et domestiques de leurs prieurés de Pamproux et de Ligugé pour la défense des terres. Gette permission leur fut accordée le 7 septembre 1615.

Le 12, sur la représentation qui lui fut faite que le roi Henri le Grand avait pris en sa protection le collège de Poitiers et fait mettre en son nom la première pierre de l’église, Louis XIII donna un brevet ou lettres patentes « par lesquelles

1. Le roi et Madame logèrent à l’hôtel de Sainte-Souline; la reine-mère prit son logement chez M. de Rimbert. Quand sa sœur tomba malade, le roi fut obligé de changer de maison; il alla chez M. de Brilhac-de Nouzières, lieutenant criminel.

2. La sœur du roi ne fut pas la seule atteinte par la maladie. Dans la séance que tint la Faculté de médecine de Poitiers le 3 octobre 1616, le doyen fit observer que les principes généraux n’avaient pas été faits l’année précédente parce que le roi était à Poitiers et que « les médecins avoient fort à faire à soigner les officiers du roy et autres suivant son armée ». Cf. Jablonski, Histoire de l'ancienne Faculté de médecine de Poitrers (4894).

Sa Majesté, en suivant la pieté et bienveillance de son feu seigneur et tres honoré Pere, veut que l'Eglise du college des Peres Jesuites de Poictiers soit dediée et consacrée à l’honneur de Saint Louis, roy de France. Et prend en sa protection ledict College et tout ce qui concerne la fondation d’iceluy. Et veut qu'il jouisse de tous les privileges, immunités et prerogatives qu'ont accoustumé de jouir les autres colleges de ses universités selon les edits et ordonnances des Roys ses predecesseurs». Ce sont ses propres termes. Ces lettres sont ne Louis, et plis bas Phelypeaux ?.

Cette protection, toute royale qu'elle fût, n’en était pas moins. platonique, et la situation des Jésuites n'en fut guère améliorée. Assurément ils s’attendaient à mieux.

Cependant les aumônes ne cessaient de leur arriver, et plusieurs fois la générosité de Madame de Sainte-Croix vint les sortir d'un mauvais pas. Dans le compte de 1615, il est fait mention, au nom de cette abbesse, d’un don de 32 pistoles, soit, la pistole valant 7! 4°, de 230! 85.

D'autre part, les dames pieuses et charitables de la ville offraient aux Jésuites les objets de première nécessité : il fallait bien meubler confortablement le gîte des Pères et les ins- : taller et les coucher convenablement, leur fournir enfin tous les ustensiles indispensables à leur ménage. Tantôt c'était Mademoiselle la Présidente qui offrait «une couchette » ; tantôt Me de Lausun, « une couverte de lit ». Un jour M'e de Salbat apportait « une couverte de lit »; un autre jour, M'° de Beauregard, «un matelas ». Parmi les autres offrandes figurent : « deux couchettes de lit et deux tapis » par Ml de la Rismondiche et Duplay-Fressinet ; «une douzaine de serviettes et six assiettes d’étain» par M*° de la Fuin ; « six serviettes » par Me Paran ; «un coffre » par M": de Sainte- Croix; « une grande table pour le refectoire » par M'° de Blanc ; « un chandelier », par M"*° Duamel, etc., etc. ?. Heureux qui peut ainsi, sans souci du lendemain, retrouver chez soi :

« Bon soupé, bon gite, et le reste » 1

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