‹ Les Jésuites au Canada [microforme]Chapitre 5 sur 5 · BE · texte numérisé non relu

BE

Il faut maintenant traverser à pied le long espace qui sépare le village de la Demoiselle du fort Miamis :

“ Après avoir brûlé nos canots et tout ce que nous ne pouvions pas emporter, nous primes congé de la Demoiselle le 20 septembre: au matin.

“ Notre traversée par terre ne fut que de cinq jours. Nous étions divisés en quatre brigades, commandées chacune par deux officiers, Nous marchions de file, parce que la petitesse du sentier ne nous permettait pas de nous étendre. Le chemin était passable, mais nous l'avons trouvé un peu long. A mon estime, le trajet de la Demoiselle aux Miamis peut avoir trente-cinq lieues.

“ Nous avons traversé trois fois la rivière à la Roche, mais ce n'était plus qu'un faible ruisseau qui coulait sur quelques pieds de boue.

“Un peu plus qu'à mi-chemin nous commençâmes à côtoyer la rivière des Miamis!, que nous avions à gauche. On y trouve de grosses écrevisses, et en abondance. De temps en temps nous avons marché dans de vastes prairies où l'herbe était quelquefois d’une hauteur démesurée.

“Arrivés chez M. Raymond!, on acheta des pirogues et des provisions, et le 27 septembre après-midi on se mit en route pour aller au Détroit.

“Le fort des Miamis était en bien mauvais état quand nous y sommes passés. La plupart des pieux étaient Pourris et tombaient en ruine. Il y a dedans huit maisons, on pour mieux dire huit misérables chaumines, que l'envie seule de gagner de l'argent peut rendre supportables, Les Français y étaient au nombre de vingt-deux: tous, jusqu'au commandant, avaient la fièvre.

“M. Raymond n'approuve pas la situation du fort, et prétend qu'il serait beaucoup mieux placé sur le bord de la rivière Saint-Joseph, qui n'est éloignée de là que d'une petite lieue. Il voulut me faire voir cet endroit; mais l'embarras de notre départ m'empêcha d'y aller, Tout ce que je pus faire pour lui, ce fut de lui tracer le plan de son nouveau fort...

“C'est aux Miamis que J'appris qu'un peu avant d'entrer dans la rivière à la Roche nous avions passé à deux ou trois lieues des fameuses ancêtres et ceux de M. de Vincennes que Vous avez tant aimé et qui vous a toujours gouvernés de façon que les affaires étaient toujours bonnes, Si vous avez oublié les

conseils qu’il vous donnait, ses cendres vous en rappelleront la mémoire.” Ils promirent de retourner à leur äncien village le printemps suivant.

Mais le Pied-Froid, chef des Miamis de Kiskakou, dit à Céloron : ‘* Je souhaite de me tromper: mais je suis assez attaché aux Français pour le dire : la Demoi-

selle mentira. Tout mon chagrin est d'être le seul qui vous aime, et de voir toutes les nations du sud déchaînées contre les Français.”

1! Ou rivière Maumee, comme disent les Anglais. 2 M. Raymond était ‘‘capitaine et commandant aux Miamis ” ; il avait avec lui

un ‘interprète, nommé Roy”. C'est le P, dela Morinie, de !a Compagnie de Jésus, qui était à cette date missionnaire des Miamis.

salines, où sont ces squelettes d'animaux monstrueux. Cette nouvelle me mortifia fort ; et j'ai bien de la peine à me Pardonner d'avoir manqué cette découverte. C'était la plus curieuse que je pusse faire dans mon Voyage, et j'aurais été flatté de Pouvoir vous en faire le détail.” !

La rivière des Miamis conduisit tant bien que mal nos voyageurs jusqu'au lac Erié, où ils entrèrent le 5 octobre :

“ Le 6, nous arrivâmes au bas de la rivière du Détroit, où nous trouvâmes des canots et des vivres pour notre retour. M. de Céloron eut la bonté de me permettre d'aller au fort avec quelques officiers : nous Passâmes toute la journée du 7. Je pris hauteur dans la tour du P, Bonaventure ”, et je la trouvai de 42° 38’,"

Le P, de Bonnécamps fut enchanté de sa visite à Détroit :

“ Sa situation, dit-il, m'a Paru charmante. Une belle rivière Passe au pied du fort. De vastes CaMpagnes, qui ne demandent qu’à être cultivées, s'étendent à perte de vue, Rien de plus doux que le climat : à peine y compte-t-on deux mois d'hiver, Les fruits d'Europe, ct surtout les blés y viendraient beaucoup mieux qu'en plusieurs cantons de Ja

France’ C'est Ja Touraine et la Beauce du Canada. PP OR ne i FRS:

! “En 1739, un officier français, de Longueil, traversait, pour se rendre au Mississipi, les forêts: vierges qui bordent le grand fleuve Ohio. Les sauvages qui l’escortaient trouvèrent par hasard, au bord d’un Marais, divers oSsements, dont plusieurs semblaient appartenir à des animaux inconnus. Dans ces marais tourbeux, que les indigènes désignent sous le nom de Grand lac Salé, venaient se perdre plusieurs sources d'eau chargée de sel, et de tout temps les ruminants sauvages y étaient accourus en foule, attirés par la saveur du sel, dont les animaux ont toujours été friande, De Longueil prit, quelques-uns des ossements, A son retour en France, il les montra et à Buffon : c'était un fémur, une extrémité de défense

à un éléphant, dont la race Ce fut alors que la notion ement propres aux anciens dans la tête des naturalistes, Cette le avant de porter les fruits admirables dont nces naturelles et la philosophie,

ce fossile du nom d'animal de l'Ohio ou Eléphant de l'Ohio. de: cet animal fossile avait produit une grande impression en Canada par Ja paix de 1763, les Anglais continuérent à y récieux, Le géographe Croghan, parcourant de nouveau la À lac Sulé, Y trouva plusieurs ossements de la même nature.”

(La Terre avant le Détuge, par L. Figuier.)

2Le P, Louis-Marie-Bonaventure Carpentier, récollet, aumônier du fort de Détroit. Il desservit Sainte-Croix de Lotbinière et Sainte-Marie de Beauce, et mourut à Saint-Nicolas en 1778,

M. de Longueil était à cette date (1749) commandant à Détroit, Il fut remplacé

1750, (Rapport sur les Archives du Canada, p. cliii.) C'est mandant à Détroit lors de la reddition de Ja place aux Anglais acy of Pontiac, t. II, p. i67.)

# Le tabac qui se cultivait à Détroit était délicieux, paraît-il. Le P, de Bonné- Camps, écrivant au P. Potier, qui se trouvait là en 1753, lui disait : « Envoyez-moi, Je vous prie, par le porteur, quelques andouilles de tabac de la Pointe coupée ; je tâcherai de reconnaître... ."”

Cette nouvelle me 1er d'avoir manqué se faire dans mon > détail.” :

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[aossaLin] LE P. DE BONNÉCAMPS 86

“ De plus, on doit regarder le Détroit comme un des postes les plus importants de la colonie, Il est à portée de donner du secours à Michillimakinac, à la rivière Saint-Joseph, à la Baie (Verte), aux Miamis, aux Ouiatanons et à la Belle-Rivière, supposé qu'on y fasse des établissements. Ainsi, on ne saurait y jeter trop de monde.

“ Mais où le prendre, ce monde ? Ce n'est pas au Canada : les colons que vous y envoyâtes l’année dernière se sont contentés de manger la ration que le roi leur donnait ; quelques-uns même d'entre eux, emportés par leur légèreté naturelle, ont quitté le pays et sont allés chercher fortune ailleurs. Combien de pauvres laboureurs, en France, seraient charmés de trouver un pays qui leur fournirait abondamment de quoi les dédommager de leurs travaux et de leurs sueurs !

“ Le fort du Détroit est un quarré long; je n'en sais pas les dimensions, mais il m'a paru grand, Le village des Hurons et celui des Outaouais sont de l'autre côté de la rivière,! où le P. de la Richardie m'a dit que les rebelles commençaient à venir 4 résipiscence, et que la bande de Nicolas diminuait tous les jours. Nous avons demandé de ses nouvelles dans la Belle-Rivière, et l'on nous à dit qu'il avait établi sa résidence aux environs du lac Erié.”

Le corps expéditionnaire fit son retour par le lac Erié, où le P. de Bonnécamps prit hauteur à deux endroits, la pointe Pelée et la pointe à SR

1Ces sauvages étaient desservis par les jésuites. La mission s'appelait ‘‘la mission huronne éloignée”, pour la distinguer de ‘ la mission huronne près Québec ”, ou bien “la mission de l'Ile-aux-bois-blancs”. Voici les religieux qui étaient à cette mission en 1749: Armand de la Richardie, Jean-Baptiste-François de Salle-

neuve, Pierre-Daniel Richer, Pierre Potier, et le frère Pierre Gournay (dit la Tour). (Catalogus Provinciæ Franciæ.) ;

Le P. Potier était supérieur de la mission de l'Ile-aux-bois-blancs en 1746 M. Navarre, notaire royal à Détroit, lui écrivant le 17 août de cette année, adressait sa lettre “au R. P. Potier, très digne prêtre de la Compagnie de Jésus, supérieur de la mission des Hurons à l'Ile aux Bois Blancs ”,—‘ M. de Longueil se fait une joie de vous aller voir, lui disait-il, sitôt que les affaires de son poste seront terminées. Il me promet de me mener avec lui....Nous avons, ajoutait-il, un petit enfant bien malade depuis six jours qu'il n'a pris aucune nourriture ; c’est notre petit garçon. ‘Je vous prie, mon Pere, de vouloir bien le recommander à Notre-Seigneur dans vos saints sacrifices. Je ne demande que la gloire de Dieu... .”

Le P. Potier tenait un journal de tous les événements, grands et petits, dont il avait connaissance. Ce cahier ne manque pas d'intérêt, comme on peut en juger par quelques lignes prises au hasard en 1746 :—** Mai, le Canada ravitaillé.—2,000 Canadiens partent pour l’Acadie.— Août, Degrais (fils du baron de Longueil) fait 53 prisonniers anglais à l’île Saint-Jean,—Quai bâti à Québec pour la construction des vaisseaux.—-Le nouveau chantier. —Septembre, coups de M. Rigaud....Prend et brûle un fort près d'Orange.—Octobre, deux charpentiers tués à l'île Lamotte par les Agniers.—Coup de Soulanges, douze personnes prises ou tuées,—-Le P. Richer refuse la supériorité. —90 décembre, M, de Longueil reçoit la croix de Saint-Louis.--Forts

bâtis dans les côtes du Canada avec garnison.” (Archives du collège Sainte-Marie de Montréal.)

hyd rographiques,

Frontenac, en 1752 fait isolé. Au cont Souvent de faire de

profond Les ondes ag de la mer davantage : en sor ment de la Foy, t. IT, p. 108.)

BG

la Biche,

On passa trois jours à Nia côtoy

ant la rive sud du lac Ontario :

“ Nous avons cssuyé

Bonnécamps : plus

Enfin, malgré les v

Sara, puis l'on se remit en marche, dans ce lac des temps affreu d'une fois nous avons été sur le point de périr.'

ents et les tempêtes, nos canots d'érorce nous ont rendus sains et saufs à Catarakoui le 4 novembre,”

On demeura trois jours à Catarakoui,

et l'on arriva à Montréal le 10 novembre, Bonrtécamps se mi rent en marc

x, écrit le P, de

uis l'on descendit les rapides ’

Le 14, Céloron et le P, de he pour Québec, où ils arrivèrent le 18

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Un espace considérable à ce v qu'il occupe une place très importante

P. de Bonnécamps, Puis, parce que le récit de cette e PU apprécier la valeur jitté de cet homme savant,

Outre cet écrit, e

oyage, dans la vie du

Xpédition, dont on a ‘aire, est à peu près le seul écrit qui nous reste

n effet, et le petit tr de Trévoux, nous n'avons de Jui qu'une le du fort Frontenac le 25 juin 175 à l’île aux Bois- Blancs

‘avail publié dans les Mémoires ttre de peu l'importance, datée 2, et adressée au P. Potier, «Nous en détachons quelques lignes qui expliquent la présence, à cette date, du P. de Bonnécamps au fort Fronte “Mon Révérend Père, je prends la liberté de vous écrire. Peut-être étonné de 1 date de ma lettre, car vous me je n y suis PAS ; ains au rebours j'en merci, pour y demeurer astronomiques avec m'envoyer... .”

alors en mission

nac :

Vous serez :

croyez À Québec, et suis à cent vingt lieues ; non, Dieu , Mais en passant, ct pour y faire des observations un quart de cercle que le ministre a eu Ja bonté de

Il le tenait done, enfin, ce quart de cercle qu'il avait fait demander Par l'intendant dés 1744, puis en 1748, S'il l'avait eu dans son voyage à la Belle-Rivière, Comme il eût fait ses Observations avec plus :…: précision

et de contentement ! Il n'eût pas été obligé de s'excuser auprès de M. de la Galissonnière de l'imperfection de ses Calculs et de ses travaux Nous ne croyons as que le voyage du P, de Bonnécamps au fort À q Yag : Pour y faire des observations astronomiques, soit un raire, tout nous porte à supposer qu'il lui arrivait Pareilles excursions, tantôt à un endroit, tantôt à un 1 Voici ce que Chrétien Le

clerq écrit au sujet du lac Ontario: ‘ Ce lac est assez Pour de grands navires, ne se trouvant pas de fond à soixante-dix brasses,

itées par les vents qui y sont fréquents s'élèvent aussi haut que celles » et sont plus périlleuses Parce qu’elles sont plus courtes et se précipitent te que le navire obéit moins à la lame...” (Premier Etablisse.

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[aossnLin] LE P, DE BONNÉCAMPS 87

autre, au profit de la science, de l'instruction de ses élèves et de In réputation du collège de Québec!

Puis, rentré dans sa cellule, il reprenait ses études avec une ardeur toujours nouvelle, et travaillait à rendre son enseignement de plus en plus pratique et proportionné aux besoins des temps.

Les catalogues et les documents de l'époque nous le montrent sans interruption professeur de mathématiques et d'hydrographie depuis son arrivée au collège de Québec jnsqu'à son départ pour la France en 1759.

Ils nous le montrent aussi occupé au ministère des âmes, confessant à l'église, dirigeant dans la voie du bien les citoy. ns qui s'adressaient à lui. Peu de temps avant son voyage au fort Frontenac pour y faire des observations astronomiques, il y avait eu un jubilé à Québec :* le P, de Bonnécamps recueillit sans doute une riche moisson spirituelle avant d'aller récolter celle de la science.

Une seule année (1757), le nom du P, de Bonnécamps disparaît du catalogue.... Le père était passé temporairement en France dans lecours de l'automne. Quel était le but de son voyage ? Il y avait quinze ans qu'il était au Canada—Quindecim annos, grande mortalis œvi spatium”, — il y avait dix ans qu'il avait fuit, le 8 décembre 1746, dans l'église des jésuites à Québec, la profession solennelle des quatre vœux‘, en présence du P, de Saint-Pé, alors supérieur des missions de l'Amérique, et des PP, Floquet ! Le 20 juillet 1753, le R. P. Billiard reçut commission pour faire les fonctions de géographe du Roy ‘‘en l'absence du P, de Bonnécamps ”,

* Le jubilé universel de Benoit XIV. Il ent lieu à Québec du 16 janvier au 15 juillet 1752. (Mandements des Evéques de Québec, t, II, p. 83.)

* Tacite, Vita Agricole,

* Ces quatre vœux solennels sont ceux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et le vœu spécial d'obéir au moindre signe de la volonté du souverain pontife pour aller dans les missions étrangères ou n'importe où le vicaire de J.-C. voudrait les envoyer. Les jésuites qui font la profession solennelle des quatre vœux sont appelés profès. C'est parmi eux que le général et les provinciaux sont choisis,

5 René Floquet, né le 12 septembre 1716, entra dans la Compagnie de Jésus le 6 août 1735. Il était de la province d'Aquitaine. Il arriva au Canada le 17 août 1744, et fit la profession des quatre vœux dans l'église des jésuites à Montréal le 16 juillet 1752, 11 mourut à Québec le 18 octobre 1782.

Il était à la résidence de Montréal en 1775, et fut accusé de favoriser la cause de l'indépendance américaine. De fait, il est question de lui dans une lettre d'un officier américain, Moses Hazen, à son ami Antill. Cet officier, envoyé à Montréal pour soulever les Canadiens, se plaint un peu des obstacles qu'il rencontre, et ajoute : “Père Floquette has assisted by giving them (the Canadians) absolutions when every other Priest refused. He has now the name of my chaplain...."

Il est question aussi du P. Floquet dans une lettre de M. Monfortcn, adressée de Détroit à M. Cerré aux Illinois, M. Monforton, parlant de l'indépendance, que les Américains n'ont pu acheter que ‘“ par l’effusion du sang”, l'appelle une idole: ‘ Cette idole, dit-il, à laquelle ils ont sacrifié tant d'innocentes victimes, n'a à présent que trop d'adorateurs dans cette partie de l'Amérique, au nombre desquels on a compté le P.IFloquet. S'il est coupable de quelque trahison, il a été sans doute d'autant plus dangereux que sa correspondance a été trop longtemps cachée. En ce Cas, ceux qui font quelque connaissance de l'institut de sa Compagnie de Jésus,

ot Canot !, Il est probable qu'il avait demandé et obtenu de ses supérieurs la permission d'aller revoir son pays natal, d'aller se retremper au foyer fraternel de la maison Frofesse à Paris, de prendre quelques mois de repos dont sa santé pouvait avoir un grand besoin, ?

[quitta Paris le 25 mars 1758 pour retourner au Canada, et alla s'embarquer à la Rochelle * avec le P, de Glapion*, Ils arrivèrent au bout de quelques semaines à Québec ; et l'on trouve leurs noms sur le Catalogue de 1758, Le P, de Bonnécamps y figure de nouveau comme professeur d'hydrographie au collège.

Hélas ! la Nouvelle-France était à la veille d'une grande catastrophe, que faisaient prévoir depuis longtemps l'épuisement de ses forces intérieures et les attaques acharnées et persévérantes de ses ennemis,

La guerre est Partout, à Louisbourg, à Curillon, au fort Duquesne à Frontenac : les jeunes gens, les chéfs de famille s’enrôlent dans les cadres de nos officiers et courent à la défense de la patrie,

Tout est en souttrance, l'agriculture, l'industrie, le commerce, Los familles, réduites à l'indigence, n'ont guère le temps de songer à l'éducation et à l'instruction de leurs enfants,

On se figure aisément la désastreuse influence de toutes ces circonstances sur le cours d'études classiques au collège de Québec en 1758. Les classes du P, de Bonnécamps n'étaient-elles pas désertes ? N'était-il

revenu au Canada que pour assister à In ruine de tout ce qu'il avait de plus cher ?

doivent savoir la différence qu'il y a entre un franc jésuite et un jésuite franc..." (Archives du Canada, Collection Haldimand, B, voi. CXXII, p. 181; vol. XX VII, p. 398.)

Nous avons lu les lettres d'explications, d'excuses et de soumission du P, Floquet à l'évêque de Québec, Mer Briand, qui l'avait interdit : elles respirent une grande cundeur et le plus sincère esprit religieux.

! Claude-Joseph-Marie Canot arriva à Québec en 1740, en même temps que Mer de l'Aube-Rivière. 11 était professeur de théologie au collège en 1746 et 1749. On connaît/la ‘Relation du voyage de feu Mr de l'Aub:-Rivière et de sa mort : lettre écrite de Québec le 30 août 1740 par le P, Canot, jésuice de Dôle ë,

: Le sieur Pellegrin reçub une commission d'hydrographe pendant l'absence du P, de Bonnécamps ; elle est datée du 10 septembre 1757.

* Archives du collège Sainte-Marie de Montréal,

* Augustin-Louis de Glapion était à Québec comme simple scholastique en 1746, et partit l’année suivante pour alier faire sa théologie au collège Louis-le-Grand à Paris. Il mourut À Québec le 24 février 1790: ‘Issu d'une famille noble et ancienne, .. . il n’était pas moins estimable par la bonté de son cœur que par sa naissance et ses talents. Le clergé perd en lui un prêtre zélé, pacifique, et un fervent religieux ; les hôpitaux, un soutien aussi généreux que compatissant.” (Les Ursulines de Québec, t. III, p. 346.)

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[aossezin] LE P, DE BONNÉCAMPS 59

En 1759, la situation ne fit que s'assombrir : et les classes du collège, fermées lorsque commença le siège,' ne se rouvrirent plus......*

Le Catalogue de 1759 ne mentionne plus le P. de Bonnécamps parmi les pères résidant au Canada, Il était repassé en France. Mais à quelle date? Il est probable qu'il ne s'éloigna de Québec que dans le cours de l'automne, après la capitulation, avec la plupart de ses confrères,' emportant le souvenir de toutes les horreurs du triste et long siège auquel il lui avait été donné d'assister, la lugubre image de ln cathédrale de Québec incendiée, l'image surtout de son cher collège et de sa chère église tristement ruvagés par les boulets de l'ennemi, de cette église où il avait prononcé ses vœux, de ce collège où il avait enseigné durant tant d'années,.t

Il aïla résider à Caen, dans le collège de la Compagnie de Jésus, et y enseigna les mathématiques, C'est là que le surprirent les décrets de 1762, supprimant la Compagnie et enlevant aux jésuites le droit d'enseiguer en France.

A partir de cette date, on ne retrouve nulle part le nom du P, de Bonnécamps. Il n'est pas dans l'Etat des Jésuites du Ressort du Parlement de Paris en 1762, et l’on ne connaît ni l'endroit ni la date de la mort

1 # Dès le commencement du siège de cette ville en 1759, les classes furent fermées, et les élèves s'enrôlèrent pour la défense de la place.” (Notice historique sur le Petit Séminaire de Québec, dans l'Abeille, t, IX, n° 13.)

2M. Pressart, supérieur du séminaire de Québec, et M. Gravé suivirent Mer de Pontbriand à Montréal, avant la fin du siège. Les ecclésiastiques et les écoliers ui en avaient le moyen en firent autant, de sorte que M. Pressart crut pouvoir continuer les conférences de théologie, pendant que M. Gravé instruisait les philosophes, La mort de l’évêque (8 juin 1760), suivie de la capitulation de Montréal, déspersa ce qui restait d'élèves...

‘ En 1765, au commencement d'octobre, le Petit Séminaire recommença à prendre des pensionnaires, Il y avait six ans, c'est-à-dire depuis le siège de Québec en 1759, qu'il n’y en avait point eu,

‘* Le premier dont le nom se présente sur la liste est Michel-Ignace de Salaberry, de Beauport, âgé de 13 ans....C'est le père du he:5° de Châteauguay.

‘ En 1768, le Petit Séminuire, jusque là exclusivement composé de pensionnaires, fut modifié de manière à admettre les externes, qui autrefois allaient chez les Jésuites. Le collège de ces religieux avait été changé en casernes... .” (Zbid.)

# Knox écrit, à la date du 13 novembre 1759 : ‘‘ T'he J'esuits have received orders to depart the town as soon as possible", (Knox's Historical Journal, 5. II, p. 179.)

De son côté, Mer de Pontbriand écrivait, à la date du 5 novembre : ‘‘ Les prêtres du séminaire, les chanoines, les Jésuites sont dispersés dans le peu de pays qui n'est pas encore sous la domination anglaise.” (Les Evêques de Québec, par Mf' Têtu, p. 252.)

+ “L'église cathédrale a été entièrement consumée, Dans le Séminaire, il ne reste de logeable que la cuisine, où se retire le curé de Québec (M. Récher) avec son vicaire.... L'église de la Basse Ville est entièrement détruite; celles des récollets, des jésuites et du Séminaire sont hors d'état de servir, sans de très grosses réparations.... Le palais épiscopal est presque détruit et ne fournit pas un seul appartement logeable ; les voûtes ont été pillées. Les maisons des récollets et des jésuites sont à peu près dans la même situation ; les Anglais y ont cependant fait quelques réparations pour y loger des troupes.” (Zbid.)

de cet homme de bien. Il est probable qu’il continua à résider à Caen, se mit à la disposition de l'évêque de l'endroit, et se rendit utile mort dans le ministère sacerdotal.

“Les jésuites, privés du droit d'enseigner et de se réunir, dit le P. de Rochemonteix, se dispersèrent dans les villes et dans les campagnes; continuant à faire le bien par la prédication et par la confession, fidèles à la direction qui leur venait de Rome. Les évêques les prirent partout sous leur haute protection et les employèrent le plus possible dans les fonctions du saint ministère. Ils vivaient dans la pauvreté, beaucoup même parmi eux dans la misère, mais leur zèle ne restait pas inactif.” !

jusqu'à sa

Il y a quelques années, alors que l'on achevait de démolir le vieux collège des Jésuites à Québec, notre distingué collègue de la Société royale, M. Faucher de Saint-Maurice, écrivait :

“ Dans quelques jours, il ne restera plus rien de ce qui fut, pendant cent quatorze ans, l'a/ma mater de l'Amérique du Nord. Plus vieux d'une année que le collège de Harvard, près de Boston, celui des Jésuites de Québec n'existera plus maintenant-que dans les souvenirs de ceux qui ont la fierté de leur passé.

“Avant qu'il ne disparaisse complètement, la province de Québec ne doit-elle pas une marque de souvenir à ceux qui furent ici les plus vaillants et les plus saints d’entre les vaillants et les saints ; à ceux qui, sans espoir de reconnaissance en ce monde, ont travaillé sans relâche pour Dieu Pour la patrie, et qui, tout en s'ignorant eux-mêmes, furent des héros, des savants et des martyrs ? ”

Puis il ajoutait :

“ Une chapelle ou un monument élevé sur le terrain occupé jadis par le collège, et construit aux frais de la province de Québec, ne serait-il pas une marque convenable de so respect et de son pieux souvenir ?.,., Un monument où un édifice religieux rappelant à l'Amérique du -Nord les noms de tous les pères, de tous les frères Jésuites qui ont illustré l'ordre dans la Nouvelle-France, ne serait-il pas la meilleure manière d'enseigner l'histoire aux générations à venir, et ne servirait-il pas, autant que n'importe quel autre moyen, les fins de l'instruction publique dans Ja province de Québec ? ”?

Quinze ans se sont écoulés depuis que ces nobles paroles ont été écrites; et rien n’est encore fait... Patientons. L'idée exprimée par ne à a

1 Le Collège Henri IV de la Flèche, t, IV, p. 314,

* Rclation de ce qui s'est Passé lors des fouilles faites Par ordre du gouverne. ment dans une partie des fondations du collège des Jésuites le Québec, 1579,

er à Caen, se le jusqu'à sa

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campagnes; ion, fidèles à ‘ent partout ble dans les é, beaucoup nactif.” !

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[aosseLin] LE P. DE BONNÉCAMPS 61

M. de Saint-Maurice est trop belle et trop généreuse pour se perdre. He aura bien été remarquée et saisie par quelques-uns de 08 ne pa . les plus éminents : elle germera tôt ou tard dans leur âme, et produira 8 FL espérons-le, on le verra un jour, ce monument, à Fat ch s'élevaient ce collège et cette magnifique église, que tout le monde regre ; On y verra écrits en lettres d’or les noms des premiers es à ‘ notre pays, des premiers éducateurs de la jeunesse canadienne ; : ] 2 ces héros, ces martyrs, ces apôtres, ces savants distingués, on lira reconnaissance et amour le nom du P. de Bonnécamps.

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