‹ Les jésuites au Collège d' Autun, 1618-1763Chapitre 1 sur 94 · QUAI MALAQUAIS · texte numérisé non relu

QUAI MALAQUAIS

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EXTnAIT DES MEMOIRES DE LA. SOCIETE EDUENNE TOME XIII. (nouvelle SÉRIE).

HARVAW UNIVERSITY

UBRAR-Y APR 8 1969

Jusqu'à la fin du seizième siècle, Tinstruction secondaire en France était presque partout entre les mains de l'industrie privée qui l'exerçait avec le concours et sous le contrôle intermittent, irrégulier, souvent litigieux, de certains corps ecclésiastiques et séculiers. Sauf dans quelques grandes villes où, grâce à d'anciennes fondations particulières, les collèges avaient pu s'établir à l'ombre des universités, compter des maîtres illustres ou tout au moins suffisants et acquérir une renommée souvent méritée, partout ailleurs elle se trouvait au poul^oir de gradués sans grande responsabilité, qui, à la suite d'un traité passé avec les villes et les chapitres, prenaient en main la direction de l'enseignement pour un temps déterminé, généralement assez court, et qui excédait rarement six ans.

Les collèges qui devaient l'existence aux fondations privées, emprisonnés dans des règlements dont les plus récents remontaient au quatorzième siècle, se trouvaient impuissants à satisfaire les besoins nouveaux que la Renaissance avait fait naître et que leurs fondateurs n'avaient pas prévus. Alors que partout autour d'eux l'esprit humain avait pris des ailes,

eux seuls continuaient à ramper dans les mêmes sentiers en

récitant les mêmes formules : au sein d'une société rajeunie et de moins en moins disposée à les entendre, ils présentaient l'image d'une incurable décrépitude.

S'ils périssaient ainsi par l'excès d'une réglementation surannée, les autres, abandonnés à une liberté stérile sinon nuisible aux études, voyaient renseignement, les méthodes et la discipline changer avec des maitres qui se succédaient incessamment, sans qu'aucune autorité supérieure pût faire prévaloir certaines traditions comme un remède à cette rapide succession de personnes et de direction.

Dans quelques-uns donc, une immobilité qui ne pouvait se prêter au mouvement universel et incessant des esprits ; dans le plus grand' nombre, une instabilité qui compromettait à la fois les études et la discipline. Des deux côtés, une égale impuissance à satisfaire ce goût plus vif et plus général pour Tinstruction que la Renaissance avait contribué à répandre.

A ces causes de défaillance, il convient d'ajouter cette longue durée des guerres civiles pendant lesquelles tout était allé à une dérive générale. Les études s'étaient particulièrement ressenties de ce tumulte prolongé des luttes politiques et religieuses et de ces querelles des partis. Pendant quarante ans la France avait cessé d'être élevée. Écoutons sur ce point la parole autorisée de M. Poirson : « Quand Henri IV rentra dans Paris, il trouva tout l'enseignement secondaire et supérieur anéanti par le gouvernement de la Ligue et par l'effet de la guerre qu'elle avait si longuement entretenue dans le royaume. Les élèves avaient fui les collèges ou en avaient été expulsés ; les classes de ces établissements envahies par la soldatesque avaient été transformées en corps de garde, ou étaient devenues la retraite des paysans et de leurs troupeaux, chassés de la campagne pendant le siège de Paris et le long blocus qui avait suivi ce siège : les professeurs, au lieu de donner leurs leçons, avaient été contraints par les gouverneurs à monter la garde

et à faire le guet. Les cours des lecteurs ou professeurs royaux, qui formaient en grande partie renseignement supérieur, avaient cessé, et sur quatorze de ces professeurs qui auraient dû être en exercice, cinq au plus se trouvaient à Paris au moment de la reddition de la ville. C'était un enseignement à rétablir presque de fond en comble*. » Si la situation était telle à Paris, où les moyens de réparation sont plus faciles et plus abondants que partout ailleurs, quelle devait-elle être au fond des provinces où la désorganisation est plus rapide et plus profonde, la restauration plus lente et plus difficile ?

Quel pouvait être le remède? Quel instrument employer au rétablissement des études? D'une part, l'ancien régime scolaire anéanti et qu'il ne fallait pas songer à ressusciter ; (îautre part, l'État qui n'était nullement préparé à une pareille œuvre et qui ne pouvait ajouter le fardeau de l'enseignement aux charges de toute sorte que la guerre civile lui avait laissées et sous lesquelles il était près de succomber. Le besoin du moment était celui d'écoles également ouvertes à la règle et au mouvement et susceptibles de se prêter à la fois aux principes fixes dont se compose l'éducation et aux diverses connaissances que réclament les générations successives.

L'institut des Jésuites, qui avait eu la Renaissance pour berceau et qui avait déjà fait ses preuves, se présentait à point pour recueillir cette succession en déshérence, pour répondre aux besoins nouveaux et concilier cette autorité forte et cette mobilité salutaire, ce principat et cette liberté dont l'union, précédemment inconnue, n'est pas moins nécessaire à faire régner et n'est pas moins difficile à obtenir dans l'éducation de la jeunesse que dans le gouvernement des États.

Une des tâches sociales de l'institut monastique avait été,

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