‹ Les jésuites au Collège d' Autun, 1618-1763Chapitre 2 sur 94 · Poirson, Histoire du règne de Henri IV, t. III, p · texte numérisé non relu

Poirson, Histoire du règne de Henri IV, t. III, p

au moyen âge, de restituer à l'agriculture les campagnes désertes que, dans sa chute, l'empire avait abandonnées à l'envahissement des barbares et des forêts, et d'attacher à ce sol défriché et fertilisé les populations que l'invasion avait rendues errantes et dispersées. De même, au dix-septième siècle, la tâche sociale des Jésuites fut de rendre à l'étude, au travail, aux bonnes mœurs et à la France des générations que cinquante ans de guerres civiles avaient détournées de toute discipline intellectuelle et morale. C'est ce que comprit Henri IV, qui voyait de loin et dont l'esprit, ferme et large, s'élevait si fort au-dessus de ses contemporains, quand, malgré l'opposition et les préjugés de ses conseillers^ il rétablit les Jésuites * à qui il devait, quelques années plus tard, confier son cœur, comme aux plus dignes de recevoir ce précieux dépôt et à ceux qui avaient avec lui le mieux compris et le mieux satisfait les besoins de la France nouvelle. Pour seconder les grands desseins que son génie avait conçus, il fallait des générations formées à la discipline et au travail, et nul ne lui parut plus propre que l'institut des Jésuites pour donner à l'éducation de la jeunesse une telle direction.

Le résultat ne trompa pas ses espérances. A la renaissance toute païenne que l'Italie avait connue au seizième siècle, succéda en France, au dix-septième, une renaissance toute chrétienne et française dont les Jésuites furent avec saint Vincent de Paul, avec M. de Bérulle et avec M. OUier, le principal et le plus actif instrument, au point que, depuis Corneille, élevé dans leur maison de Rouen en 1618, et Molière dans leur collège de Clermont, à Paris, en 1640, on peut dire que presque tout le siècle de Louis XIV est sorti de leurs mains.

L'éducation donnée par les Jésuites ne consistait pas à s'adresser à V homme en général, c'est-à-dire à un être abstrait

1. Par lettres patentes du mois de septembre 1603, vérifiées et enregistrées au parlement de Paris le 2 janvier 1G04.

et idéal, susceptible d'entendre un seul et unique langage, mais à des hommes, à des êtres divers et très différents. Leur grand art était d'abord de développer les qualités natives de chaque race, et non pas de faire des Allemands avec des Français, comme certains idéologues tentent de le faire aujourd'hui; et ensuite de cultiver les aptitudes de chaque individu. C'était en quelque sorte une éducation particulière dans une éducation générale : système bien supérieur à l'application du même régime à toutes les races, à tous les caractères et à toutes les intelligences ; bien supérieur surtout à ce régime de réformes hâtives et confuses, aussitôt abandonnées qu'entreprises, susceptible d'aboutir, sinon à la perte totale, au moins à l'affaiblissement déjà sensible de l'esprit national.

A cette intelligence des aptitudes et des besoins de chaque race et de chaque individu, s'ajoutait une discipline tempérée . par l'affection et qui s'établissait d'autant plus facilement parmi les écoliers qu'elle régnait d'abord parmi les maîtres. Grand exemple, quand ceux qui sont appelés au commandement sont aussi appelés à l'obéissance et fournissent euxmêmes le modèle des vertus qu'ils enseignent.

Les Jésuites n'eurent pas moins de supériorité dans l'instruction que dans l'éducation. Les premiers, ils comprirent l'action que l'étude des chefs-d'œuvre de la littérature antique pouvait ^voir sur la formation de l'esprit et, dans leurs écoles, la lecture, la traduction, le commentaire et l'imitation des auteurs grecs et latins, devenus ainsi les classiques, formèrent et sont restés la base de l'enseignement. A ce commerce avec les écrivains de l'antiquité, l'esprit français a acquis une netteté dans la forme, une justesse dans l'expression de la pensée, une fermeté d'allure qui l'ont toujours distingué. Il est resté l'élève des classiques et il ne s'en affranchit quelquefois que pour mieux retomber ensuite sous le charme et reprendre bien vite le chemin de cette maison paternelle où il a grandi.

Comme Téducation, rinstruotion avait quelque chose de vivant et d'animé. Dans les classes, le précepte est immédiatement mis en pratique et la voix de l'écolier se fait entendre autant et plus que celle du maître. Chaque exercice est une composition, une lutte qui s'établit et dans laquelle le vainqueur prend la place et le rang du vaincu. L'élève de la décurie supérieure, qui récite, est repris, sans livre, par l'élève de la décurie inférieure qui cherche à prendre son camarade en défaut de mémoire pour le supplanter. Même combat pour l'explication des auteurs. Dans la correction du devoir, les écoliers relèvent les fautes de style ou de traduction qui ont été commises et chacun devient maître à son tour. Dans la lecture à haute voix des auteurs, chaque écolier est successivement appelé à faire la critique grammaticale ou littéraire, critique que ses camarades peuvent reprendre et critiquer eux-mêmes, s'il y a lieu*^. Par ces moyens, l'attention est toujours tenue en éveil, l'émulation entretenue et l'intérêt sans cesse soutenu et excité et, avec tout cela, un entrain et une gaieté qui ne laissent aucune place à la lassitude ou à l'ennui. C'est ainsi que le concours d'un institut fort presque en naissant, discipliné au point de prévenir toute défaillance et toute cause de relâchement, ouvert aux méthodes nouvelles, préparait à l'enseignement en France une renaissance telle que peu d'époques en ont connu une semblable.

AutUn eut aussi sa part dans cette renaissance et, à dire vrai, nulle ville n'en avait plus grand besoin parce que nulle part la décadence des études n'avait été plus profonde. Mais avant d'exposer les circonstances qui favorisèrent l'établissement des Jésuites à Âutun, il y a lieu de faire connaître la situation dans laquelle se trouvait l'enseignement à la fin du seizième siècle et dans les premières années du suivant.

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