Paris, 1880, in
Ce programme, imprimé en forme de grand placard in-folio, est orné en tête de trois vignettes : au milieu et dans un cartouche, le monogramme de la Compagnie de Jésus, I. H. S., avec la légende Nomen Domini laudabile; à droite, la figure du fondateur de la Société, b. p. ignatius de loiola; à gauche, celle de l'apôtre des Indes et du Japon, B. p. FRANGiscus xAVBRius. La suitc fait connaître le titre, le sommaire des actes et le nom des écoliers qui prirent part à l'exercice.
La pièce a pour titre : Leodegarius Heduorum episcopus, ex Sigiberto, Ursino, nec non vetustis S. Laza/ri urbis patroni monv/mentis *. Au premier acte, Ebroïn et saint Léger sont réunis au monastère de Luxeuil qui leur sert de prison. Ebroïn rêve de reprendre son rang de maire du palais, dont il a été déchu, de substituer au roi Childéric, récemment massacré, un prétendu fils de Clotaire, du nom de Clovis, et de se débarrasser, par le meurtre, de Févêque d'Autun qu'il hait comme l'auteur de sa disgrâce et l'adversaire de ses projets. Pendant que, sous Tinspiration du démon, Ebroïn forme ce complot à l'aide de Dodon, de Waimer et de quelques autres complices de ses desseins, les magistrats d'Autun viennent trouver saint Léger pour l'inviter à revenir au milieu d'eux. Au moment du départ, la vue d'une comète semble présager un désastre prochain. L'évêque échappe aux sicaires apostés pour l'assassiner. Ebroïn s'élance à sa poursuite après avoir proclamé roi Clovis III, et se prépare à assiéger Autun.
Le second acte se passe à Autun où saint Léger est accueilli par les acclamations de tout le peuple. Au milieu de ces transports de joie, on annonce l'arrivée d'Ebroïn, qui l'a suivi de près et qui se dispose à assiéger la ville. Les citoyens se réunissent, tiennent conseil et prennent la résolution d'opposer la force à la force. Pendant ces préparatifs de la
1. V. plus loin ^ pièce n*» 8, ce programme que nous reproduisons d'après l'exemplaire que possède la bibliothèque de la Société Eduenne.
résistance, un messager est envoyé au dehors pour connaître les intentions d'Ebroïn qui a répondu que saint Léger seul était Tobjectif de la guerre, et non la cité. A cette réponse, pour mettre fin à la lutte et épargner à la ville les horreurs d'un assaut, le saint évêque se décide à se remettre entre les mains de son ennemi, malgré les prières et les larmes du peuple qui tente vainement de s'opposer à ce sacrifice. A peine arrivé au camp d'Ebroïn avec son compagnon, le fidèle Théophile, ils sont l'un et l'autre privés de la vue et remis au pouvoir de Waimor qui a reçu Tordre d'abandonner T évêque à la dent des bêtes féroces.
Au troisième acte, le duc Waimer, touché de repentir, se refuse à pousser plus loin la vengeance d'Ebroïn : il met en liberté saint Léger. Le prétendu Clovis III est puni par l'abandon d'Ebroïn qui se rallie à la cause de Thierry et emploie le pouvoir du nouveau roi à faire poursuivre saint Léger, son frère Warin et le duc Waimer.
Le quatrième acte est destiné à mettre en scène le triomphe, la vengeance et le châtiment d'Ebroïn. Celui-ci exerce le souverain pouvoir au nom de Thierry III. Saint Léger et Warin lui sont amenés. Il donne l'ordre, bientôt exécuté, de les mettre à mort : l'un est décapité et l'autre lapidé. Mais sa hauteur et son insolence ont excité la haine du comte Hermenfrid qui s'empare de sa personne et le met à mort.
Il semblerait que le drame dût finir ici : mais convenait-il que l'action se terminât par tous ces meurtres, sans que la sainteté de saint Léger ait trouvé sa récompense et que les crimes d'Ebroïn aient reçu leur châtiment? Le cinquième acte est destiné à l'accomplissement de cette justice posthume. Il était également à propos de ne pas laisser l'imagination des jeunes auditeurs sous la sombre et décourageante impression de tous ces supplices. Pour le chrétien, d'ailleurs, le véritable dénoûment du drame humain ne s'accomplit pas ici bas. Le corps de saint Léger est porté
avec pompe par les habitants fle ces trois régions, du Poitou, d'Autun et de TArtois, auxquelles se rattache lé grand évêque par son origine, son épiscopat et son martyre. Dans la foule se trouve aussi le compagnon de saint Léger, Théophile, privé delà vue, guidé par son ange gardien, et regrettant de n'avoir pas partagé de sort de son maître. Tout à coup se fait entendre la voix des démons qui entraînent le misérable Ebroïn au fond des enfers. L'ange évoque Tombre de saint Léger, de son frère Warin et d'Ebroïn, qui se retrouvent ainsi en présence. Le tribunal se dresse ; Pange, armé du glaive, remplit Toffice déjuge. Ebroïn comparaît : accusé, convaincu, malgré ses excuses, ses prières, ses supplications, il perd son procès et est condamné au feu éternel. Le sol s'entreouvre, laissant apercevoir les flammes qui s'en échappent, et Ebroïn disparaît dans Thorrible gouffre. Mais pour ne pas laisser le spectateur sous l'impression de ce lugubre dénoûment, le drame se termine par un divertissement en musique, destiné à représenter et à célébrer le triomphe de l'Église d'Autun vengée de l'oppression que la tyrannie d'Ébrdïn faisait peser sur elle.
Tel était cet exercice dramatique, qui tenait à la fois de la tragédie, par le côté historique du sujet et par le dénoûment, et de l'ancien mystère par le mélange du merveilleux, l'intervention des anges et des démons, le jugement et la con^ damnation du coupable après sa mort ; le tout terminé par le triomphe de l'Église d'Autun, au bruit des chants et au son des instruments, de façon à satisfaire à la fois l'esprit, les oreilles et les yeux. Mais c'était en réalité moins un retour aux anciens mystères du moyen âge qu'une tentative pour échapper à l'inévitable thème grec ou latin et arriver au drame national à l'aide des sources les plus authentiques de notre histoire.
L'auteur de cette tragédie nous est inconnu. Nul doute qu'un des professeurs du collège n'ait eu une grande part à l'œuvre, et que les élèves eux-mêmes n'aient composé la
plus grandie partie de leur rôle sur un thème préparé et disposé pour servir de cadre aux différentes scènes de l'action : œuvre commune qui unissait l'art du maître au savoir-faire des écoliers et mettait ainsi en évidence le mérite de chacun. Plus loin, nous trouverons encore d'autres exercices semblables à celui-ci.
En 1659, le P. Jean le Moleur exerçait les fonctions de procureur du collège. Au P. Bompain succéda comme recteur le R. P. Louis Marie, en 1660. On possède de lui un Carmen iambicum^ assez étendu, qu'on lit au commencement des Flores historix sacri collegii cardinalium, par Louis Doni d'Attichy, évêque d'Autun *. Ce Carmen est suivi d'une autre petite pièce de poésie latine, en l'honneur et à la louange du même prélat, par le père Claude Valon, professeur au collège d'Autun.
Par son testament olographe, en date du 12 juin 1662, Jacques Dupasquier, curé de Dracy-Saint-Loup, légua tous ses biens au collège, dans le but de faire donner des missions par les Jésuites dans les différentes paroisses de la ville. « On ne doit pas s'occuper aujourd'hui de cette fondation, écrit M. Leseure en 1789, parce qu'elle n'a pas été faite pour être exécutée à perpétuité, mais seulement jusqu'à concurrence des biens du fondateur, et il est à croire que les Jésuites ont rempli à cet égard la volonté du curé de Dracy- Saint-Loup. )) 2
Le P. Louis Marie, mourut à Auxerre, le 1 1 septembre 1665. Son successeur fut le R. P. Nicolas Gaudet. Celui-ci avait fait profession le 2 février 1639. Il occupait encore les fonctions de recteur du collège d'Autun en 1668 et mourut à Sens, le 7 mai 1676. Le P. Henri Jeannon remplissait, en 1670, l'office de procureur dans lequel il fut remplacé par le P. Patriarche qui le conserva jusqu'en 1733. Au P. Nicolas Gaudet succéda comme recteur le R. P. André Dupérier.