Reg, capit
2. Étienne-Guy Charton, peintre, élève d'Oudry, habitait Autun où il mourut dans un âge très avancé, le 6 juin 1768. V. la Société d'Autun au milieu du dix-huitième siècle, par M. Harold^de Fontenay, p. 16 et 54.
qui était de la partie, se chargea de faire une requête en vers et imagina sans doute la scène suivante qui ne serait pas le moins agréable de ses tableaux si, à la plume, il eût aussi joint le pinceau : « Comme le temps pressoit, nous dit-il dans le recueil manuscrit de ses poésies légères *, et que ces vers furent faits à la hâte, Madame de Parpas n'eut pas le temps de les apprendre par cœur ; mais au retour de la promenade, nous la trouvâmes assise au bord d'une agréable fontaine bordée d'un vert gazon, un grand mouchoir blanc à la main sur laquelle elle étoit appuyée dans l'attitude d'une personne désolée. A notre abord, elle se leva, présenta le papier au père recteur et joua son rôle avec les grâces naturelles à une jeune personne de quatorze et quinze ans, jolie et aimable. » Après avoir vu la scène, écoutons le poète :
Requête au R, P. Le Poutre, recteur des Jésuites, présentée par Madame de Parpas, le 2 octobre 1748, à Parpas où il passa huit jours avec son Académie et Vauteur des vers. C'est la nymphe de Parpas qui parle :
Recteur autant aimé que vous êtes aimable, Délices des mortels qui vivent sous vos lois, Accordez à nos vœux un succès favorable,
Ils vous parlent tous par ma voix.
Dans ces paisibles lieux, tout conspire à vous plaire; Les zéphyrs en automne ont fixé le printemps. Moi-même j'ai rendu mon onde tributaire ^
Afin d'amuser vos moments.
Les champs à votre aspect ont repris leur verdure, Pomone de ses dons enrichit la nature,
Comus abandonnant les cieux
Et laisant le soin de la table
Du souverain maître des dieux,
Charmé de votre air agréable
1. Recueil ms. appartenant à M. Harold de Fontenay, p. 151, 152.
2. € La rivière d'Arroux passe au bas de Parpas ; on y faisoit pécher tous les jours. » {Note de Char ton,)
Au séjour de roiympe a préféré Parpas
Et préside à tous vos repas.
De votre présence flattée, Je goûtois un plaisir jusqu'alors inconnu,
Et de plus en plus enchantée, Je croyais l'âge d'or sur mes bords revenu.
Mais de quelle affreuse nouvelle
Frappe-t-on mes sens étonnés?
Jamais douleur pour moi fut-elle plus cruelle? Quoi! c'est demain, hélas, que vous m'abandonnez! Recteur autant aimé que vous êtes aimable, Délices des mortels qui vivent sous vos lois, Accordez à nos vœux un succès favorable,
Ils vous parlent tous par ma voix.
Différez de deux jours, hélas! ce n'est Je pense. Exiger trop d'efforts de votre complaisance.
A d'autres soins plus importants Vous vous devez ailleurs, je le sais, j'y consens; Mais seulement deux jours, vous nous donnez là vie, - La nymphe de Parpas tout en pleurs vous en prie.
Le père Le Pautre eût été infidèle à sa réputation d'homme aimable en se montrant insensible aux larmes poétiques de la nymphe de Parpas. « La requête fut appointée, » ajoute Charton, sans nous dire si Pappointement fut en vers ou en prose.
Nous avons encore du même Charton une seconde épître, adressée au père Le Pautre, « qui s'étoit chargé d'inviter à dîner avec luy, chez l'auteur, les deux régents de philosophie, et qui ayant différé de leur en parler, s'engagèrent ailleurs » :
Mons le Recteur, ma foi. Dieu vous bénisse!
Avec les gens on n'agit pas ainsi ; Auriez- vous fait tour si noir par malice?
N'espérez pas en obtenir merci.
Trop vous connaît aimable et galant homme Pour soupçonner en vous méchanceté; Mais je me vois, par votre faute, en somme.
Privé d'un bien dès longtemps souhaité.
Quoique soit belle ici la compagnie.
Deux nourrissons de la philosophie,
Et d'esprit vif et d'entretien charmant Y fourniroient un nouvel agréniient.
Vous le voyez que la perte est certaine :
Si faut-il donc qu'en souffriez la peine, Et par avis et par communs accords, De chaque main boirez six rouges-bords. *
Nul doute que le vin de Charton ne fût excellent et que ses verres ne fussent pas trop vastes. Mais douze rasades ! C'était mettre la tempérance du bon père à une bien rude épreuve. L'amende était un peu forte pour un religieux. Au moins la trouverions-nous telle aujourd'hui. Peut-être futelle l'objet de quelque commutation littéraire qui permit au P. Le Pautre de donner aux convives une satisfaction plus conforme à son état et à son esprit.
Le P. Le Pautre, qui occupa le rectorat en 1748 et 1749, mourut à Ensisheim, le 3 septembre 1759.
Il eut pour successeur le R. P. Barthélémy Smackers, né Liège, le 13 août 1684, admis dans la Compagnie, le 30 juillet 1702 et à la profession le 2 février 1718.
Parmi les professeurs distingués qui enseignaient alors au collège, nous citerons le P. Pierre CoUignon, né à Hubay, le 26 juillet 1682, admis dans la Compagnie le 18 septembre 1699 et à la profession, le 15 août 1716. C'est à lui que Crommelin attribue le mérite « d'avoir eu le premier l'idée de fixer les mesures sur une fraction du méridien. » ^
Si nous en croyons le même auteur, le savant Jésuite n'était pas moins homme de courage et de vertu que bon mathématicien. Il raconte qu'en 1754, l'un des lieutenants de Mandrin ayant voulu forcer l'entrée du collège pour s'emparer de la caisse de l'établissement, le père CoUignon s'offrit à sa rencontre et lui dit : « Vous n'entrerez pas tant