Recueil ms.|des poésies de Charton, fol
2. V. la Société d'Autun vers le milieu du diX'-huitième siècle, d'après les Mémoires de Crommelin, par H. de Fontenay, dans les Mémoires de la Société Éduennef nouv. série, t. VI, p. 425.
que je vivrai; tuez-moi, : j'ai quatre-vingts ans, vous ne m'ôterez que quelques jours ; je mourerai volontiers martyr de mon devoir. » Le brigand sourit, ajoute Crommelin, admira la fermeté du vieillard et la respecta, moins par peur de son adversaire que par crainte de se trouver pris au collège comme dans une sorte de souricière ^ Le récit est joli et, s'il nous était permis, comme à Virgile, de comparer les grandes choses aux petites, on pourrait trouver au père CoUignon, barrant le passage aux bandes de Mandrin, quelque ressemblance avec les vieux pontifes qui, sans autres armes que leur courage, saisissaient par la bride le cheval des chefs ennemis pour fermer aux barbares rentrée des cités. Mais faut-il croire Crommelin?
Dans son Astronomie populaire, Arago ne cite pas le P. CoUignon parmi les savants qui ont proposé de fixer les mesures sur une fraction du méridien terrestre: projet déjà conçu par Monten en 1670 et soutenu depuis par Cassini en 1720. ^
A regard de l'autre fait, il est certain que Crommelin n'était pas encore établi à Autun lors du passage de Mandrin et qu'il ne fut témoin d'aucun des événements dans lesquels il s'attribue une part et un rôle, par suite de son besoin de mettre sa personne en avant et de la mêler à tout ce qu'il raconte. D'un autre côté, dans les nombreuses procédures qui eurent lieu à la suite de cet événement, il n'est question ni de la tentative de pillage du collège ni du P. CoUignon dont le nom n'est même pas prononcé. Tout porte à croire que l'écrivain picard, bien digne d'avoir reçu le jour sur les bords de la Garonne, aura cédé à son penchant de donner, dans toute cette affaire, un rôle à un ami comme il s'en attribuait un à lui-même. Mais si ces deux traits sont dus à
1. V. te Société d* Autun, etc. (Mém, de la Soc, Éduennef nouv. série, t. VI, p. 425.)
2. V. Arago, Astronomie populaire, publiée par Barrai, t. IV, p. 73.
Timagination de Crommelin, ils permettent au moins de croire que le P. CoUignon avait assez de science et de courage pour qu'on ait pu les lui attribuer Tun et l'autre sans trop d'invraisemblance. Le P. Collignon mourut à Autun, le 13 janvier 1762.
Le P. Smackers exerça le rectorat en 1750 et années suivantes.
Nous trouvons à cette époque la mention d'un exercice dramatique dont le titre seul et la date nous sont restés :
SOSIPA[TER] TRAGEDIE EN CINQ ac[tes]. — LE PROVINCIAL REVENU [DE PARIS], comédie en trois actes, seront représentés par les Ecoliers du Collège d'Autun, de la Compagnie de Jésus pour la distribution solennelle des prix, fondée par Noble et Illustre personne feu messire François l'esveïllé desfosses, chanoine de Véglise Cathédrale. Les samedi 11 et lundi 13 août 1753, à une heure et demie, a autun, de l'imprimerie de vivant-françois cherveau, imprimeur du collège. '
Le P. Smackers fut remplacé en 1754, par Te R. P. Gabriel de Rosières, né à Saint-Mihiel,le 11 septembre 1690, admis dans la Compagnie, le 14 octobre 1705 et à la profession, le 2 février 1724, décédé au mois d'octobre 1779.
Au P. de Rosières succéda, en 1757, le R. P. Simon- Alexis Lefebvre, né à Langres, le 12 septembre 1694, admis dans la Compagnie le 3 septembre 1711. et à la profession le 2 février 1728. C'est à lui que revient Thonneur d'avoir commencé la construction de l'église du collège,'qui subsiste encore aujourd'hui, et qui fut élevée sur les plans de Jean Caristie, architecte d'origine italienne. Jean ou plutôt Jean- Baptiste Caristie appartenait à une famille dans laquelle il semble que le goût de Tarchitecture ait été héréditaire et qui a laissé une trace dans l'histoire de l'art français. Le premier auteur connu de cette véritable dynastie d'architectes,
1. Musée de la Société Eduenne. Une déchirure a enlevé une partie du titre»
Michel- Ange Caristie, originaire de la vallée de Sez et de la paroisse de la Ripe, au diocèse de Novarre, dirigea de 1741 à 1752 la construction de la nouvelle église de Tabbaye de Saint-Martin d'Autun. Jean-Baptiste, son fils, fut Tarchitecte de l'église du collège *. Leur descendant, le célèbre Caristie (Auguste-Nicolas), né à Avallon en 1783, élève de Percier, admis à l'Institut en 1840, fut l'auteur de la restauration de Tare de triomphe d'Orange et attacha son nom au rétablissement de plusieurs monuments antiques. La première pierre de l'église du collège fut posée avec une grande solennité, par la ville, le 26 avril 1757. M. Toussaint Roux, maire, avait été délégué pour la circonstance, ainsi que le constate la relation officielle suivante :
Cejourd'huy vingt-six avril mil sept cent cinquante sept, en la grande salle de l'hôtel de ville, à l'heure de huit du matin, ou étoient Messieurs Toussaint Roux, maire, ancien lieutenant général en la chancellerie, Bernard Lhomme, avocat, premier échevin, Philibert David, notaire royal et procureur au présidial, second échevin, Etienne Martenne, avocat, troisième échevin, Vivant-François Cherveau, greffier en chef du bailliage et siège présidial, quatrième échevin, Etienne Valletat, avocat, bailly de la chatellenie de Glenne, procureur du roy sindic, Lazare Lesort, ancien notaire royal et procureur, secrétaire de l'hôtel de ville, Etienne Missolier et Philibert Guillot, notaires et procureurs, substituts dudit procureur du roy sindic, Lazare Gondier, notaire royal, greffier de la mairie, et Joseph Fourats, receveur des deniers patrimoniaux et octrois de la ville, les révérends pères Simon-Alexis le Febvre, recteur, et Louis Habay, procureur du collège des révérends pères Jésuites, se sont présentés à la Chambre, où, après avoir fait compliment à Messieurs les maire, échevins et sindic au sujet du choix qu'ils ont fait de Monsieur le maire pour poser la première pierre de la construction de leur église qu'ils commencent, ils ont invité la Chambre de s'y transporter ce jourd'huy, à l'heure de neuf du matin, et ont présenté une table d'airin, sur laquelle ils ont fait
K V. ÊuUiot, Essai hisï, sur Vahbayè de Saint-Martin (VAutun, t. 1, p. Zli; et H. de Fontenay, Épigraphie autunoise, t. I, p. 339.
graver en chef les armoiries de la société dans le milieu, à droite celles de la ville, et à gauche celles de Monsieur le maire, avec une inscription dans les termes cy après :
Ânno reparatœ salutis mdcclvii
Hoc templum erectum est.
Primum lapidem posuit
Soror œmula Romae ^dua
D. Tussanus Roux vergobretus
D. Bernardus Lhomrae
D. Philibertus David
D. Stephanus Martenne
D. Viv. Franc. Cherveaut
D. Lazarus Lesort
D. Stephanus Yalletat
D. Stephanus Missolier
D. Philippus GuUlot
D. Lazarus Gondier
D. Josephus Fourats
R. P. Aloisyo Centurione preposito général! socielatis Jesu
R. P. Nicolaus du Port provincial!
R. P. Simon Alexis Le Febvre rectore coUegii.
Sur quoy Messieurs les maire, échevins et sindic ont remercié les révérends pères Jésuites de leurs attention et politesse et se sont rendus à l'heure marquée, précédés des timballiers et trompettes, et au bruit du canon, sur le lieu de la construction où étoient assemblés processionnellement les révérends pères Jésuites. Le recteur revêtu d'habits sacerdotaux a fait les prières accoutumées en pareil cas pour la bénédiction de la pierre et des fondements de Téglise, après quoy le sieur de Charmasse, étudiant en humanités au collège^, a complimenté Monsieur le maire, auquel il a remis la copie du compliment, et à l'instant Jean Garistie, architecte italien, a présenté à Monsieur le maire un tablier de satin blanc dont iiraceint,une truelle d'argent avec laquelle Monsieur le maire a mis le premier mortier, et a frappé la pierre avec un petit marteau d'acier, orné de rubans, ainsy que la truelle, dans laquelle pierre, posée à l'angle d'en bas faisant face sur le Champ-de-Mars, la table d'airin dont il a été parlé a été incrustée entre deux lames de plomb revêtues de deux petites planches, et ainsy placée par Monsieur le maire pour servir de monument, lequel a mis sur la pierre six louis d'or qui ont été retirés par l'architecte^ et ladite cérémonie finie, Messieurs les maire, échevins et sindic sont revenus dans le même ordre à Thôtel de ville, et à l'heure de onze se sont rendus en corps précédés comme auparavant des timballiers,
1 . Hugues Desplaces de Charmasse, dixième enfant de Hugues • Desplaces de Charmasse, conseiller secrétaire du roi, et de Marie-Louise Perrin de Cypierre, né à Autun le 17 mai 1739, décédé dans la même ville le 8 septembre 1811.
trompettes et sergents de ville, au collège des révérends pères Jésuites pour leur faire des remerciments de leur politesse et leur demander des congés de classe pour les écoliers, ce que le révérend père recteur a accordé, dont et de tout ce que dessus le présent acte a été dresé, au bas duquel le compliment fait par le sieur de Charmasse à Monsieur le maire sera registre.
Messieurs,
Qu'il est digne de vous, qu'il vous est glorieux
De jetter en ce jour à jamais mémorable,
Les fondements sacrés d'un temple vénérable
Que la religion florissante en ces lieux
Dresse au Dieu de la mer, de la terre et des cieux.
Vos pères autrefois, si vantés dans l'histoire.
Célèbres par leurs faits, plus fameux par leur foy,
Alliés des Romains, chers à ce peuple roy,
Plus puissants que les dieux dont ils se faisoient gloire
D'adorer la puissance et de suivre la loy,
Vos ancestres jadis par un aveugle zèle
Élevoient des autels à Janus, à Clbelle.
Maia bény soit le Dieu dont le flambeau divin Vous a*fait concevoir un plus noble dessein.
Venés, Messieurs, venés commencer un ouvrage Qui doit de plus en plus orner cette cité Et servir désormais d'éclatant témoignage Et de lieu convenable à votre piété.
Pour nous en admirant l'artiste habile ^
Dont l'art ingénieux et le savant travail
Graveront sur cet auguste portail
Les armes et les dons de cette illustre ville.
Nous n'oublirons jamais nos fameux fondateurs :
Leur générosité, leur rare politesse,
Leurs noms et leurs bienfaits, leur aimable sagesse
Vivront dans nos esprits, régneront dans nos cœurs. ^
Quelque disposition personnelle que nous ayons à l'indulgence pour ces vers d'écolier, on doit convenir que l'intention remporte sur la poésie.
D'après le plan d'ensemble conçu par les Jésuites, le collège devait avoir une étendue double de celle qu'il a actuellement : au centre, l'église et, du côté de la rue Saint- Saulge, un édifice semblable à celui qui existe sur la place du Champ. Mais les événements ne leur laissèrent ni le temps ni la faculté de le réaliser.
i. Il y a, dans le premier et le troisième vers de cette strophe, une omission qui vient sans doute d'une faute du copiste.
2. Reg, des délib, de la chambre de ville, vol. LXVIJ, fol. 10 et suiv.
Le P. Lefebvre eut pour successeur, en 1758, le R. P. François Gobert, né à Grandville, le 11 janvier 1694, admis dans la Compagnie le 20 mars 1714 et à la profession, le 6 mars 1729, décédé à Nancy, le 23 septembre 1783. Après lui, nous trouvons en 1760 le nom du R. P. Claude- Augustin Bichot. Celui-ci, né à Dijon, le l*'*" novembre 1704, admis dans la Compagnie le 11 mai 1722 et à la profession le 16 février 1738, avait prononcé le panégyrique de la B. Jeanne-Françoise Frémyot de Chantai, à la Visitation de Dijon, lors des fêtes qui eurent lieu à Toccasion de sa béatification, le 20 août 1752 (*). Le R. P. Bichot fut le dernier recteur du collège d'Autun.
De tous les ordres religieux, la Compagnie de Jésus était celui qui avait le plus résolument résisté à la contagion des sectes et de Tesprit philosophique du siècle dernier. Bien loin de se laisser entamer par aucun de ces adversaires du christianisme, elle les avait tous combattus avec plus ou moins de succès. En face de beaucoup de défaillances et de chutes elle restait tout entière debout, et sa force de résistance la désignait aux yeux de Tennemi comme l'ouvrage avancé qui devait être emporté le premier. Le moment de frapper le coup décisif était arrivé : Jam venit hora. Ni le souvenir des services rendus à Téducation, ni la difficulté de trouver un personnel prêt à recueillir un pareil héritage, ni les sentiments de la reconnaissance due à une société illustre entre toutes, qui avait fait connaître le nom, la religion, la langue et les arts de la France jusqu'aux extrémités de l'Asie, ne purent désarmer un instant cette haine aveugle.
Si les accusations portées contre les Jésuites eussent mérité et obtenu quelque crédit, nul doute que le vide se fût bientôt fait autour de leurs personnes et de leurs collèges. Mais loin que l'effet attendu se soit produit, la confiance des familles n'était ni intimidée ni affaiblie par