‹ Les Jesuites dans le canton de VaudChapitre 3 sur 4 · ESC015AK · texte numérisé non relu

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Theol. mor., tr. T'. De tribunal i S. inquisitionis, pages 749, nos 93,94-107. Parisiis, 16o6.

Faut-il regarder comme suspects ceux qui ne dénoncent pas les hérétiques? Non, à moins qu'ils ne soient pas tenus par leur office à les dénoncer.

Ibid. n^ 24. Est-ce que ceux qui assistent aux conventicules ou sermons des hérétiques doivent être punis par les inquisiteurs? Si la chose a lieu à deux reprises, en pays hérétique, il n'y a pas grand soupçon d'hérésie , mais si c'est dans une province catholique , même une seule fois , il y aurait fort soupçon d'hérésie et nécessité d'abjuration, à moins que l'ignorance ou la qualité de la personne ne prouvassent le contraire (1).

Il ne faut pas s'étonner de ces rapprochements ; il en est de plus curieux encore que nous pourrions citer , mais comme notre dessein est de nous justifier et non d'accuser inutilement, nous les passons sous silence. Les adversaires de la liberté religieuse ne peuvent être que les représentants du jésuitisme. Quelle que soit la sincérité de leur zèle, leur position à noire ég^ard sera toujours celle d'ijjnace de Loyola à l'égard de la réforme, car l'œuvre qui s'accomplit dans le Canton de Vaud est une réforme aussi audacieuse que la première, et, en face d'un obstacle de même nature , il faut bien se servir des mêmes moyens (2),

(1) «Fiuntne suspecli qui non denunciant hsereticos? Non, nisi ex ofticio ad deniinciandum non tenerenlur. »

« An assislentes conventiculis vel concionibus haBreticorum ab Inquisitoribus punianlur? Si id fiat in partibus haereticorum per duas vices, non parit gravera hœresis suspicioneni; si aulem fiat in calholicoruni provinciis, eliam serael lantum, fieret quis vehementer de heeresi suspeclus et deberet abjurare nisi aut ignorantia aut qualilas personee contrarium testarentur.s

(2) Nous pouvons bien dire ici que le cardinal de Bonald s'est appuyé de l'autorité des adversaires de TEglisc libre pour attaquer les

Toutes nos divisions ne reposent que sur un malentendu qui doit cesser. Des hommes honorables ont cru voir en nous les défenseurs d'un ordre d'idées que nous combattrons sans cesse; nous considérant comme des jésuites, ils ont fait, à leur manière, acte de patriotisme en nous poursuivant ; mais la vérité doit aujourd'hui se faire entendre ; nous disons avec notre peuple : Point de jésuites ! Ce cri vainqueur apportera cette fois la paix et la conciliation et mettra fin aux haines et aux disputes. La patrie a besoin de calme ; donnons-lui ce qu'elle demande, non la sécurité de la tombe, plus perfide que le tumulte, mais l'unilé dans la vie, dans la liberté et dans le respect de tous les droits.

Ce n'est point par force, ni par armée, mais par mon Esprit. Qui es- tu grande montagne, devant Zorobabel ?

Zacharie, IV, G, 7.

Nous n'avons pas de plus grand ennemi que le jésuitisme ; la Suisse l'a senti, elle a chassé les jésuites — quelques jésuites (1) — mais en portant celte grave atteinte à la liberté indi-

Eglises indépendantes de France, dans un mandement spécialement dirigé contre notre œuvre. Au même moment où l'on citait contre nous les lettres de Dauern, le jésuitisme les citait à son tour. Voyez les écrits du chanoine Cattet contre M. le pasteur Fisch.

(1) Rien ne s'oppose h ce qu'un homme passe par toutes les épreuves et s'élève graduellement à un rang distingué dans la Société, sans que personne puisse en avoir la preuve, sans qu'aucune démarche le puisse môme faire soupçonner, sans qu'il soit nécessaire que cet homme séjourne dans les maisons de la Société. Les jésuites ont ainsi des membres externes ou de robe courte.

viduelle, elle n'a pas frappé son adversaire au cœur ; le jésuitisme reste, l'esprit de ruse , de servilisme et de tyrannie, d'inquisition et de délations, et c'est à cet esprit-là qu'il faut déclarer une guerre immortelle, en lui opposant une force telle que la victoire soit à jamais décidée en faveur de la vérité. Ce 71 est point par armée que ceci se fera. Un principe qui rend la conscience captive, qui envahit l'àme en y faisant régner la loi d'une ordonnance charnelle, ne peut être vaincu que par le principe contraire , qui affranchit le cœur de toute sujétion humaine, par la puissance d'un Esprit vivifiant.

En anéantissant la conscience, le jésuitisme anéantit la morale, il en fait une série de formules que l'obligeance varie selon les personnes et les lieux. A cette morale relâchée, nous opposons le devoir dans son caractère impératif, mais pour que le devoir ait ce caractère impératif et se refuse à toute transaction, il faut que la conscience soit à l'abri de toute pression extérieure et rejette tout plein pouvoir, il faut qu'elle soit libre ; Eglise libre !

Le jésuitisme asservit l'individu; la foi n'est qu'une simple croyance en l'homme ; le jésuite admet sans examen ce que son supérieur lui prêche; mais le chrétien ne peut consentira ce rôle passif, il entre dans la structure de l'édifice, non comme une pierre sans intelligence, mais comme une pierre vive. Autant il reconnaît l'autorité du magistrat dans les questions temporelles, autant il la repousse dans les questions dogmatiques, il participe lui-même et sans intermédiaire humain à la nomination (1) des pasteurs, des diacres et des anciens et à l'activité générale du troupeau, il est libre; Eglise libre !

Le ministère de l'Evangile est détruit du même coup qui dissipe la communauté ; le pasteur, dans le jésuitisme, n'est plus

(1) Il nomme, mais c'est Dieu qui fait.

qu'un inslrjiment entre les mains d'un pouvoir suprême, mais le minisire fidèle est appelé à son œuvre d'En Haut, par droit diviiif il ne relève d'aucune autre pui&sancc que de la Parole inspirée, il est libre ; Eglise libre î

L'Eglise perd , par l'obéissance passive, son individualité et reçoit du jésuitisme une forme étrangère qui lui ôte tout point d'appui dans le cœur des populations , la nationalité se réduit à une question de nombre et d'entretien (1) ; l'âme, la pensée sont ailleurs. L'Eglise libre relève la vraie nationalité de l'Eglise ; elle n'a pas les champs, elle n'a pas la fouie, mais elle a l'amour et la vie avec les persécutions ; presbytérienne dans un pays républicain, nationale par son origine, par sa discipline et par son personnel, elle établit dans notre pays le vrai rapport entre les deux sphères : Peuple libre, Eglise libre ; nous sommes les enfants de la liberté.

Ainsi, par la nécessité de lutter contre le jésuitisme qui nous menace, nous sommes conduits à une institution religieuse qui combatte la morale accommodante des pères par la sévérité de TEvangile, et l'asservissemenipar la spontanéité; nous arrivons, par l'antithèse , de l'Eglise esclave à l'Eglise libre. Les vérités spirituelles sont comme les vérités mathématiques ; de toutes parts elles se démontrent.

L'Eglise libre est l'Eglise des temps nouveaux. La chute de l'établissement officiel issu de la réforme peut être retardée pour des causes que Dieu seul connaît , mais nous la croyons généralement prononcée. La foi n'est le plus souvent qu'une tradition morte du seizième siècle ; c'est un papisme comme un autre, et d'autant plus dangereux qu'il n'en porte pas le

(1) « î! n'importe que les (ablcs de Jésus-Christ soicnl remplies d'abominations, pourvu que vos Eglises soient pleines de monde.» XVI* Proviticiaie.

nom. Par sa séparation, rEg:llse libre a repoussé tout élément traditionnel et pris un caractère protestant incontestable ; elle s'est rattachée, par un acte volontaire, aux Eglises des cantons suisses, mais elle a sagement laissé la Confession de foi helvétique dans l'arrière-plan ; il y a en elle assez de vie et d*intelli- Ijence de l'époque pour répondre selon le besoin des âmes aux questions que le monde lui posera. Celte réponse sera sa confession. L'avenir appartient à cette Eglise qui, tout en gardant intact le dépôt de la vérité éternelle, donnera à l'humanité défaillante un symbole nouveau. Nous approchons d'une grande et décisive journée ; gardons la liberté de nos mouvements. L'Eglise latine peut, un moment ou un autre, secouer le linceul dont le jésuitisme l'a revêtue au concile de Trente ; il importe qu'aucun souvenir pénible ne vienne ôter à notre œuvre son esprit de catholicité chrétienne. Jésus-Christ , dans sa déité, dans son humanité, dans son Esprit, dans sa grâce, tel est notre étendard, et nous l'élevons de manière à ce que chaque fidèle puisse trouver une place, un appui, un refuge dans la Jérusalem nouvelle, et regarde avec assurance à cette Sion si chère à nos yeux.

Le moment actuel est menaçant et sombre ; mais nous ne sommes pas sans flambeau dans la nuit qui s'étend ; où que nous ouvrions le Livre de Dieu , nous y rencontrons une parole qui a trait à notre position, qui la confirme ou la console. L'Eglise libre est partout dans l'ancienne et dans la nouvelle alliance, c'est Abraham quittant sa parenté, choisissant la montagne et laissant à Lot les contrées de la plaine , c'est Jacob luttant avec Esaii dans le sein de Rebecca, c'est Rachel pleurant ses enfants ; c'est Moïse méditant dans le recueillement la délivrance du peuple de Dieu et disant par dix fois à Pharaon : laisse aller mon peuple afin qiCil me serve ; comme Israël nous échapperons ; c'est Elie troul)lanl Achab et condamnant les

faux prophètes, c'est Jehoschuah revêtu d'habits sales et reconnu comme souverain sacrificateur pour travailler avec Zorohabel à l'ëdification de la cité sainte, c'est l'Eglise des Actes et des Ephres ; c'est l'épouse de Jésus-Christ , la Jérusalem d*En Haut, la femme libre , et c'est la mère de nous tous.

Car il est écrit : RèJouis-toi , stérile qui nenfatitais point ; efforce-toi et pousse des cris, toi qui n'étais point e7i travail d'enfant ; car il y a beaucoup plus d'enfants de celle qui avait été délaissée que de celle qui avait un mari. Or pour nous, mes frères, nous sommes enfants de la promesse ainsi quisaac. Mais comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon V Esprit f il en est de même aussi 7naintenant. Mais que dit l'Ecriture? Chasse l'esclave et sonjîls; car le fils de l'esclave ne sera poiiit héritier avec le fils de la femme libre. Or 7nes frères, nous ne sommes point enfants de l'esclave, mais de la femme libre (Gai. IV, 27-31).

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