CHAPITRE II
capitaines et la plupart des chevaliers de Saint- Jean. L'élan était donné. Le P. Laynez dut passer les jours et quelquefois même les nuits à entendre les confessions des troupes, qui étaient en grande partie composées de soldats originaires de Sicile, de Naples, de Lombardie et du Piémont. Il fut profondément édifié de la piété et du sérieux qu'ils apportèrent dans l'accomplissement de ce grand acte de religion.
L'assaut général de la ville fut fixé au 10 septembre. Les assiégeants ayant appris, d'un transfuge, que des retranchements intérieurs avaient été construits derrière le front où devait s'ouvrir la brèche, le plan de combat fut aussitôt changé. Il fut décidé que l'attaque commencerait du côté de la mer. Les assiégés avaient négligé de le mettre en état de défense. A trois heures de l'après-midi, les galères, s'étant mises en position, donnèrent le premier signal par une décharge générale de l'artillerie. Soutenus par les feux de trois batteries, les Espagnols s'élancèrent avec impétuosité à l'assaut des tours et des remparts. Après plusieurs heures d'une lutte acharnée, la ville tomba en leurpossession. Douze cents Turcs périrent dans la mêlée et neuf mille habitants furent réduits en servitude. Les Espa-
gnols comptèrent cinq cents tués et près de mille blessés. Au nombre des morts se trouvaient Don Fernand de Tolède, colonel du régiment de Naples; Fernand Lobo, colonel du régiment de Lombardie; les capitaines More, Rueda et Sumarraga et les chevaliers de Malte Ulloa et Monroy.
Dans une lettre datée d'Africa, 14 septembre i55o, le P. Laynez s'empressa de faire part à saint Ignace de l'heureuse nouvelle de la victoire remportée par les Espagnols : « Nous nous trouvons tous, grâce à Dieu, en bonne santé. La grande nouvelle que je dois apprendre à Votre Révérence est que Notre-Seigneur a daigné mercredi, 10 septembre, par un secours tout spécial de sa divine Majesté, nous accorder la prise de la ville d'Africa. Aujourd'hui, dimanche, a eu lieu la purification et la bénédiction de la grande mosquée, qui a été dédiée à saint Jean- Baptiste. Il y a eu messe solennelle et j'ai prêché pour rendre gloire à Dieu de l'insigne victoire qui venait d'être remportée et tracer aux capitaines et soldats destinés à tenir garnison dans cette ville, la ligne de conduite à suivre. Le baptême a été ensuite conféré à quatre enfants et à une personne d'âge mûr, blessée pendant l'assaut. Elle est morte le