CHAPITRE III
férences aux prêtres de la ville et fut assez heureux pour en ramener plusieurs à une vie plus régulière et plus sacerdotale.
Les succès remportés par la flotte turque avaient-ils exalté l'ambition de Soliman ? Le fait est que, changeant soudain de tactique, il abandonna l'expédition d'Africa pour continuer à étendre ses conquêtes en Europe. Les circonstances étaient d'ailleurs favorables. Le roi de France, François Ier, avait conclu avec lui un traité d'alliance, l'engageant à unir ses efforts aux siens contre l'empereur d'Allemagne, leur ennemi commun. Les Turcs, considérés jusqu'alors comme des barbares et les ennemis jurés dunom chrétien, entraient de la sorte dans le concert de la politique et, spectacle plus étrange encore, devenaient les alliés et les auxiliaires du roi très chrétien.
L'attaque d'Africa n'étant plus à redouter, le P. Nadal retourna à Messine, et y reprit ses travaux accoutumés. C'est là qu'il reçut, l'année suivante (6 août i552), un mémoire important élaboré par Ignace de Loyola, dans lequel le valeureux capitaine traçait avec un art consommé tout un plan de campagne pour briser la puissance du Grand Turc, rendre la paix à la chrétienté, détruire le fléau de la piraterie et ouvrir enfin à l'Espagne une ère de
3o LES JESUITES AUX PAYS BARBARESQUES
prospérité stable. Sachant le P. Nadal très en faveur auprès du vice-roi de Sicile, Ignace de Loyola le priait de se servir de la puissante entremise de ce dernier pour faire parvenir son mémoire à l'empereur Charles-Quint en personne.
Ignace énumère, tout d'abord, les raisons qui doivent déterminer l'Empereur à créer une puissante flotte contre les Turcs.
« i° La gloire de Dieu et le salut des âmes l'exigent. Qui ne serait profondément attristé en voyant cette multitude de chrétiens de tout âge, traînés en captivité et reniant en grand nombre la foi au milieu des infidèles?
« 2° Le compte que devront rendre un jour à Dieu les princes à qui incombe le devoir d'empêcher que tant d'âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ ne tombent entre les mains des infidèles pour y renier leur foi.
« 3° On tirerait ainsi d'un grand péril la chrétienté exposée aux courses incessantes des Turcs, qui commencent à être redoutables sur mer, sans compter qu'ils jettent le brandon de la discorde entre les princes chrétiens en prenant parti pour les uns contre les autres. Nous en avons eu un triste et lamentable exemple dans la dernière guerre (i55i) déclarée à l'empereur (Charles-Quint) par le roi de