CHAPITRE III
mencement de juillet i55i. Le P. Nadal et son compagnon avaient pris place dans la galère du commandant Antoine Doria. La traversée s'annonçait sous les plus heureux auspices lorsque, le 4 juillet, une horrible tempête éclata soudain dans le voisinage de l'île Lampadosa. Des quinze galères, huit furent projetées contre les rochers par la violence des flots. Parmi ces dernières, se trouvait celle de Doria. La plus grande partie des soldats qui la montaient furent ensevelis dans l'abîme. Les quelques survivants essayèrent de grimper sur un rocher situé dans le voisinage pour échapper à la mort. De ce nombre étaient le P. Nadal et le P. Isidore Bellino. Mais la galère qu'ils venaient de quitter, ayant été projetée contre ce rocher par la fureur des flots, broya un bras au jeune régent. Balayé par les vagues, il tomba à la mer où il se débattit quelque temps, puis, à force de courage et d'énergie, avec le bras resté valide, réussit à se hisser dans une galère. Il tomba alors à genoux et se mit à prier avec ferveur ; mais quelques instants après le navire fut brisé contre les écueils et Isidore Bellino * disparut dans l'abîme.
1. De son vrai nom, Isidore Sbrand. C'était un jeune homme de grande valeur et de beaucoup de talent. Né à
La tempête s'étant enfin apaisée, les bâtiments en état de tenir la mer continuèrent leur marche vers Africa. Un des premiers soins du P. Nadal, à son arrivée, fut de mettre le vice-roi de Sicile au courant des tristes et lamentables événements dont nous venons de parler. « Fasse la divine Bonté, disait-il, en terminant, que ce naufrage ait procuré le salut éternel à ceux qui ont péri, car ils ont eu le temps de reconnaître leurs péchés et d'en demander pardon. Puisse-t-il imprimer à nous qui sommes saufs un grand sentiment de crainte, afin que nous n'offensions jamais Dieu. D'Africa, le 7 juillet i55i. »
Le P. Nadal écrivit par la même occasion au P. Vinck *, recteur du collège de Messine, pour lui faire part de la triste fin de son jeune et infortuné compagnon. En attendant l'arrivée de la flotte turque, le Père se dépensa avec un zèle infatigable auprès des soldats et des malades de l'hôpital. Il donnait aussi des con-
Rome de parents allemands, il fut un des premiers qui entrèrent dans la Compagnie de Jésus après sa fondation. Il étudia les lettres et la philosophie à Paris et à Coïmbre, en Portugal. En 1548, Ignace de Loyola l'envoya en Sicile pour être un des fondateurs du collège de Messine.
1. Né à Butersein, en Brabant, il entra dans la Compagnie en 1545, à Louvain, fit profession le 29 juin 1556 et mourut à Bologne en 1576.