CHAPITRE V
plaisirs et en divertissements, lui répondait le duc, vous n'y trouviez pas à redire, et maintenant vous voudriez limiter mes aumônes!... Eh bien, vous saurez que ma maison sera plutôt dans le besoin que les pauvres de Jésus-Christ. » Extraordinaire aussi était sa dévotion pour le saint Sacrement. Toutes les fois qu'il entendait la cloche d'une église sonner le port du saint viatique à un malade, le duc Jean quittait tout pour l'accompagner. Il se mettait d'ordinaire au chevet du malade, lui adressait quelques paroles d'encouragement et d'édification, et, s'il était pauvre, lui laissait une généreuse aumône avant de se retirer.
Il avait épousé Jeanne d'Aragon, sœur de Ferdinand d'Aragon, archevêque de Saragosse, et en eut six enfants. L'aîné fut François de Borgia, créé dans la suite premier marquis de Lombay, vice-roi et capitan général de Catalogne. A la mort de son père, il hérita du duché de Gandie, titre qu'il abdiqua, à la mort de son épouse, pour entrer dans la Compagnie de Jésus, dont il devint le quatrième général.
Jeanne d'Aragon étant morte en i520, le duc Jean se maria, en secondes noces, avec l'excellentissime dame Françoise de Castro y
de Pinos, de la noble maison des vicomles de Evol, et en eut plus de vingt enfants. C'est de ce second mariage' que naquirent Pierre- Louis de Borgia et Philippe de Borgia, tour à tour gouverneurs d'Oran.
Pierre-Louis de Borgia, marquis de Navarrens et grand maître de l'ordre militaire de Montesa, était attaché à la cour du roi Philippe II. Le décret de sa nomination porte la date du 26 décembre i566 et lui fut expédié de l'Escurial. Le roi l'avait en haute estime. Pierre-Louis de Borgia marchait, en effet, sur les traces du pieux duc Jean, son père.
Nul ne s'étonna de la démarche faite par lui auprès du P. François de Borgia, son frère, tout récemment élevé à la charge de général de la Compagnie de Jésus, pour en obtenir quelques Pères qui raccompagneraient à Oran, et s'y dévoueraient au bien spirituel de la population et plus particulièrement des troupes de la garnison. Le nouveau gouverneur en reçut la réponse suivante :
« Maître de Montesa,
« Je me réjouis grandement de ce que Votre Seigneurie et ma Serïora en Jésus-Christ la marquise veuillent bien se servir de ceux de notre Compagnie dans ce voyage d'Oran.