CHAPITRE VIII
et porter devant lui dans son entrée triomphale à Fez. Le vainqueur était précédé et suivi d'un grand nombre de captifs et de prisonniers chrétiens. Dans le nombre se trouvaient les neuf Pères et les cinq Frères Jésuites qui avaient survécu au désastre. Le long trajet * qui sépare Alcazar-Kébir de Fez fut véritablement pour eux la voie douloureuse. Attachés tous ensemble, les mains étroitement liées sur le dos, presque nus et mourants de faim et de soif, ils durent pendant huit jours courir au pas des chevaux de leurs maîtres, stimulés par la pointe de leurs lances, lorsque, brisés de fatigue, ils ralentissaient leur marche. Malgré les tourments de toutes sortes qui les attendaient dans la capitale, ils n'en chantèrent pas moins le Te De uni en y entrant au milieu des outrages et des insultes de la populace.
Le P. Pierre Martins fut plongé dans un cachot avec quatre-vingts gentilshommes. Il sut si bien ranimer leur courage que tous jurèrent de mourir mille fois plutôt que de renier Jésus-Christ. La semaine sainte étant arrivée, il célébra au milieu d'eux tous les offices divins en usage dans l'Église. Le saint Sacre-