CHAPITRE VIII
çaient à s'enfuir en désordre. A cette vue, le vieux Moulé-Moluc, quoique moribond, se fit hisser à cheval et, s'élançant à la rencontre des fuyards, les ramena au combat. Ce dernier effort héroïque acheva ses forces, il rendit quelques instants après le dernier soupir dans sa litière.
L'avantage du combat semblait se dessiner en faveur des chrétiens, lorsque soudain un brusque mouvement de cavalerie opéré sur les deux ailes de l'armée marocaine enveloppa l'armée portugaise, pendant que l'artillerie placée au centre répandait la mort et la confusion dans leurs rangs. Assurés désormais de la victoire, le musulmans s'élancèrent armés du cimeterre dans les bataillons portugais et en firent un affreux carnage.
Mohamed, le sultan détrôné, poursuivi par les cavaliers maures, se noya en voulant traverser l'Oued Mklacem. Le roi Sébastien trouva lui-même le trépas sur le champ de bataille. Il reçut un coup d'escopette et deux coups de cimeterre, au moment où il tombait de cheval. Trois rois perdirent ainsi la vie, dans cette horrible journée. Les Marocains laissèrent 18,000 morts sur le terrain et les Portugais 6,000. Au nombre de ces derniers, se trouvaient les évêques de Coïmbre et d'O-
porto, le P. Maurice de Serpa, confesseur du roi, et un grand nombre de nobles portugais, de chevaliers et d'illustres capitaines étrangers. A peine 60 soldats de l'armée chrétienne purent échapper à l'ennemi en cherchant un refuge à Ceuta, Tanger et Arzila. Parmi ceuxci se trouvait le fils de Mohamed, le sultan détrôné. S'étant rendu en Portugal avec Martin Correa de Silva, il y fut baptisé quelque temps après et reçut le nom de Don Philippe d'Afrique. Il eut pour parrain le roi D. Philippe III, encore infant. Don Philippe d'Afrique mourut dans les Flandres au service de l'Espagne.
Moulé- Ahmed, frère de Moulé-Moluc, fut proclamé sur le champ de bataille sultan de tout le Maroc. Il fit garder à Alcazar-Kébir le corps du roi Sébastien découvert parmi les cadavres, par Sébastien de Rosende, un de ses écuyers. Quelque temps après, il fut remis au gouverneur de Ceuta et enfin transporté au monastère de Belem, en Portugal, pour y être enseveli dans le panthéon des rois, ses ancêtres *.
Le corps de Mohamed fut traité avec moins d'égards. Le nouveau sultan le fit empailler