CHAPITRE IX
pour sa santé. A son arrivée à Madrid, le P. Mendez se sentit soudain dévoré par une fièvre ardente, qui donna les plus vives inquiétudes aux quatre plus célèbres médecins de la capitale appelés à se prononcer sur son état. Ils firent néanmoins tout ce qui était en leur pouvoir pour le sauver, mais sans succès. Le malade se trouva bientôt à toute extrémité. Avant d'expirer, il eut encore la consolation de faire une conquête à notre sainte religion.
Un des médecins avait à son service un jeune musulman, âgé de dix-sept ans, originaire du royaume de Fez. Il s'était toujours montré irréductible lorsqu'on lui parlait de se faire catholique. Le médecin ayant parlé de lui au vénéré malade et lui ayant demandé s'il ne serait pas heureux de le voir : Faitesle venir, répondit d'une voix défaillante le moribond. Il reçut le jeune homme, le sourire sur les lèvres et commença à lui parler en sa langue avec une grande affection et une paternelle bonté. Ceux qui assistèrent à l'entretien n'y comprirent rien ; mais lorsqu'ils virent le jeune homme fondre en larmes et baiser le crucifix, il n'y eut plus de doute pour personne. Par son ardente charité, le P. Mendez venait de gagner cette âme à Jésus-Christ.
fo6 LES JÉSUITES AUX PAYS BARBARESQUES
Le pieux moribond fit encore un dernier effort pour chanter le Nunc dimittis et, au moment où il le terminait, rendit son âme à Dieu.
Cette mort causa une grande émotion dans Madrid. La reine, qui était venue visiter le P. Mendez aussitôt après son arrivée, donna des ordres pour qu'on lui fît des funérailles royales. L'oraison funèbre fut prononcée par un Père de la Compagnie, en présence de la Cour et d'une immense multitude. Voilà, dirons-nous avec un des témoins de la mort du P. Balthazar Loyola Mendez, « comment Dieu honore ceux qui s'humilient pour son amour. Il faut bien adorer les ordres cachés de la Providence de Dieu sur la mort de ce saint roi ; lequel semblait être nécessaire pour la conversion de deux royaumes dont il avait été roi et pour la conversion desquels il allait exposer sa vie en leur portant la foi. Dieu s'est contenté du désir qu'il a eu de la conversion de ces peuples et du martyre qu'il souhaitait avec tant d'ardeur *. »
1. Pour la rédaction de ce chapitre, nous avons mis à profit trois lettres inédites publiées par les Études, sous le titre : La seconde vie d'un sultan du Maroc, numéro du 20 mai 1910 :
1° Lettre du P. Jean Jallat, S. J., datée de Toulouse, 29 juillet 1667. — Archives de l'Aveyron, D. 561.
2° Lettre anonyme envoyée d'Anvers, le l,r juin 1668, aux