CHAPITRE X IO
varre, ce mortel ennemi des catholiques parcourait l'Océan et cherchait par tous les moyens à intercepter aux missionnaires la route des Indes.
Personne n'ignore l'affreux massacre qu'il fit de quarante Jésuites capturés en vue de l'île de Palma sur le vaisseau le Saint- Jacques, en cours de route pour les Indes. Le P. Ignace d'Azevedo était le chef de cette héroïque phalange composée en grande partie de jeunes novices. Après avoir été abreuvés d'outrages par les vainqueurs, frappés à coups de mousquet, à coups d'épée et de poignard, ils furent tous précipités dans les flots. Cet horrible carnage eut lieu le i5 juillet 1570. Sainte Thérèse, dans sa solitude d'Avila, vit monter au ciel, couronnés de gloire, cette vaillante troupe de martyrs.
Quoique animé d'une haine acharnée contre les papistes en général et les Jésuites en particulier, le fameux corsaire calviniste Simon Danza ne poussa pas toutefois la barbarie jusqu'à se souiller les mains du sang de dix Jésuites qu'il captura en 1608. Leur captivité n'en fut pas pour autant moins longue ni moins affreuse.
Vers la fin de l'année 1608, le P. Biaise Bailo, professeur de philosophie à Majorque
(îles Baléares), reçut l'ordre d'accompagner les jeunes religieux, ses élèves, à Valence, pour y étudier la théologie. Les Frères scolastiques Jean Humanes et Pierre Claver s'étaient déjà embarqués en novembre dans le petit port de Soller et étaient arrivés sans encombre. Les autres étudiants : Gabriel Alegre, Antoine Marquez, Joseph Fuentes et Onuphre Serra, partirent le 7 décembre avec les PP. Biaise Bailo et Pierre Planes. Trois élèves externes du cours de philosophie : Jean Alcover, Raymond Gual et Raymond Anglada, s'étaient adjoints à eux. Ils avaient été, trois jours auparavant, admis dans la Compagnie de Jésus en qualité de novices. Un quatrième étudiant externe, nommé Michel Sanseloni, se rendait également à Valence avec l'intention de solliciter son admission. Enfin, à tous ces jeunes religieux il faut ajouter le Frère scolastique Jérôme Lopez, originaire de Gandie, entré dans la Compagnie de Jésus dans le courant de mai de l'année 1604. Il avait étudié les belles-lettres à Gérone et avait commencé, en 1608, sa philosophie à Majorque. Malheureusement, son inconstance, son peu d'amour du travail et de la pratique des observances religieuses avaient fini par contraindre les supérieurs à le renvoyer de la Compagnie. Le P. Jean Torrens,