CHAPITRE X III
recteur du collège de Majorque, était chargé de l'exécution par ordre du P. Provincial. Toutefois, le P. Jérôme Lopez ne devait être averti de la triste nouvelle qu'à son arrivée en terre ferme. Nous verrons dans la suite de notre récit par quelle voie providentielle il fut tiré de son insouciance et raffermi dans sa vocation.
Nos voyageurs montaient la Vellina, venant de Palerme et se rendant à Alicante. Comme ce bâtiment avait subi de longs retards dans son voyage, par suite des accalmies et des fortes chaleurs, il avait fait escale, vers les premiers jours d'octobre, dans le port de Majorque pour se ravitailler. Il portait à son bord un des fils du marquis de Villena, vice-roi de Sicile, et une partie considérable des richesses de sa maison. Une compagnie de mousquetaires le montait pour protéger les voyageurs et la cargaison contre les corsaires.
Partie de Majorque le 9 décembre, la Vellina se trouvait, le i3, dans le voisinage d'Iviza, lorsque soudain le fameux corsaire calviniste Simon Danza Fattaqua avec sa galiote bien armée et deux autres bâtiments. Les soldats de la Vellina se défendirent avec intrépidité et courage et périrent à peu près tous dans le combat. La résistance n'étant plus
possible, le navire espagnol se rendit et tousles passagers faits captifs furent conduits à Alger.
Il serait difficile de dire tout ce qu'eurent à souffrir les dix Jésuites, pendant les quatre jours que dura la traversée. A peine débarqués, on les jeta, avec les autres esclaves, dans un étroit et humide cachot. C'est dans cet affreux séjour qu'ils passèrent les fêtes de Noël. Elles furent encore rendues plus tristes par la mort du jeune Michel Sanseloni qui succomba aux souffrances et aux mauvais traitements endurés pendant la traversée et la courte durée de sa captivité.
A leur arrivée à Alger, les Pères reçurent la visite d'un prêtre catalan. Il se jeta à leur cou, les embrassa affectueusement et leur dit avec larmes : « Dieu soit loué ! mes Pères. Je lui demandais depuis longtemps dans mes prières d'envoyer des prêtres dans cette ville, pour secourir tant de malheureux esclaves. Je rends grâces au ciel d'avoir été exaucé. Prenez bon courage, vous trouverez ici un vaste champ pour exercer votre zèle et votre charité. » Ce digne prêtre avait été captif. Après son rachat il ne voulut pas s'éloigner des pauvres chrétiens esclaves, privés de tout secours religieux, grandement exposés à se perdre et à renier leur foi.