CHAPITRE XI I
Dieu, tout s'annonçait pour le mieux, lorsque soudain la ville fut mise en commotion par un événement qui faillit coûter la vie au Jésuite rédempteur.
A cette époque vivait à Alger un renégat grec, du nom d'Asanico. Jamais patron n'avait été pius féroce pour ses esclaves que ce suppôt d'enfer. Il se faisait un passe-temps de leur couper le nez, les oreilles et les forçait ainsi tout mutilés à ramer sur sa galiote. Etant allé, au printemps, avec les capitaines de cinq autres navires, faire une course, au delà du détroit de tGibraltar, ils résolurent d'opérer une razzia de chrétiens occupés à la pêche du thon, dans un endroit appelé Saint-Sébastien, non loin de Cadix. Le coup réussit à souhait. Mais les corsaires turcs n'avaient pas compté sur l'éveil donné aux habitants de la ville par un renégat du pays qui s'était enfui après le débarquement.
Pendant qu'ils emmenaient leurs prisonniers, les Turcs furent soudain attaqués par un nombre considérable d'habitants. Ils lâchèrent en toute hâte leur proie pour regagner leurs navires. Pour comble de malheur, ils les trouvèrent ensablés à cause de la marée basse. A force de bras et d'épaules ils réussirent à en relancer quatre à la mer pendant qu'ils
tenaient en respect les assaillants par des décharges d'arquebuses. Seule la galiote d'Asanico tomba entre les mains des chrétiens, malgré des efforts désespérés pour la sauver. Cadix célébra par une grande fête et des réjouissances publiques cette importante capture. On fît défiler dans les rues de la ville les nombreux esclaves délivrés et les Turcs faits prisonniers.
Les anciens captifs du cruel Asanico demandèrent aussitôt qu'on lui fît justice. Ils montraient leurs oreilles, leurs nez, leurs doigts coupés et les traces des blessures horribles qu'il leur avait faites sur le corps. Le corregidor instruisit sans retard son procès. Le féroce corsaire fut condamné à la peine capitale et sa tête fut exposée à l'une des portes de la ville. Il reconnut toutefois son erreur et ses crimes avant de mourir, se réconcilia avec l'Eglise et donna des marques d'un sincère repentir.
Or, vers ce même temps, un marchand de Cadix, grec de nation, nommé Nicolo, fut capturé par les corsaires algériens pendant qu'il se rendait par mer à Lisbonne. Conduit à Alger, il avait déjà négocié son rachat, lorsqu'il fut soudain reconnu par un des renégats d'Asanico qui était parvenu à s'échapper de