CHAPITRE XI I
Cadix et était revenu à Alger. La nouvelle de la découverte, répandue parmi les Turcs, les Maures et les renégats, souleva la plus violente tempête. Tous n'avaient qu'un désir, celui de venger le trépas d'Asanico : « A mort ! A mort le chrétien! hurlaient-ils de toute part ; il faut le brûler sans tarder ! » Leur rage était telle qu'aucun chrétien ne pouvait sortir sans être maltraité, souffleté et meurtri de coups de pied et de coups de poing.
Averti de ce qui se passait, Ramadan-Pacha, gouverneur de la ville, ne fit aucune difficulté de livrer l'esclave grec à la haine des renégats en le leur revendant pour la somme de cinq cents doubles. Nicolo fut aussitôt enfermé dans le bagne du renégat albanais Mami-Arnaut et chargé de fers, avec ordre de ne lui donner aucune nourriture. Son arrêt de mort par le feu fut fixé au 25 décembre.
Le P. de Torres, révolté des traitements inhumains auxquels l'esclave chrétien était en butte, se rendit auprès du Pacha pour essayer de faire naître dans son cœur quelques sentiments de justice et d'humanité. Il le supplia de sauver d'une mort affreuse et cruelle un innocent. Avertis de la démarche que faisait le Jésuite rédempteur, les renégats se portèrent en foule au palais, où ils rencontrèrent le
l3o LES JÉSUITES AUX PAYS BARBARESQUES
Père. Celui-ci les ayant conjurés à leur tour de mettre un terme à leur cruauté, ils répondirent par des cris de mort poussés non seulement contre Nicolo, mais encore contre le Papa qui voulait leur arracher leur proie. Mami-Arnaut, voyant le danger réel que courait le P. de Torres, s'approcha aussitôt de lui, et le couvrant de son burnous en signe de protection : « Cet homme, s'écria-t-il avec animation en s'adressant aux renégats forcenés, doit être à l'abri de toute injure, car il est ici le représentant du roi d'Espagne pour le rachat des captifs espagnols. Contentez-vous d'assouvir votre vengeance sur l'esclave grec. » Le Pacha ayant parlé dans le même sens, les renégats se retirèrent écumant de rage.
Dans son ténébreux cachot, Nicolo ne tarda pas à être averti de la mort cruelle que lui préparaient ses féroces persécuteurs. Il bénit le Seigneur de l'avoir choisi pour glorifier son saint nom, au milieu de cette nation barbare et infidèle. Il put se confesser à un Père trinitaire, esclave comme lui, et recevoir tous les secours de la religion. Il attendit tout le jour de Noël ses bourreaux, mais ils ne se présentèrent que le lendemain, fête de saint Etienne, premier martyr.
Vers l'heure de midi, trente à quarante re-