MISSIONS EN GALICIE
tout était dans l'ordre le plus parfait, que les complots n'existaient que dans l'imagination des fonctionnaires trop zélés. Sa conviction à ce sujet allait si loin, qu'il ne voulait entretenir qu'une poignée de soldats en Galicie ; encore ne leur distribuait-on point de cartouches. La noblesse affermissait l'archiduc dans cette disposition ; elle venait chez lui, lui faisait sa cour, mais elle commettait la faute de parler haut et en public, même dans les hôtels, d'un soulèvement qui devait avoir lieu.
L'archiduc, ayant appris le soulèvement des paysans et les nombreuses arrestations de nobles et de prêtres, se hâta de se rendre dans les cercles de l'ouest. A Bochna, il fit relâcher immédiatement les deux PP. Jésuites Kawecki et Waluzyniec, que les paysans avaient arrachés de Slani<^tki avec deux prêtres sécuhers, et qu'ils avaient assommés à coups de fléaux près d'une auberge sur la roule de Bochna. Le starostat de l'endroit avait enfermé les Pères dans une chambre sans feu, sans meubles, et ne leur avait donné pour toute nourriture qu'une cruche d'eau froide.
Parmi les captifs, il y en avait beaucoup qui appartenaient en réahté au complot de la noblesse (1846) ; l'archiduc leur donna de sérieux avertissements. A Tarnôv^, après les massacres, les veuves et les orphehns se jetèrent aux pieds du prince, demandant protection ; les femmes des prisonniers imploraient la liberté pour leurs maris. Ce spectacle émut profondément l'archiduc ; il résolut de déposer sa charge de gouverneur, ce qu'il fit en effet lors de son retour à l^éopol au mois de juin 1846 (J). Le comte Stadion, envoyé de Vienne en qualité de commissaire pacificateur, et qui dans la suite fut nommé gouverneur, fit relâcher sans jugement ni enquête beaucoup de nobles qu'on avait jetés en prison ; ■on jugea sommairement les plus coupables devant un tribunal présidé par Kraus. Nous touchons cette question, parce
(1) Voyez document CB.
que la Pologne démocratique, qui accable toujours de ses plus fortes calomnies les hommes qui lui sont favorables,, répandit le bruit que l'archiduc Ferdinand d'Esté avait ordonné les massacres de Tarnôw, et que le Jésuite Perkowski, son confesseur, lui en avait donné le conseil. Bien que cette nouvelle ne méritât aucune foi, même au premier coup d'œil, puisque le confesseur de l'archiduc n'était ni le P. Perkowski ni aucun Jésuite, cependant elle s'accrédita au point que le P. Pierling, provincial, se vit forcé d'éloigner de Léopol ce vénérable religieux pendant quelques mois et de l'envoyer dans les missions des Carpathes dont nous venons de parler.
7. Les travaux du parti patriote ne cessaient point; ils sefortifiaient même, par la négligence des organes du gouvernement et par la sévérité excessive des châtiments infligés aux soi-disant coupables politiques. L'esprit de la révolution s'empara des esprits en Galicie comme dans toute l'Europe ; le mot de constitution devint le mot d'ordre général et produisit un effet magique. On criait : « Les peuples demandent la liberté ; « arrière le despotisme ! » Mais derrière ces peuples travaillaient les loges et les sectaires. Aussi au nom de cette même constitution, qui devait rendre la liberté aux citoyens de l'Autriche, recueillait-oxi des adresses pour demander l'expulsion des religieux. Le conseil de la nation établi à Léopol, exigea que le pensionnat des Jésuites prît part aux fêtes religieuses et nationales. Les élèves du pensionnat, en compagnie des PP. Antoniewicz et Xavier Kijnowski, assistèrent à la promulgation solennelle de la constitution ; dans ces jeunes tètes s'alluma la flamme du patriotisme, comme c'est l'usage en pareille circonstance ; malgré cela ils conservèrent à leursprofesseurs leur ancienne soumission et leur attachement accoutumé.
Cependant, en présence de ce mouvement général, surtout devant la révolution à Vienne, l'empereur Ferdinand, ne
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sachant plus que faire, ^igna ce que lui présentèrent les ministres ; parmi les actes présentés par le ministre Pillersclorf, il y avait une adresse de l'académie de Vienne, demandant qu'on expulsât d'Autriche les Rédemptoristes ou Liguoriens et les religieuses de la même règle ou Liguoriennes. Le ministre de son côté ajouta à la pétition « les Jésuites », disant que les Liguoriens ne sont qu'un rameau de l'ordre des Jésuites. Par un rescrit de sa propre main, en date du il mai 1848, l'empereur supprima les ordres susdits dans toute l'Autriche. A celte nouvelle, les patriotes de Léopol firent du tapage, le 17 mai, devant la maison des Jésuites à Saint-Nicolas ; ils brisèrent les fenêtres et en seraient venus à de plus graves excès si la troupe ne les avait dispersés. Cet acte indigne fut impitoyablement flagellé par les femmes du peuple de Léopol, qui, sans égard pour les titres illustres, criaient tout haut à cette canaille patriotique : « Et c'est vous « qui voulez rétablir la patrie, vous qui insultez les couvents ! « Quel mal vous ont donc fait ces prêtres? »
Le conseil national envoya des députés demander pardon au provincial pour cette infamie, qui, comme le soutenaient ces députés, avait eu lieu à l'insu et contre la volonté de la nation (sic).
En pareille circonstance, il n'y avait qu'à hcencier au plus tôt le pensionnat et à se disperser. Au mois de mai, on renvoya les enfants dans leurs familles ; dans le courant de juin les religieux s'en allèrent chercher un abri, qui dans les maisons delà noblesse, qui dans les couvents et dans les presbytères, qui dans sa propre famille. Le 1" juillet, le recteur du pensionnat, le P. Brown, remit à la commission des études les bâtiments et tout ce que le gouvernement y possédait; le pensionnat fut changé en hôpital militaire ; l'université s'y établit, lorsque les bâtiments qu'elle occupait eurent été incendiés pendant le bombardement de la ville ; on y organisa un jardin botanique et la paroisse fut rendue aux prêtres séculiers.
Dans ce même mois de juin se dispersèrent les Pères des autres collèges et maisons de Galicie ; quelques vieillards el quelques malades seulement reçurent la permission de rester dans les maisons de la Compagnie. L'administration de toutes les paroisses et églises fut confiée à des prêtres séculiers. A Sandec, la maison des Pères fut changée en caserne et dans la suite en collège ; on voulait même faire de Téglise un magasin. Déjà le commissaire du district se présentait, demandant qu'on lui remît le mobilier et les ornements de l'église. Le P. Cieclianowiecki, supérieur des quelques religieux laissés dans la maison, apporta avec lui un in-folio du concile de Trente, et après avoir demandé au commissaire s'il comprenait le latin, il lui lut la censure du concile (1), lançant Texcommunication contre ceux qui ravissaient d'une manière quelconque les biens ecclésiastiques. Le commissaire, qui n'était point préparé à cette réception, sortit et ne revint plus.
Le collège de Starawies servit d'hôpital aux Russes qui se rendaient en Hongrie (2) ; ensuite il resta presque désert jusqu'en 1852, année dans laquelle, après le retour des Jésuites en Autriche, les Pères s'y étabhrent en plus grand nombre qu'auparavant.
Le collège de Tarnopol fut loué par le gouvernement aux Juifs, pour en faire un hôpital ; ils y avaient déjà transporté leurs lits et leur mobilier, lorsque les habitants, s'en étant aperçus, arrivèrent enfouie et jetèrent parles fenêtres toutes les guenilles des fils d'Israël. Dans la maison des Pères habita le curé avec son vicaire etquelques Jésuilesâgés portant l'habit des prêtres séculiers.
Le P.Baworowski, provincial, envoya les jeunes gens terminer leurs études en Belgique et en France, surtout à Laval ;
(1) Sess. XXII, cap. H.
(2) Ua petit détail sur le passage de ces bons moscovites. Ayant dans la cour du bois de chauffage à discrétion, ils préféraient aller cliercher à la bibliothèque des livres qu'ils jetaient au feu. (N. T.)